La concentration de richesses révèle l’ampleur des inégalités dans les anciennes colonies intégrées à la République française comme La Réunion
5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
“Une île toute en auteurs” de Baptiste et Jean-Claude Vignol
7 février 2007

Voyager à La Réunion, à travers des écrits aussi variés que les poèmes, les romans, les lettres, les déclarations, les lois... C’est ce que propose Baptiste et Jean-Claude Vignol. Leurs commentaires servent de guide au lecteur qui se laisse facilement balader d’un texte à l’autre.
Comment découvrir La Réunion, sa faune, sa flore, son histoire, ses grandes figures, si ce n’est par le biais d’un ensemble de textes d’auteurs différents. Baptiste et Jean-Claude Vignol ont eu l’idée de mettre ensemble des textes qui datent du début de l’histoire de La Réunion et des textes plus actuels ; il y en a pour tous les goûts, des poèmes d’Antoine de Bertin de 1777 au “Batarsité” de Danyèl Waro, des premiers écrits de Purchas en 1625 à un extrait “D’une île au monde” de Paul Vergès, du Code Noir à Daniel Honoré, de Bernardin de Saint-Pierre à Jacqueline Farreyrol. Cette anthologie classe les textes par thèmes, les confrontant les uns aux autres pour aider le lecteur à construire une vision de La Réunion.
Le recueil s’ouvre sur une série de poèmes, La Réunion étant connue grâce à Antoine de Bertin et Evariste de Parny sous le nom d’île aux Poètes. Honneur dès les premières pages, à la nature exubérante de l’île, avec ses « ananas parfumés », « ses orangers touffus », ses « ruisseaux argentés », ses « champs fortunés ». A noter les magnifiques poèmes “Ile” et “Adieu” de Jean Albany. Honneur aussi à la femme, à travers “La belle Naandove”, d’Evariste de Parny, “La Dame créole et la Malbaraise” de Charles Baudelaire. On apprend d’ailleurs que le célèbre Albatros « fut rapporté de Bourbon ». “L’île Paradis” laisse ensuite la place à une île métissée, « au maloya d’or et de tristesse » (Alain Lorraine), à une « île à élections qui se gagne à coup de galets » (Jean-François Samlong).
De l’Eden à “L’île intense”
A l’opposé de cette île paradisiaque des premières pages, c’est “L’île intense” qui clôture l’anthologie. Des textes qui ne font pas l’impasse sur les intempéries qui frappent l’île, sur le volcan, la mer agitée, la route de la corniche, mais qui reste tout de même une île à vivre qui intrigue les explorateurs et les scientifiques, parce qu’elle est une île à spectacles. Bernardin de Saint-Pierre raconte ainsi dans une lettre de 1770 la difficulté à approcher les côtes de Bourbon. « Du 25 au 30, la brise fut si forte que peu de chaloupes de la rade vinrent à terre ». Yves Pérotin, dans les “Chroniques de Bourbon” de 1957, précise : « Dès les premiers temps de la colonisation, on parlait des ouragans pour en faire une des caractéristiques essentielles du pays et, pratiquement, le seul fléau de cette île paradisiaque ». Même Georges Sand, qui n’est jamais venue à Bourbon, parvient à rendre compte des paysages. Dans “Indiana”, elle écrit : « Une large portion de montagne écroulée dans un ébranlement volcanique a creusé sur le ventre de la montagne principale une longue arène hérissée de rochers disposés dans le plus magique désordre, dans la plus épouvantable confusion ».
Les grandes lignes de l’histoire de l’île
Au centre du recueil, deux groupements de textes. L’un consacré aux grandes lignes de l’histoire de La Réunion, l’autre plus spécifique sur la construction de la société, du Code Noir à la Créoli, de l’esclavage à la société créole actuelle. Georges Sand encore, avec un texte visionnaire, met en garde contre « les défrichements aveugles » qui ont « détruit les arbres magnifiques dont les essences précieuses couronnaient l’île et la protégeaient à la fois contre la richesse et contre les inondations » (article de 1863, la revue des Deux Mondes). L’histoire de La Réunion, c’est aussi celle de la France. A travers le poème d’un poilu réunionnais à sa famille, repris par Prosper Eve, on sent bien l’attachement à la patrie. « Je ne m’en plains pas, c’est pour la Patrie que j’endure tout, c’est pour notre France, quand le cœur défaille ma chère chérie, je relie tes lettres parlant d’espérance ».
Baptiste et Jean-Claude Vignol n’oublie pas la période de l’esclavage, du marronnage et la persistance longtemps des discriminations raciales. Louis-Timagène Houat, dans le premier roman bourbonnais “Les Marrons”, en 1844, décrit la vie quotidienne des esclaves dans la plantation et l’évasion de 4 d’entre eux. Plus récent, un extrait des “Muselés” de Anne Cheynet insiste sur les conséquences de la colonisation. On y découvre une Réunion où Blancs et Noirs ne sont pas encore traités sur le même pied d’égalité. Amplis, un Cafre voulant se baigner sur la plage de Boucan Canot, est confronté à l’attitude des “zoreils” et pris par un CRS.
“Une île toute en auteurs” est une véritable mine pour connaître La Réunion. D’autant plus que chaque texte est éclairé par un commentaire et des notes, raccrochant parfois les textes à des événements récents. Au milieu du livre, une série de photos, de cartes postales, de portraits et documents viennent illustrer les textes et faire voyager le lecteur dans l’histoire de La Réunion et dans ses paysages.
E.P.
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