Économie réunionnaise : le calme avant la tempête
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Ouverture du Festival International du Film d’Afrique et des Iles
6 octobre 2008

Il a fallu choisir, dès le premier soir, entre aller voir en plein air les boxeuses de Kinshasa dans "Victoire Terminus" sur la place du vieux marché ou alors aller au cinéma Casino découvrir un documentaire tourné au Port et à La Possession jusque dans les sentiers intérieurs.
Étrange de devoir choisir, quand le festival lui-même ouvre et démultiplie ces choix pour essayer d’embrasser un reflet des images qui se tournent dans le monde d’Afrique, et des îles. Mais tous les choix étaient possibles car au Hangar le premier film sera rediffusé lundi à 14 heures, vendredi à midi et le second jeudi à 9 heures au Hangar.
Foule et flot de paroles
Et ce sera comme ça tout au long d’un festival qui tourne à plein régime, de jour comme de nuit. Il y a avait du monde et de la musique devant les portes du cinéma le Casino. Le jour décline, et les portes s’ouvrent. La foule entre dans un entre choc de salutations, de présentations, de rencontres... Tout le monde parle, personne ne se connaît encore, mais un vieux chef opérateur venu d’Afrique récemment installé à La Réunion discute à la porte avec un jeune réalisateur réunionnais. Partout déjà des discussions, des explications, des témoignages, des interrogations.
Et si le flot de parole s’interrompt le temps de la projection ce n’est que pour reprendre de plus belle à l’issue du film, quand de manière tout à fait informelle, tous les spectateurs se sont retrouvés autour d’un cocktail préparé par des élèves portois.
Le Port : ville de convergence
Début de festival, donc. Alain Gili le directeur du Festival laisse la parole à Jean-Yves Langenier, le maire du Port qui a souhaité la bienvenue à tous les invités en soulignant la prédestination symbolique de la ville du Port à être un carrefour d’images ouvert sur le monde. Faisant le lien avec d’autres grandes villes portuaires d’Afrique, il a clairement affirmé l’appartenance de La Réunion à cet ensemble des pays de l’Océan Indien, d’Afrique et de l’outre-mer français.
Il a plaidé en faveur de la cause des réfugiés Chagossiens, retracé rapidement l’histoire de leur expulsion des îles Chagos par un arrangement entre Anglais et Américains, leur lutte commencée à Maurice jusqu’à l’obtention par les armes de la justice même de leur droit de retour dans leur pays. Et le Festival sera aussi l’occasion d’organiser une rencontre avec des Chagossiens.
Au-delà de Cap Noir
Les secrets des hauts de la Réunion, temple de la nature, désormais parc national protégé... C’est cet espace qu’Alain Dufau a filmé en passant par la relation intime qu’entretiennent les Réunionnais avec ce coeur de notre île.
Plusieurs relations, plusieurs histoires. Histoire de ce moniteur de canyoning, un enfant du coin qui pleure d’amour et d’émotion en se laissant aller à évoquer son enfance sur les berges de la rivière, histoire de cet ouvreur de sentier, autre enfant des hauts qui indique tout au long de la marche les herbes à utiliser comme remède, ou comme poison, histoire de ce chantre du pays s’accompagnant du bobre et chantant dans le groupe de maloya 7po, ces confidences sur nos contradictions, sur nos repères.
Et puis il y a ceux qui luttent pour la préservation de cet espace envahi par les pestes végétales, ceux qui oeuvrent à maintenir un espace indigène dans la forêt, enfin... ceux qui luttaient, ceux qui oeuvraient. Parmi les regards que nous livre Alain Dufau, celui des personnes qui ont travaillé jusqu’à février 2008 à préserver la nature reste le plus meurtri.
Tous les avis convergent : il y a une certaine ligne au-delà de laquelle la nature est encore vierge, mais les mains manquent pour mener un combat titanesque contre l’invasion d’autres plantes, les pestes surtout qui détruisent l’environnement initial. La ligne gagne du terrain chaque jour.
Le film se termine de manière brutale en annonçant la fin du chantier emploi vert suivi par le réalisateur. Le drame continue, la guerre biologique a lieu.
Mémoires d’une famille Cubaine
Après le documentaire, un court métrage de Yan Vega a été projeté. Petit film curieux construit à partir d’un album de photo retraçant la rencontre d’un couple dans les périodes révolutionnaires de Cuba, la naissance de leurs enfants, leur adolescence et leur vie.
Sur un travail minutieux et remarquable au niveau de l’infographie se tissent des dialogues entre les membres de la famille. Un père héros de la révolution, des enfants modernes... Quel sens reste-t-il à la révolution ? D’une génération à l’autre, quel sens prend la relation à l’île ? Et au dehors ? La pertinence du questionnement, et en même temps, sa causticité, est un trait caractéristique, semble-t-il, de l’esprit du festival en lui-même.
(à revoir le samedi 11 à 15H30 au Hangar)
Francky Lauret
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