Un Musée des Arts Premiers à Paris

Chirac inaugure son Musée

22 juin 2006

Le Président aime l’art. Tant et si bien que, alors qu’il était encore Maire de Paris, lors d’une rencontre avec le marchand d’art Jean Kerchache, passionné comme lui d’arts lointains, il eut l’idée d’un musée des “arts primitifs”. À partir des réserves de trois musées (le musée de l’Homme, le musée des Arts d’Afrique et d’Océanie de la Porte Dorée, le musée des Arts et traditions populaires), le Musée des Arts Premiers, finalement baptisé “Musée du Quai Branly”, est présenté par Jacques Chirac comme ’un lieu original qui rend justice à l’infinie diversité des cultures, un lieu qui manifeste un autre regard sur le génie des peuples et des civilisations d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et des Amériques’.

De belles intentions, 235 millions d’euros et huit ans de boulot, ça vous donne un esthétisme comme pas deux. Parmi les belles intentions, "il s’agissait, affirme le Président, de rendre l’hommage qui leur est dû à des peuples auxquels, au fil des âges, l’histoire a trop souvent fait violence. Peuples brutalisés, exterminés par des conquérants avides et brutaux. Peuples humiliés et méprisés, auxquels on allait jusqu’à dénier qu’ils eussent une histoire. Peuples aujourd’hui encore souvent marginalisés, fragilisés, menacés par l’avancée inexorable de la modernité. Peuples qui veulent néanmoins voir leur dignité restaurée et reconnue". Au-delà des intentions et des envolées lyriques présidentielles, voyons plutôt ce que c’est que ce “Musée du Quai Branly”.

Une expérience esthétique

Le bâtiment contemporain est signé Jean Nouvel. Superbe, spectaculaire. Le musée se présente comme un vaisseau de verre incurvé flanqué de gros cubes colorés. Un mur végétal orne la partie administrative du musée, qui est dotée d’un restaurant avec terrasse, d’un jardin de 18.000 m2, d’un théâtre, d’une médiathèque et de salles de cours. Lumineux et dépourvu de cloisons, l’intérieur est un vaste plateau surplombé de mezzanines où les œuvres s’offrent aux regards protégés par une forêt de vitrines. Des voix s’élèvent déjà pour dénoncer le côté éloigné de la pensée du développement durable, paradoxalement anti-verte, gourmande en énergie et entretien de la machinerie du mur végétal de Patrick Blanc.

Une mission pédagogique

Quoi qu’on en dise, le Musée du Quai Branly ne sera à l’évidence pas de trop pour tenter de faire évoluer les mentalités et le regard sur l’Autre : "Au cœur de notre démarche, il y a le refus de l’ethnocentrisme, de cette prétention déraisonnable et inacceptable de l’Occident à porter, en lui seul, le destin de l’humanité. Il y a le rejet de ce faux évolutionnisme qui prétend que certains peuples seraient comme figés à un stade antérieur de l’évolution humaine, que leurs cultures dites "primitives" ne vaudraient que comme objets d’étude pour l’ethnologue ou, au mieux, sources d’inspiration pour l’artiste occidental". Chirac poursuit magistralement : "Ce sont là des préjugés absurdes et choquants. Ils doivent être combattus. Car il n’existe pas plus de hiérarchie entre les arts et les cultures qu’il n’existe de hiérarchie entre les peuples. C’est d’abord cette conviction, celle de l’égale dignité des cultures du monde, qui fonde le musée du quai Branly". Toute une mission pédagogique !

Younous Ahamed


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Témoignages - 82e année


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