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1er juin 2007

L’historien Claude Liauzu est mort dans son sommeil le 23 mai dernier. Collaborateur du “Monde diplomatique” depuis 1985, il était un des plus grands spécialistes français de la colonisation. C’est lui qui, alerté par une de ses thésardes, avait organisé la mobilisation contre l’article 4 de la loi du 23 février 2005 prônant l’enseignement du « rôle positif de la présence française outre-mer ». L’historien dénonçait l’intervention des associations de rapatriés et du gouvernement dans la définition des programmes de recherches, dans la répartition des crédits, l’ingérence politique dans le travail des enseignants, « tout cela, dans une confidentialité totale. » Pétitions et réactions avaient contraint le président Jacques Chirac à annuler cette disposition.
Claude Liauzu était né le 24 avril 1940 à Casablanca (Maroc). Avec sa femme Josette Liauzu, également historienne, il a enseigné dix ans en Tunisie comme coopérant. Le couple milite à l’Union des étudiants communistes (UEC) et au Parti communiste français, et s’engage fortement pour l’indépendance de l’Algérie. Professeur à l’université de Paris VII (Denis-Diderot), Liauzu a notamment coordonné l’ouvrage Colonisation. Droit d’inventaire (Armand Colin, Paris, 2004).
L’historien s’inquiétait de la “guerre des mémoires” qui se développe, en France et en Europe, autour de la colonisation. Se souvenir n’est pas forcément comprendre. « Trop de mémoires, trop d’oublis », estimait-il. Car cette guerre, cette mise en concurrence des passés, s’effectue souvent au détriment d’un vrai travail scientifique ; l’analyse rigoureuse des faits et des textes laisse alors la place aux simplifications et aux anathèmes.
Au “devoir de mémoire”, Liauzu préférait le “devoir d’Histoire”.
Si tous les camps en présence prêtent plus ou moins le flan à la critique, c’est une droite nostalgique de la colonisation qui occupe l’actualité par de multiples initiatives rétrogrades. Liauzu trouvait ainsi dangereuse la création d’une très ambiguë Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie prévue par l’article 3 de la loi de 2005. L’historien demanda en vain l’abrogation de cette disposition.
Mais son dernier combat aura évidemment été de dénoncer la création par le président Nicolas Sarkozy d’un ministère associant “immigration” et “identité nationale”. Avec des centaines d’historiens et d’universitaires, il écrivait : « Nous ne pouvons accepter qu’une campagne présidentielle se joue sur de prétendues oppositions entre immigration et identité nationale. (...) Plus que toute autre, la société française s’est construite à travers les immigrations, comme un creuset intégrant la pluralité, s’enrichissant d’elle. (...) Chaque fois qu’on a prétendu poser les problèmes sociaux en fonction de l’obsession de la pureté des origines, cela a abouti à de graves crises, à un recul de la démocratie. »
(Sources Monde Diplomatique)
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