Un numéro de la revue “Faire Savoirs” de la région PACA consacré à notre île

Coup de projecteur scientifique sur les problèmes cruciaux et les atouts de La Réunion

25 novembre 2008

La revue “Faire Savoirs” est éditée par l’Association Méditerranéenne d’Animation, de Rencontres et d’Echanges en Sciences de l’homme et de la société (AMARES). Son dernier numéro, qui vient de paraître, est intitulé “L’île de La Réunion : regards contemporains”. À lire absolument. (*)

En trois siècles, l’île de La Réunion a connu, plus qu’aucun autre territoire postcolonial, les stéréotypes les plus marqués concernant son histoire, sa population et sa culture. L’objectif des sciences sociales est généralement de rompre avec ces clichés qui façonnent notre quotidien comme les idéologies.
Or, si les travaux sur l’histoire de notre île sont autant prolifiques que nécessaires, il n’en reste pas moins que l’étude de son présent est le parent pauvre de la recherche.

Sombre tableau et atouts

On connaît pourtant bien la situation économique et sociale particulièrement préoccupante de La Réunion : un taux de chômage de 29% sur une population active qui représente 42% de la population totale et dont la moitié des jeunes dépend des aides sociales ; plus de 10% de érémistes, 41% de personnes à la CMU (Couverture Médicale Universelle), 12% d’illettrés... Les démographes prévoient, en outre, un million d’habitants bien avant le milieu du siècle ! Quelque 500.000 voitures sont attendues à l’horizon 2020 dans une île qui est déjà quotidiennement bloquée par les embouteillages, que le tram-train à venir et les nouvelles voies routières tenteront de surmonter. Enfin, l’île est confrontée à des problèmes sanitaires et sociaux importants et exponentiels.
Ce sombre tableau ne doit toutefois pas occulter les atouts de l’île : une situation géopolitique inédite dans l’Océan Indien, une richesse de populations, de cultures et de cultes pluriels, une économie en plein développement, un potentiel touristique, un parc national qui occupe 42% du territoire, des expressions intellectuelles et artistiques originales et brillantes...

Un dossier pour tous

Face à ce paradoxe, Philippe Vitale (sociologue à Aix-en-Provence) (1) a souhaité consacrer un dossier de la revue “Faire Savoirs” à “La Rényon koméla”, moins pour apporter des réponses “toutes faites” aux défis qui se posent à La Réunion que pour participer à une réflexion commune, sans catastrophisme mais sans romantisme non plus !
Parue sous le titre “L’île de La Réunion : regards contemporains”, la revue de 145 pages propose onze articles de spécialistes de l’île. Le pari de la revue est de proposer des articles qui ne répondent ni au modèle “académique” ni à celui de la “vulgarisation scientifique”. Le projet est ainsi d’offrir des textes qui puissent être aussi bien lus par des chercheurs que par des non-spécialistes des sciences sociales.

L’importance du politique

L’esclavagisme, son enseignement comme les querelles mémorielles d’aujourd’hui sont tout d’abord discutés par les historiens Hubert Gerbeau et Gilles Gauvin.
Suit un cadrage économique et social de l’île réalisé par Marie-Laure Hoarau, directrice de l’Observatoire du développement de La Réunion (ODR), qui met en contraste une économie dynamique et des inégalités sociales croissantes.
Face à cette dialectique, la formation, l’école et l’université réunionnaise sont capitales. Ces institutions sont discutées par Frédéric Tupin, enseignant et chercheur en sciences de l’Education, qui met en lumière les inégalités scolaires contemporaines de l’île.
Trois articles des sociologues et anthropologues Gilles Ascaride & Philippe Vitale, Nicolas Roinsard et Alex Maillot s’intéressent, subséquemment, aux jeunes réunionnais qui représentent plus de la moitié de la population de l’île et son avenir ! À travers le chômage, la mobilité et l’identité “jeune”, ce focus sur les jeunes réunionnais permet de mesurer l’importance du politique face à cette population en devenir.

La dimension culturelle

Les jeunes réunionnais ne concentrent certes pas l’ensemble des problèmes rencontrés et des défis que l’île doit surmonter. Suivant une entrée qualitative sur une enquête nationale sur les violences envers les femmes, les démographes Dolores Pourette et Isabelle Widmer invitent à une réflexion sur les rapports sociaux de sexe à La Réunion, à partir de témoignages de femmes.
Ce numéro ne pouvait évidemment pas occulter la question de la langue créole et de son enseignement qui fait débat depuis une dizaine d’années. Le linguiste Daniel Véronique présente l’évolution de la situation sociolinguistique de l’île et développe, ensuite, une analyse de la politique de la langue et de l’aménagement du (des) créole(s) au travers de son enseignement.
Le culturel et le cultuel sont enfin, abordés via deux études anthropologiques. Benjamin Lagarde présente les résultats de son enquête de terrain menée à La Réunion sur le “maloya lontan é koméla” tandis que Stéphane Nicaise traite de la délicate question du “croire” réunionnais.
Le dossier se conclut par un article de l’anthropologue Christian Ghasarian sur l’identité réunionnaise. Bonne lecture !

Correspondant

(*) Pour commander l’ouvrage, voir le site de la revue “Faire Savoirs” : www.amares.org
(1) Pour contacter Philippe Vitale : [email protected]


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Témoignages - 82e année


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