Culture et identité

Créole langue d’enseignement à La Réunion : possibilité d’une école réunionnaise

Après le vote de la loi sur la protection et la promotion des langues régionales

Manuel Marchal / 13 avril 2021

La loi votée jeudi par une majorité de députés dont Nathalie Bassire, Karine Lebon et Philippe Naillet pour La Réunion ouvre de nouvelles perspectives dans la lutte contre l’échec scolaire et donc pour la promotion de la jeunesse réunionnaise. En légalisant le créole comme langue d’enseignement et en faisant de cet enseignement un droit, la loi montre la possibilité d’une école réunionnaise.

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Un pays, une histoire, une langue : ces trois mots constituent ce qui est indissociable de l’existence d’un peuple. La Réunion est une île au milieu de l’océan Indien, à 200 kilomètres de la terre la plus proche. Les recherches font état d’une histoire propre à La Réunion. Il s’avère également que sur cette terre isolée, des immigrés venus de plusieurs foyers de civilisation ont construit une langue commune à des descendants de Mozambicains, de Malgaches, de Chinois, d’Indiens et d’Européens. Cette langue est le créole. Son existence et sa force en font la langue d’un peuple, c’est en effet la langue maternelle à La Réunion.
Dans le système actuel, ce n’est pas la langue maternelle qui est la langue d’enseignement à La Réunion. Cette langue d’enseignement est le français qui est utilisé sans apprentissage préalable, comme si elle était la langue maternelle des jeunes Réunionnais accueillis à l’école. C’est donc un déni d’une part importante d’un individu qui est sa langue.

Efficacité pédagogique

La loi Moyac votée jeudi dernier par les députés vise à réparer cette séquelle du colonialisme. Elle décide que l’enseignement d’une langue régionale est un droit. Elle ajoute un nouveau droit, celui de l’enseignement immersif dans la langue régionale. Autrement dit, la langue régionale est reconnue comme langue d’enseignement. Si l’État faillit à faire respecter ses droits sur une territoire, alors les collectivités de ce territoire peuvent soutenir financièrement des écoles qui permettent de garantir l’enseignement de la langue régionale, et qui utilisent la langue régionale comme langue d’enseignement.
Autrement dit, le créole est reconnu comme langue d’enseignement à La Réunion, et apprendre le créole à l’école est un droit reconnu pour tout Réunionnais. La balle est dans le camp de l’État pour se mettre en conformité avec cette loi une fois qu’elle sera promulguée. Il doit donc veiller à ce que les enseignants recrutés soient créolophones, afin qu’ils puissent assurer si besoin des cours en créole. L’État devra également recruter des enseignants en « français langue étrangère », afin que les élèves qui bénéficieront d’un enseignement en créole puissent apprendre le français et envisager une poursuite d’étude dans la langue de Molière.

Faire reculer l’illettrisme

La loi donne donc la possibilité aux collectivités de soutenir l’enseignement du créole à l’école en cas de carence de l’État. Les collectivités ont déjà investi le champ de l’enseignement, au travers de la construction et de l’entretien du bâti scolaire, et de la gestion des personnels techniques. La Région a dépensé de l’argent dans des « Cases à lire » qui n’ont manifestement pas permis de faire reculer l’illettrisme à La Réunion.
Or, l’enseignement en créole ne pourra que faire reculer l’illettrisme. Ce qui indique que d’ores et déjà, des fonds sont disponibles à condition d’être affectés à la création d’une véritable école réunionnaise, avec comme langue d’enseignement celle du peuple réunionnais : le créole.

M.M.