Archipel des Comores

D’une vente forcée est venue la colonisation

12 novembre 2005

Si Andriantsoli, sultan de Mayotte, n’avait pas été contraint de vendre son île à la France en 1841, l’histoire de l’archipel des Comores en aurait sans doute été modifiée.

L’archipel des Comores était peuplé déjà au 8ème siècle. Les premiers habitants sont venus de la côte africaine et étaient issus de la civilisation swahili. Ils avaient mis en place une organisation politique et sociale proprement africaine, avant l’arrivée des Arabes.
Ceux-ci, chassés de Chiraz (Perse, actuel Iran) et d’ailleurs (Arabie et Yemen particulièrement) arrivent à diverses époques. À partir du 16ème siècle, il y a un système des sultanats.
Au 15ème siècle, les Portugais sont les premiers Européens à arriver aux Comores, mais ils n’y restent pas. Puis l’archipel devient un point de relâche pour d’autres pays européens : Hollande, Angleterre et France. Il subit tout au long de la fin du 18ème siècle les raids des pirates malgaches, qui pillent, tuent et enlèvent des Comoriens pour les vendre en tant qu’esclaves.

Pour 1.000 piastres

L’intervention de la France dans l’ensemble des Comores commença au milieu du 19ème siècle, alors que les 4 îles des Comores furent le théâtre de nombreuses guerres entre sultans locaux, ce qui leur valut le surnom d’îles des sultans bagarreurs. Ainsi, à partir du 19ème siècle, les liens politiques furent rompus entre les îles de l’archipel. Les 4 îles sont ravagées par des guerres incessantes. C’est dans ce contexte que la France réussit, le 25 avril 1841, à imposer un traité de vente de l’île de Mayotte à un sultan d’origine malgache, Andriantsoli, qui venait de s’emparer de l’île en évinçant le sultan local. La vente est conclue en échange d’une aide militaire française, d’une rente annuelle de 1.000 piastres (ou 5.000 francs à l’époque) et l’éducation des enfants d’Andriantsoli à l’île de La Réunion aux frais du gouvernement français.
En réalité, la marine française avait besoin d’un port important dans l’entrée du canal de Mozambique, et le Traité de 1841, présenté comme un banal traité commercial, constituait une véritable vente forcée.
C’était pour la France une question de stratégie : il fallait occuper le plus de territoires possibles afin d’empêcher les Anglais et les Allemands de les acquérir. Le roi Louis-Philippe entérina cette acquisition en 1843.
Entre temps, un prince comorien dévoué à la France (Saïd Omar) a obtenu de son parent, le sultan d’Anjouan, de renoncer à ses prétentions sur Mayotte. Et comme l’écrit l’historien J. Martin, "Mayotte était le Far-West des Réunionnais déclassés" qui s’y installent et introduisent le système des plantations coloniales. Ils y poursuivent l’esclavage sous forme de ce qu’ils appelaient "l’engagisme". Ce n’est donc pas innocent si ensuite des Réunionnais prendront une part importante à la lutte pour que Mayotte reste française.

Sous protectorat

L’ensemble de l’archipel est placé, 5 années plus tard, en 1848, sous l’autorité du gouvernement colonial français basé à Mayotte. Puis la Grande-Comore, Mohéli et Anjouan (Mayotte reste une colonie), tombent sous le protectorat français en 1886. En fait, tous ces traités furent imposés par la France aux sultans locaux qui n’ont jamais eu le choix de résister. Le protectorat dura jusqu’en 1892. Il laisse place un peu plus tard à la colonie de “Mayotte et dépendances” rattachée par la loi du 25 juillet 1912 à l’île de Madagascar.
En 1912, le gouvernement français colonise le reste des Comores, afin, officiellement, "de surveiller les pratiques douteuses des résidents et des colons".
Après 2 révoltes importantes (l’une en 1915 à la Grande-Comore, l’autre en 1940 à Anjouan), les Comores obtinrent en 1946 une autonomie administrative et la ville de Dzaoudzi (Mayotte) fut choisie comme capitale du nouveau territoire. À partir de 1946, les Comores furent détachées de Madagascar et furent représentées directement au Parlement français. Ensuite, l’Assemblée territoriale des Comores choisit en 1958 le statut de Territoire français d’outre-mer (TOM).
Cependant, à Mayotte, 85% des citoyens préférèrent lors d’un référendum le statut de Département français d’outre-mer (DOM). Les Mahorais auraient développé de tenaces rancunes contre les anciens sultans d’Anjouan et contre les Arabo-comoriens.
En 1974, à l’issue d’un référendum, les îles d’Anjouan, de Mohéli et de la Grande-Comore optèrent pour l’indépendance à 95%, alors que les habitants de Mayotte choisirent de rester par 63,8% des voix.
Le 6 juillet 1975, le président Ahmed Abdallah proclama unilatéralement à Moroni (Grande-Comore) l’indépendance des îles des Comores "dans ses frontières coloniales" (ce qui incluait les 4 îles) formant ainsi l’État des Comores.

Le choix des Mahorais

En février 1976, lors d’un référendum local, la population de Mayotte se prononça avec une très large majorité (99,4%) pour son maintien dans l’ensemble politique de la République française avec le statut de collectivité spéciale, qui lui fut accordé sur une base provisoire.
Néanmoins, la République fédérale islamique des Comores fut proclamée le 1er octobre 1978. Depuis, les Comores ont connu près d’une vingtaine de coups d’État ou tentatives de coups d’État, dont 3 menés par le mercenaire français Bob Denard.
En août 1997, les habitants des îles d’Anjouan et de Mohéli s’insurgèrent contre les autorités de la capitale Moroni et demandèrent d’être rattachés à la France. Certains autres semblaient envier le sort des insulaires de Mayotte, restée française, dont le niveau de vie est maintenant 5 fois plus élevé que celui des Comores. Le gouvernement français a refusé de soutenir cette demande qui lui paraissait incongrue.
À la suite de cette insurrection, des pourparlers de paix tenus à Madagascar sous les auspices de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) aboutirent à un accord en avril 1999, selon lequel chacune des 3 îles aurait son propre Parlement et assurerait la présidence de la République - qui deviendrait une fédération sous le nom d’Union des îles des Comores - tous les 3 ans. Entre-temps, l’instabilité politique chronique des Comores a plongé l’archipel dans la pauvreté et a rendu les habitants incapables de développer leur potentiel touristique.

(Sources : Mahmoud Ibrahime (Inya Masiwanet) et http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/afrique/comores.htm)


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