Salon du Livre : Du côté de Fred Bernard et François Roca (Albin Michel/Seuil)

Dans l’univers du voyage et de la quête

30 novembre 2006

Pourquoi des “livres de Jeunesse” ? Et si la “Jeunesse” était ce territoire sans âge et sans frontière où enfants et adultes partagent les mêmes histoires, en ignorant ou transgressant les mêmes interdits ?

Approchant l’espace des auteurs - où ils étaient une poignée, hier en fin d’après-midi, à s’adonner à la dédicace - je me suis laissée guider par un petit garçon, Maxime, qui attendait, imperturbable, que Fred Bernard, auteur-dessinateur, lui dédicace son histoire d’homme-bonzaï. C’est l’histoire d’un homme de la mer, un pirate mais pas n’importe quel pirate... Un homme enlevé par des pirates asiatiques, avec un arbre sur la tête qui, petit à petit, prend possession de tout son corps...
Maxime aime les bandes dessinées, mais « ça dépend lesquelles ». Et pour celle-là, il a eu la plus merveilleuse des prescriptrices : sa mère, bibliothécaire à Saint-Denis.
Fred Bernard finit un dessin sur la page de garde et passe le livre à son complice dessinateur François Roca. Depuis une dizaine d’années, à la sortie de l’école de dessin où ils ont fait ensemble leurs premières planches, une même sensibilité les unit : l’amour de la nature, des animaux... Ils en sont à leur 14ème publication commune, dont 10 sont parues chez Albin Michel, les autres au Seuil.
Lorsqu’ils travaillent ensemble, François Roca dessine - des planches à la fois lumineuses et sombres - et Fred Bernard écrit. C’est ainsi qu’a commencé leur collaboration, avec “La reine des fourmis a disparu” et elle s’est poursuivie jusqu’à “Uma, la petite déesse”, inspirée du Mahabharata.
Leurs histoires sont autant de voyages initiatiques dans lesquels les personnages ne sont pas les mêmes au début du voyage et à la fin. Dans “La reine des fourmis a disparu”, une curieuse enquête commence par une pièce à conviction (un poil), trouvée par Mandibule de savon, détective et « représentant de la loi de la Jungle », lancé avec son assistant, Elytre de lait, à la recherche de la reine des fourmis. Lancés sur les traces d’un scientifique “collectionneur” d’insectes, susceptible d’avoir perdu un poil de sa barbe, il vont faire une découverte insolite ! Madame Tarentule retrouve grâce à eux son “petit mari” disparu (le tarentule mâle), épinglé sur une planche... à côté d’une autre femelle ! Comment imaginer, devant l’indifférence paisible de la “légitime”, que l’éditeur puisse s’offusquer d’un adultère chez les insectes !?
La réalité dépasse si souvent la fiction...
Quelquefois, Fred Bernard dessine tout seul des histoires de voyage ou de quête, de personnages qui se cherchent, mais pas comme dans un roman policier existentiel. Non, avec lui, c’est plutôt du Lily Love Peacock avec sa copine mannequin, bande dessinée “pour adulte” : des planches en noir et blanc racontant l’histoire d’une jeune Africaine qui veut devenir chanteuse dans un groupe de musiciens.
Les 2 dessinateurs seront présents tous les jours dans le Salon, invités parmi la dizaine d’auteurs-dessinateurs venus de France. Ils ont eu le courage, hier, après un long voyage, à participer à un débat et à une séance de dédicace. Heureux d’être là et de parler de leurs voyages intérieurs.
Mais le plus heureux de tous, sûr ! c’était Maxime !

P. David


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