Économie réunionnaise : le calme avant la tempête
6 juin, parIEDOM : « Un premier trimestre favorable avant l’impact de la crise au Moyen-Orient »
Zistwar Sully Andoche
16 octobre 2007

Festival du conte à Saint-Denis
Les beaux contes font les bons amis
Dans le cadre du Festival du Conte, “Témoignages” présente une série de portraits de ces conteurs qui sillonnent les routes de La Réunion et qui enchantent aussi bien les enfants que les adultes. Passeurs de ces moments créoles qui touchent au cœur.
C’est dans le quartier de Saint-Jacques à Saint-Denis de La Réunion que Sully Andoche a koupé son zonbri (est né) et passera toute son enfance.
Nous sommes dans les années 60. La modernité est encore timide et la rue appartient aux enfants. Dans une ambiance bruyante, grouillante même, les cris, les jeux, les disputes sur fond de moukataz (moqueries) font partie du quotidien.
Le soir venu, sous le lampadaire de la rue Sainte-Marie, on se raconte des histoires. Celles qui font peur sont les préférées. Afin de convaincre son auditoire d’un soir, on rajoute un détail fantastique à l’histoire de la veille qui avait connu un succès pour le moins mitigé. Raconter devient un défi, improviser en racontant, une nécessité quasi vitale si le rakontèr ne veut pas mourir aux yeux des autres.
Il n’a pas connu de conteurs patentés, plutôt présents dans les veillées mortuaires (interdites aux faibles tempéraments d’enfants). Juste le souvenir d’un Grandyab la fès an or raconté en boucle par Pépé Apollon, son grand père.
Mais Sully a surtout dévoré des oreilles et des yeux les zistwar fé pèr de cimetières et d’invisibles. De dévinèr (sorcier, devin) aussi ; ceux qui transforment à l’envi les feuilles d’arbre (celui du jacquier donne les meilleurs résultats) en billets craquants de 1.000 francs CFA. Je le jure devant la lumière qui m’éclaire et que Dieu m’écrase en poussière si ma langue ramasse des mensonges, et comment peux-tu contester une parole de granmoun (adulte) ?
Toute histoire est parole et toute parole est vraie puisque c’est la bouche que Dieu a donnée qui l’a prononcée. Vraie comme l’histoire de cette nuit là où mémé Frédéa a vu son voisin (homme de loi s’il vous plait !) se transformer en chat pour s’introduire dans la maison de l’autre voisin pour faire des choses que diable seul sait. Comment est-il entré ? Mais par la serrure, voyons !
Dans les années 80, Sully donne de la voix avec ses dalon (camarades) du groupe Ziskakan pour que la culture et la langue créoles soient reconnues. Les coupures de courant sont nombreuses et le matériel usagé n’en est pas vraiment la cause. Les censeurs du pas culturellement correct débranchent tout ce qui dépasse. Dans la pénombre, on envoie Sully au-devant de la scène pour faire patienter. Tant qu’à faire, il raconte. Plus tard, il contera, même quand le courant politique aura changé. Il contera dans les écoles, les kermesses, les kabar (concerts) ... partout où la parole aura une oreille pour miroir.
Urgence de dire, urgence de rapporter, urgence de transmettre. Le conte, au même titre que le maloya il y a quelques années, mérite qu’on lui restitue la place qui est la sienne dans la culture réunionnaise. En passionné qu’il est, Sully, comme d’autres conteurs, s’y emploie tout modestement.
Son répertoire
A moins de se retrouver dans un espace non créolophone, Sully raconte dans sa langue.
S’il se régale à mettre en bouche les contes traditionnels de La Réunion, de l’océan Indien et quelquefois d’ailleurs, il préfère s’amuser à imaginer des histoires, à inventer des légendes toutes aussi vraies les unes que les autres... puisque c’est son imagination qui les a fabriquées.
L’improvisation détient la part majoritaire dans son capital. L’humour en est un actionnaire non négligeable.
Pour lui, il n’y a pas (ou si peu) de contes pour adultes et de contes pour enfants. Il y a des contes que l’on raconte à des adultes et à des enfants. Aussi, les thèmes variés de son répertoire se moquent des générations.
Les contes animaliers ont la part belle, et parmi eux, les contes d’origine : Comment le crapaud est devenu crapaud ? Pourquoi le cochon est cochon ? Etc...
Ses kriké-kraké accompagnés de jeux de mots et autres digressions sont des portes par lesquelles le public est invité à entrer pour s’approprier une part de conte.
Il n’est pas rare que le conteur utilise des instruments faits de matériaux de récupération et qui se muent très souvent en partenaires et complices de ses histoires.
Kosa lo zistwar i rakont / Présentation des contes
(parmi bann zistoir posib / non exhaustif)
Parkoman lo sat i yinm pa ramiské
Sat èk ramiské té frékant pa tro avrédir. Sakinn son bann. Soman ou wa, déstin i gob aou an an trèt nadkou.
Dann royonm zanimo, tout domoun té pou pèrd zot ké sanm zot plim...sof lo sat. Pèrsone i yinpabou géri sa. Alapa in zour, in vyé martin fine fé la gèr, la trouv lo romèd : koup lo zizit zorèy lo sat, kraz sa an pomad, frot azot ansanm. É kisa la mèt gardyin la pomad la ?
Ramiské ! Koman ou vé lo sat i kous pa dèryèr ramiské pou kronm ali dopi sa...?
Pourquoi le chat n’aime pas la souris
En fait, le chat et la souris ne se fréquentaient pas. À chacun son rang. Oui mais voilà, le destin est parfois traitre.
Au royaume des animaux, tout le monde perd sa queue et ses poils...sauf le chat. Aucun remède ne marche. Et pourtant un jour, un très vieux martin (un oiseau) trouve le remède : on coupe les belles oreilles du chat, on les réduit en pommade et on s’en badigeonne. Et qui gardera le pot de pommade ? La souris ! Comment voulez vous qu’aujourd’hui encore le chat ne chasse pas la souris pour pour la croquer...?
Atwé la pat amwin la tèt
Bas in bon kou lékol, souk in bèl volay, alé fé kui sa dann fon la rivir. Lé bèl non ?
Ala sak dé ti komik la la fé lavé in fwa. Ayo ! Volay la té pa in volay-volay konmkidiré...
Zot kor i gat. Na ryink in dévinèr kab sov azot...
La patte est pour toi, la tête est pour moi.
Faire l’école buissonnière, capturer une belle poule et aller la cuire au bord de la rivière. Quoi de plus enviable ?
C’est ce que firent ces deux petits plaisantins. Aïe ! La poule n’était pas vraiment une poule, si vous voyez ce que je veux dire...
Tout va mal pour eux. Seul un sorcier peut les tirer d’affaire.
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