De la responsabilité des artistes et de l’usage de la « force publique » citoyenne

9 janvier 2007

Un artiste peut-il tout dire au nom de la liberté d’expression ? Alors qu’une chanson rap attaque directement des fonctionnaires de police du Port, cette question est loin d’être anodine. Peut-on encore se demander : quelle est la responsabilité de l’artiste ? Et dans le cas précis, le rôle des policiers eux-mêmes ?

La musique offre aux êtres humains un nombre illimité de possibilités pour s’exprimer. Les paroles peuvent tout aussi bien offrir des messages d’amour, de haine, de peur, de révolte, ainsi que des messages de nature sociale ou politique. Une mélodie à elle seule peut communiquer la joie, l’espoir, la souffrance, un événement dramatique, une atmosphère spéciale ou bien la couleur banale de la vie de tous les jours. Les mélodies peuvent aussi bien exprimer et transmettre des traditions musicales qui aident à former l’identité d’un peuple et d’une culture.
Toutes ces différentes expressions sont sous la protection de la Liberté d’expression dans la Déclaration des Droits de l’Homme, en son article 19. Ainsi, la liberté d’expression des musiciens implique la liberté de jouer aussi bien en lieux publics que privés, la liberté de donner des concerts, la liberté de produire des disques compacts ou tout autre forme de reproduction musicale, et la liberté d’enregistrer sa musique quels que soient les termes contenus dans la musique ou les lyriques. En conséquence de quoi, on pourrait stipuler qu’aucune censure entraînant des poursuites judiciaires ne peut être appliquée contre des musiciens à cause de ce qu’ils expriment dans leur musique. Mais est-ce bien vrai ? Un musicien peut-il se permettre d’inciter à la haine, contre une profession détentrice de l’autorité, contre une race, contre une religion ? Certes non.

Répression ou communication ?

Dans l’histoire du rap, puisque c’est ce style de musique qui est incriminé, plusieurs procès ont été intentés. Le rap français dans les années 1990 n’a pas échappé à cela. NTM, Ministère AMER, par exemple, avaient été inculpés pour outrages à personnes détentrices de l’autorité publique. En 2002, Nicolas Sarkozy lançait des poursuites à l’encontre de La Rumeur, pour outrage à la police. Fin 2004, le groupe échappe aux poursuites ; au nom de la liberté d’expression, un non-lieu est prononcé. Après appel du Procureur de la République, le groupe est jugé à nouveau, pour être finalement relaxé. En 2005, à l’appel du député UMP François Grosdidier, 200 parlementaires posent une demande de poursuite pour incitation à la haine raciale et républicaine à l’encontre des rappeurs Monsieur R, Fabe, Salif et des groupes 113, Ministère A.M.E.R., Bougnoul Smala et Lunatic. Ces procès, dénoncés comme des tentatives de censure par la gauche, seront sans suite, puisqu’il sera démontré que les rappeurs étaient simplement les boucs émissaires des émeutes de banlieues. Bref ! La liberté d’expression s’est imposée presque à chaque fois.
Alors, que dire du nouveau morceau “fait bour la BAC” ? Las d’être contrôlés par la brigade anti-criminalité (BAC), las du comportement parfois excessif des policiers, des jeunes s’expriment, outrageusement il est vrai. Cela ne reflète-t-il pas surtout un manque de communication entre les policiers et les jeunes ? Comment s’organise la relation entre les deux parties ? Entre nous soit dit, si les “coupables” sont arrêtés et punis, cela ne servirait-il pas de prétexte à un embrasement des quartiers ?

L’exemple de Jean-Louis Prianon ...

Il y a peut-être un autre moyen pour que les choses changent. Le sport par exemple. Moult expériences du genre ont montré que les jeunes appréciaient des opérations de rencontre avec les forces de l’ordre. Des rencontres sportives initiées par le sportif réunionnais de haut niveau Jean-Louis Prianon, policier de profession, permettent de renouer les liens entre les deux parties. Les jeunes constatent que les policiers sont des individus comme tant d’autres, et non des persécuteurs de jeunes. La gendarmerie nationale également a longtemps entretenu ce genre de relation. Il en résulte une meilleure acceptation de l’autorité. Pourquoi ne pas initier plusieurs actions d’encadrement des jeunes lors des vacances ? “Humaniser” les forces de l’ordre, au lieu de donner l’image de la répression peut être également une piste, pour que les jeunes acceptent l’ordre.
Certes, cela n’empêchera pas à quelques artistes de propager des messages de violence à l’encontre des forces de l’ordre. Sûrement cela aidera les plus jeunes à ne pas suivre l’exemple de leurs aînés réfractaires. Toujours est-il que les actions pédagogiques devraient prévaloir sur les opérations répressives. A bon entendeur...

Bbj


Les formes de violence en société

Une note du centre d’analyse stratégique tire les enseignements d’une comparaison internationale en matière de violence urbaine.

Un an après les événements de novembre 2005, une note, publiée au début du mois par le Centre d’analyse stratégique, propose d’établir des éléments de comparaison entre les violences urbaines que la France a connues, à l’automne 2005 et les phénomènes comparables à l’étranger. « Comment situer ces événements par rapport aux situations que peuvent connaître d’autres pays ? », c’est l’interrogation à laquelle les auteurs de la note tentent de répondre. Première conclusion : les violences urbaines ne sont pas une exception française. « Cette note propose, un an après les événements, un essai de comparaison en s’appuyant sur une revue de la littérature existante, des rapports d’enquêtes réalisées à l’étranger ainsi que sur les données recueillies par les postes diplomatiques français », introduisent les auteurs du rapport.
Pour les besoins de l’analyse, toutes les formes de perturbation de l’ordre public, découlant d’un regroupement de personnes, qui se déroulent dans un environnement urbain, ont été prises en considération. Ce recensement a permis d’établir, de manière empirique, une typologie des différentes violences collectives commises dans le milieu urbain. Ainsi, parmi l’échantillon de conflits les plus significatifs en milieu urbain dans les pays développés, le croisement de différents critères (les acteurs, les cibles visées, le contexte socioéconomique et politique et le déroulement des événements) fait apparaître quatre types de violences collectives en milieu urbain : les conflits entre gangs, les phénomènes de débordement, les affrontements ethniques, les conflits dirigés contre les autorités publiques.


Les Français très largement favorables à une modification des institutions

Les Français sont dans leur immense majorité favorable à des modifications dans les institutions de la Vème République, près d’un quart d’entre eux (23%) se prononçant même en faveur d’un changement complet de régime politique, selon un sondage LH2 pour 20 minutes et RMC paru le 5 janvier. Massivement opposés à la suppression des départements (88% contre 8%), les sondés sont partagés concernant un regroupement plus important des communes : 47% sont pour et 44% contre. 
Interrogés sur des mesures destinées à moderniser la vie publique en France, 77% des sondés (contre 20%) sont pour que le Parlement ait les pouvoirs de destituer le président de la République "pour des faits particulièrement graves".
Une même proportion (77%, contre 17%) se prononce contre l’interdiction faite aux juges de mettre en cause le président, même pour des faits extérieurs à sa fonction.
71% (contre 21%) sont hostiles à la suppression du Sénat et 62% (contre 34%) au regroupement aux mêmes dates de toutes les élections.
Le sondage a été réalisé par téléphone les 27 et 28 décembre 2006 auprès d’un échantillon national de 1.002 personnes représentatif de la population âgée de 18 ans et plus selon la méthode des quotas.


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Témoignages - 82e année


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