Lerka - exposition sur la grande île rouge

De La Réunion à Madagascar

29 août 2006

Après un accrochage dans l’espace Jeumont en 2004, l’exposition “Elabakana, Glissement perpétuel” s’envole bientôt pour la capitale malgache. Du 27 septembre au 27 octobre prochains, les œuvres du glissement perpétuel s’exposent dans un gigantesque hangar prêté par le Ministère malgache de la Défense. Quel beau témoignage de coopération entre nos 2 régions de l’océan Indien !

Pour ceux qui l’ont visitée, cette exposition est l’inéluctable preuve du foisonnement artistique à Madagascar, comme sur notre île. Nos arts contemporains témoignent de la richesse créatrice de la zone Océan Indien, et l’importance de nourrir les liens entre artistes. Née d’un concept original du poète-plasticien malgache Richard Razafindrakoto, l’exposition “Elabakana, Glissement perpétuel” traduit la richesse archéologique malgache au travers des perles retrouvées sur les sites historiques de l’île rouge. Des plasticiens réunionnais se sont intéressés à cette matière. Dominique Ficot, Cristian Floy Jalma, Térésa Small ont occupé l’espace Jeumont aux côtés du magique poète-plasticien malgache Razafindrakoto. Pour la pédagogie archéologique, une archéologue malgache avait d’ailleurs fait le déplacement pour rencontrer les Réunionnais et expliquer toute la pertinence d’œuvres d’arts à la symbolique multiple. Après une série de séminaires à Tananarive en décembre 2005, les artistes réunionnais s’envolent prochainement vers Madagascar pour montrer ce travail en commun. Du 27 septembre au 27 octobre prochains, “Elabakana, Glissement perpétuel” est, originalement, exposée dans une caserne militaire. Le Ministère de la Défense a en effet mis à disposition un gigantesque hangar pour les artistes. À destination du tout public malgache, cette exposition devrait faire date et marquer les mémoires, d’autant qu’elle sera enrichie de pièces historiques, des perles rares. La presse malgache saura en faire le plus juste écho !

Deux artistes réunionnais en résidence

Cette exposition à Madagascar sera marquée par 2 projets de résidence avec 2 artistes réunionnais qui se connaissent. Anciennement réunis au sein du groupe Force Indigène, Jakomaron et Babou B’Jalah seront du voyage. Le premier, créateur de son expérimental, retrouvera le musicien malgache Ricky Olombelo, promoteur de son “ès spirit mental”. Ensemble, ils créeront les musiques originales de l’éventaire. En live le soir du vernissage, leurs compositions tourneront tout au long de l’exposition. Babou B’Jalah, poète-plasticien, participera au kabar-poème. En même temps, il poursuit sa recherche sur le Kabary malgache et sur les liens à initier avec le kabar fonnkèr de La Réunion. Du 25 septembre au 16 octobre prochains, il parcourt l’île rouge, de Tananarive à Fianarantsoa, de Fianarantsoa à Toamasina, de Toamasina à Tananarive, et puis petit séjour chez la seule Réunionnaise de la Sakay restée sur le territoire des pionniers réunionnais des années 1950. Bref ! l’artiste entreprend une recherche d’écriture innovante, basée sur l’ancestralité. À terme, il proposera un carnet de voyage inédit, mêlant poésie, entretiens divers et photos. Un carnet de route poétique, dirons-nous, pour nous mener jusqu’à nos racines malgaches. Espérons, soit dit en passant, que cela permettra une nouvelle fusion artistique entre Jakomaron et Babou B’Jalah.

Coopération artistique dans la zone

Cette initiative de Lerka est à saluer sur tous les plans. Elle offre en effet l’occasion à des artistes réunionnais en devenir de rencontrer d’autres publics de la zone. Ces rencontres sont enrichissantes et contribuent à l’abondance créatrice réunionnaise. Elle privilégie le soutien aux artistes malgaches qui vivent malheureusement dans des conditions difficiles. L’engagement de Lerka à développer les liens entre pays de la zone est nécessaire pour la reconnaissance de l’art contemporain réunionnais et son rayonnement. Espérons que les ailes du collier ou Elabakana fouleront d’autres terres indocéaniques. Les artistes doivent aller vers l’autre, vers l’inconnu, pour enrichir, pour partager. À bon entendeur...

P. Julie


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