Paul Vergès : un aménageur qui s’en donnait les moyens
10 septembre, par2016-2026 : 10e anniversaire de la disparition de Paul Vergès, témoignage de Houssen Amode
Exposition
28 novembre 2012

C’était il y a quelque temps déjà. Les années 1980 étaient largement entamées. Nous nous étions rencontrés. Je me rappelle.
C’était place Clichy,
Loin là-bas à Paris.
Le métro annonçait
Qu’on se serait trompé
Si à l’autre station
– C’est la Fourche, attention ! –
Nous ne descendions !
C’était le « Quarant’deux »
D’un immeuble miteux
Dont l’escalier de bois
Pliait sous notre poids. J’essaie d’imaginer
Si la porte fermait,
Car il me semble bien
Que, pour tous les Domiens
Pour boire le café…
Trouver à qui causer…
Un lit pour se coucher…
Des nouvelles échanger…
Du courrier à laisser,
Il suffisait d’entrer ! ».
C’est là que je l’ai rencontré et, au fil des semaines et puis du temps, connu et apprécié. Car très vite Alain Dreneau adopta notre petit territoire comme terre de vie, lui qui avait sillonné la France et le Maghreb lorsque, très jeune sorti d’une Ecole des Mines de la métropole, il eut son diplôme d’ingénieur en poche. Il choisit notre île du bout du monde, convaincu que « notre là-bas » deviendrait très vite « son ici » . Je me rappelle ses premiers pas au Port, sa caméra et son appareil photo en bandoulière, curieux de tout ce qu’il voyait et qui le remplissait d’émotions. Il est venu… tu es venu, Alain, te fixer ici sur notre petit caillou de l’océan Indien, convaincu et séduit, pour porter témoignages par le son et l’image.
« Tu t’es bien débrouillé
Et t’es bien promené,
Caméra au poignet,
Ta valise à la main
Pour nous rapporter plein
La vie des bidonvilles
Et des idées utiles.
Ce fut un jeu d’marmailles
De faire que ton travail
Se déplaça alors.
Et je te vois encore
Devenu reporter
Et homme à tout faire,
Passant à la télé,
Sur la moto juché,
Couvrant l’événement,
Ecrivant, corrigeant,
Organisant le Sport
Afin qu’on soit plus fort.
Oui, je te vois encore
T’interrogeant bien fort
Sur la bonne formule,
De l’attaque ridicule,
La réplique à trouver
Pour leur casser le nez
A tous ces abrutis
D’adversaires pourris !... ».
Alain Dreneau a choisi d’offrir plusieurs dizaines de ses photos à notre attention, à une attention qui, par delà nos regards d’hommes et de femmes, peut être faite d’intelligence et d’amour. Ses photos, il les a un jour fixées depuis les ruelles du Cœur Saignant et du village de La Rivière des Galets, ruelles vivantes et riches de ceux et de celles de tous les âges qui y avaient leurs cases et leurs poulaillers, leurs boutiques et leurs terrains de jeux, leurs terres d’apprentissage de la vie et leurs lieux d’éveil aux luttes de demain. Alain a choisi de faire revivre ces périodes fortes et ces moments de tranquille assurance derrière le noir et le blanc. Un clin d’œil à Lucet Langenier qui nous rappelait souvent que « le noir et le blanc ne sont pas des couleurs, mais des valeurs ».
Raymond Lauret
NDLR : L’exposition de photographies noir et blanc d’Alain Dreneau se tient à la Médiathèque Benoite Boulard au Port, jusqu’au 15 décembre…
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