Instruments de musiques communs aux îles de l’Océan Indien

Découvertes de nos racines avec les sons

30 octobre 2006

Dévoiler les liens de parenté entre Madagascar, Maurice, La Réunion, les Seychelles et les Comores avec la découverte de l’histoire des instruments de ces îles de l’Océan Indien est une invitation de Yu Sion Live. Maître de Conférence à l’Université de La Réunion, il parcourt kabar et servis kabaré à la cueillette des sons et des témoignages. Le fruit de cette récolte, il la partage aujourd’hui avec “Instruments de musique aux îles de l’Océan Indien”, un livre publié par Azalées Éditions.

Une nouvelle fonction et une nouvelle identité

En introduction, il explique « lorsqu’un instrument de musique “émigre dans la tête ou dans les bras d’une personne”, il subit progressivement des transformations au bout d’une, deux ou plusieurs générations. Il peut changer de forme, de nom, ou de taille. Les matériaux servant à sa fabrication diffèrent de ceux de son pays d’origine, ses propriétés sonores se modifient, son mode de jeu varie etc. Arrivé dans son nouveau milieu, l’instrument peut-être adopté par les populations d’accueil qui l’intègrent petit à petit à leur condition de vie, à leur savoir-faire, à leurs traditions, à leurs rites et croyances. L’instrument acquiert ainsi une nouvelle fonction et une nouvelle identité. C’est au cours de nouvel processus historique que naît un nouvel objet culturel ».

L’arc à calebasse

Il est temps de passer maintenant au moins à une illustration concrète. L’arc à calebasse est appelé à Madagascar jejilava dans la langue nationale, à Maurice et à La Réunion bobre, à Rodrigues et à Maurice bom et aux seychelles bonm. À La Réunion, il compose les instruments de base du maloya traditionnel. À Madagascar, il a accompagné « autrefois les chants rituels (funérailles ect.), les éloges aux personnages illustres, aux aïeux ou aux héros légendaires. Aujourd’hui, l’instrument sert à exprimer les joies et les aléas de la vie quotidienne. À Maurice, il était encore, semble-t-il, joué jusqu’à la fin des années 1940, dans les villages côtiers en bord de mer (Gorge la Rivière Noire) ou dans les champs de canne des villages du centre ouest (Quatre Bornes) (...) Les musiciens divertissaient le public en échange de quelques roupies. À Rodrigues, le bom s’est conservé avec deux spécificités : le musicien utilise une caisse de résonnance extérieure sur laquelle il bat le pied de l’instrument ; jusqu’à ces dernières années, il était utilisé comme l’accompagnement de l’accordéon diatonique ».

La création musicale s’inspire des réalités de la vie quotidienne

En conclusion, Yu Sion Live précise « dans le passé, les populations des îles à sucre une fois arriver dans leur nouveau milieu, en qualité d’esclaves ou d’engagé, ont été contraintes d’abandonner, par la suite, leurs croyances, leurs cultures (...) Les seuls environnements dans lesquels ils pouvaient se défouler, dire leur souffrance, et les rares lieux d’expression qui leur servaient d’exutoire, furent les “habitations”, les propriétés des maîtres, ou dans les aires de plantation... où ils pouvaient exprimer leur existence. La création musicale s’inspire des réalités de la vie quotidienne, et des labeurs de tous les jours. Les musiques des îles prennent racines dans ces réalités sociales, se développent au sein de ces environnements pluriculuturels (...) ».

J.-F. N.


Signaler un contenu

Un message, un commentaire ?


Témoignages - 82e année


+ Lus