Christian Kichenapanaidou : Collecteur du patrimoine

Derrière chaque objet, l’histoire de La Réunion

18 septembre 2006

Sur les brocantes, il fait partie du petit groupe des chineurs de l’aube qui sillonnent les étales aux premières heures du jour à la recherche de l’objet précieux, emprunte du temps passé qui déliera le fil de notre Histoire. Pour Christian Kichenapanaidou, du 1er janvier au 31 décembre, toutes les journées sont celles du patrimoine.
En 20 ans, il a amassé plus d’un millier d’objets lontan qu’il fait découvrir et raconte aux jeunes de notre ile, comme autant de tranches de vie, de valeurs du passée à transmettre et à conserver. Christian Kichenapanaidou fait vivre et revivre notre patrimoine avec amour et passion.

"Mon rêve serait d’être le conteur de ces objets"

Du chauffe bain en cuivre datant de l’esclavage au premier appareil photographique, du tchaka, outil à tisser en bois, emblème de l’indépendance de l’Inde, à la boite de sardine transformée en râpe par cette grand-mère qui l’utilise encore et lui en fera don à sa mort...la collection de Christian Kichenapanaidou est unique et plurielle. Connu des particuliers, des brocanteurs, comme du grand public tant il répond souvent aux sollicitations des médias, aujourd’hui, les objets viennent à lui. Il les achète mais il arrive aussi qu’on lui fasse don de certains outils lontan oubliés dans le fond de la cour qui reprennent vie et sens entre ses mains. "I fé amwin quelquechose, confie Christian. Na kan mèm de la valeur. I prouv mi fé quelque chose d’utile. Domoun lé toushé par sak mi fé."
Son rêve : ouvrir un jour son propre écomusée ou chaque objet retrouverait son espace de vie propre, serait animé et expliqué comme un récit vivant du temps lontan. "Mon rêve serait d’etre le conteur de ces objets, une sorte de guide, un agent du patrimoine qui pourrait aussi former les autres, explique Christian. Ma pa amèn sa avèk mwin, i apartien au domaine public." Depuis 6 ans, il est à la recherche d’un bâtiment laissé à l’abandon, au mieux ayant une histoire, pour recevoir tous ces artefacts. Saint-Denis n’en manque pas mais "zot (les collectivités) na pwin la volonté", regrette le collectionneur. Plus qu’une passion, ce qu’il considère aujourd’hui comme une véritable mission "occupe toutes mes pensées".
Son travail auprès des personnes âgées lui permet d’en apprendre davantage sur l’utilisation des objets lontan et d’être ainsi un véritable relais entre les générations. Car son public cible reste la jeunesse. Il a constitué des fiches pédagogiques, un album complet sur le train lontan mettant en vis-à-vis des photographiques anciennes et celles plus récentes qu’il a pris lui-même. Tous ces travaux mériteraient d’être affichés sur panneaux pour pouvoir circuler. "Derrière chaque objet, il y a des hommes, des femmes, une histoire. Je veux faire connaître aux jeunes leurs origines multiethniques, leur faire connaître ousa i sort. En grattant un peu l’objet, on va découvrir l’histoire de La Réunion, les valeurs de solidarité et de travail que l’on retrouvait lontan."
Alors si la Journée du Patrimoine est pour Christian Kichenapanaidou "une bonne chose", il note néanmoins qu’ "aujourd’hui on fait des journées pour tout, mais le patrimoine c’est tous les jours qu’il faut l’entretenir."

Stéphanie Longeras


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