La concentration de richesses révèle l’ampleur des inégalités dans les anciennes colonies intégrées à la République française comme La Réunion
5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
Journées du Patrimoine
18 septembre 2006

Philippe Bessière, professeur d’histoire et président de l’association Rasine Kaf nous a conduit vers le passé à travers des chemins pavés de Saint-Paul, véritables tranches de vie.
Il y a des chemins pavés sur lesquels on peut lire comme de vraies pages d’histoire. Témoins physiques de l’évolution et des activités de l’île, autrefois ils émergeaient sur le paysage saint-paulois après l’échec de la colonisation de Madagascar, au début du 18ème siècle.
C’est l’époque où Bourbon doit devenir un établissement économique important en gardant ses activités d’escale sur la Route des Indes, mais en y ajoutant la culture du café. C’est ainsi que Antoine Deforges Boucher (gouverneur entre 1723 et 1725), chargé d’impulser les plantations à Saint-Paul, organise l’aménagement de trois chemins pour descendre les récoltes depuis les champs situés au-dessus de Saint-Paul entre 50 et 300 mètres d’altitude.
Le premier chemin commencé en 1719 s’appelle : “Rampes de Bernica - Grande Montée”. Le second : “Chemin de Bois Rouge” et le troisième, qui rejoint le lieu dit “Bellemène” est le seul qui reste en entier aujourd’hui, car il a été restauré par l’Association “Bellemène Pavé” depuis 2000.
Phillipe Bessière évoque d’autres chemins pavés qui ont fait aussi une partie de l’histoire réunionnaise. "Il s’agit du Chemin d’Hangar de celui de Fleurimont, qui traverse Plateau Caillou, à La Possession : le Chemin Pavé Crémont et à Saint-Leu, le chemin des Jacobins".
À quoi ont servi ces chemins ?
L’historien explique qu’en plus de relier les plantations du café au magasin, ces chemins, avaient d’autres fonctions. "Il a une utilité militaire... Parce que qui dit stockage, dit richesse et à l’époque qui dit richesse, dit pirate, donc, il faut le défendre ces magasins avec les canons qui sont pointés vers la mer et ces poudrières qui sont construites. Dans ce cadre ces chemins pavés ont pu servir de chemins de rondes pour surveiller la marchandise".
Bessière ajoute que plus tard ces chemins ont aidé aussi à la construction des chemins de fer à la fin du 19ème lorsqu’il fallait du bois pour les traverses. Le Chemin de Bois Rouge a permis de transporter le bois du lieu dit du même nom vers les chemins de fer en construction. Et a joué un rôle économique encore jusqu’à la fin du 19ème et même après... "Parce que le chemin de fer une fois construit, les gens des Hauts l’empruntaient pour descendre travailler pour aller au Port, par exemple". Et cela a été ainsi jusqu’à l’arrivée de l’automobile, avec les premières routes goudronnées, il y une trentaine d’années.
Le Chemin de Bois Rouge, un patrimoine à sauver
Ce chemin fait partie du système de chemins organisés par le pouvoir central. "D’ailleurs la preuve c’est que ce chemin part de l’église de Saint-Paul et passe par la poudrière qui a été construite en même temps, pour arriver jusqu’à la croix du Guillaume, donc sur la ligne des 600 mètres", affirme Bessière. Cela fait un parcours d’environ 6 ou 7 kilomètres.
"Ce chemin de Bois Rouge n’a pas été détruit avec le temps, mais on a laissé la savane pousser et l’on a perdu l’usage du chemin. C’est dommage !", regrette Bessière... "Parce que en dehors de routes goudronnées, à La Réunion il y a très peu de sentiers comme celui-ci. Ces chemins pourraient retrouver une fonction pour le tourisme aujourd’hui".
Aujourd’hui, il y a des parties de ce chemin qui ont été construites, notamment la partie basse de Saint-Paul, jusqu’au lieu dit “Grand fontaine”. Mais à partir de ce point jusqu’à Bois Rouge, il y a tout un lieu de savane, qui a été totalement inoccupé. Et c’est là que Bessière propose que le chemin soit reconstruit à l’identique, avant de rappeler l’intérêt touristique du site : "il y a d’une part le point de vue de la baie de Saint-Paul que l’on découvre vraiment depuis la montagne, et d’autre part la possibilité de se promener dans un paysage qui est resté presque à l’identique, un endroit naturel de savane, avec des cabris qui sont plus ou moins sauvages encore. Ce qui nous donne vraiment une tranche de vie de la Réunion d’il y a très longtemps".
L’historien, passionné de l’histoire réunionnaise propose même de chercher un nom pour ce chemin. Puisque ce chemin n’a pas été nommé vraiment, sauf par endroits : avec le nom du propriétaire de terres de la zone, ou par commodité, avec le nom de la localité qui traverse le chemin, comme Bois Rouge, par exemple. Bessière considère qu’il sera plus authentique de chercher dans l’histoire, les gens qui ont utilisé ou qui l’ont construit et qui mériteraient de laisser leur nom à cette endroit-là. "Alors on peut penser évidemment à des figures du marronnage. L’idée pourrait être de lancer un concours auprès des écoles ou d’autres publics, comme les riverains. Cela serait une façon, non seulement de s’intéresser à l’histoire mais aussi de s’approprier le patrimoine. C’est l’argument que nous avons toujours défendu sur ce chemin pavé". Et il reconnaît que ces chemins sont un lien qui nous permet aujourd’hui de communiquer et de nous réconcilier avec notre passé.
Comment s’y rendre ?
Il y a plusieurs possibilités pour voyager dans le passé en parcourant un chemin plein de charme où la nature est encore la protagoniste. En partant du lieu dit “Grande fontaine”, il faut se rapprocher vers la poudrière, en face de celle-ci, le Chemin Pavé démarre, c’est indiqué.
En partant par les Hauts, l’on peut repérer ce chemin à côté de l’école du lieu dit “Bois Rouge” et l’emprunter soit en montant vers le Guillaume, soit en descendant vers “Grande Fontaine”. L’autre possibilité est de démarrer la marche depuis le Guillaume, le point haut du chemin et le descendre.
Jany Leseur
Rasine Kaf
Signifie “Racines Noires”. C’est une association créée pour montrer l’importance de la recherche des origines de La Réunion, notamment la partie de l’histoire liée à l’esclavage.
Née à l’occasion du 150ème anniversaire de l’abolition de l’esclavage le 20 décembre de1998, elle cherche à répondre aux besoins identitaires et à mettre en valeur le patrimoine et l’histoire qui vient de l’esclavage qui a été endormie longtemps. Ses actions sont diverses : recherche de nouvelles dates, des lieux de mémoire, ou l’organisation des stratégies pour la mise en valeur des sites historiques et pour sa promotion.
Rapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
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