7 juin 1936 : une étape décisive

Des grandes victoires dans l’unité d’action à La Réunion

7 juin 2006

La Réunion n’est pas restée à l’écart du grand mouvement dynamisé en France par le Front populaire. Dans l’unité d’action, les travailleurs réunionnais du monde ouvrier, des plantations et de la fonction publique ont obtenu des avancées significatives qui ont marqué un tournant dans l’histoire de La Réunion.

Cette année, c’est le 70ème anniversaire du Front populaire. Aujourd’hui, nous fêtons le 70ème anniversaire des accords de Matignon.
En 1936, les élections législatives ont débouché sur la victoire d’une coalition de partis porteuse des revendications des travailleurs : la SFIO, le Parti radical et PCF. Ils obtiennent la majorité des députés, 376 sur 618. Dès le résultat des élections connu, les ouvriers font grève par millions pour que soient inscrites dans la loi et appliquées ces revendications. C’est le troisième tour social.
Le 7 juin 1936, syndicats et patronats signent les accords dits de Matignon. Pour les travailleurs, les avancées sont considérables : semaine de 40 heures, hausse des salaires de 12% en moyenne, droit aux délégués syndicaux, liberté d’exercer des activités syndicales, renforcement des compétences de l’Inspection du travail. La mesure la plus symbolique est celle qui donne droit à 2 semaines de congés payés pour tous les travailleurs. En France, cet acquis était doublé de l’attribution de billets de train à tarif réduit de 40% pour ceux qui utilisaient ce moyen de transport pour partir en vacances.
Bien qu’elle soit encore sous statut colonial, La Réunion n’a pas été à l’écart de ce mouvement social. Les travailleurs ont lancé une large mobilisation afin que les acquis du Front populaire s’appliquent dans notre île. C’est ce qu’explique le professeur Prosper Eve à travers ses réponses à 3 questions.

Quel a été l’impact du Front populaire sur le monde syndical à La Réunion ?

Prosper Eve : L’année 1936 est un grand tournant pour le monde syndical. Les ouvriers des usines et des plantations, les dockers, les cheminots et les fonctionnaires vont se retrouver pour obtenir des améliorations.
Sur 45.000 travailleurs, on avait un peu plus de 10.000 syndiqués, soit près d’un travailleur sur 4. C’est un pourcentage record dans l’histoire de La Réunion. Par ailleurs, les fonctionnaires, auparavant organisés en amicale, se regroupent en syndicats.
C’est à ce moment que naît la Fédération réunionnaise du Travail. Affiliée à la CGT, elle permet aux ouvriers de gagner en audience car ils sont désormais en relation avec une organisation d’ampleur nationale.

Quelles conséquences sur la société réunionnaise ?

- L’évolution capitale, c’est l’institution du salaire en espèce et donc la fin du salaire en nature. Ce changement marque la fin de l’engagisme qui perdurait du fait de ce salaire en nature. Il va s’éteindre définitivement en quelques années. Désormais, aucun patron ne peut employer un travailleur sans lui verser un salaire. C’est la fin de l’engagisme, même si le colonat persiste.

Comment a ensuite évolué la situation ?

- À l’annonce de l’entrée en vigueur des acquis du Front populaire en France, les travailleurs réunionnais n’ont pas hésité à se mettre en grève pour que ces textes s’appliquent à tous à La Réunion : planteurs, dockers, fonctionnaires, cheminots, ouvriers d’usine...
La première revendication est l’augmentation des salaires. Car à cette époque, la misère était très grande, et c’est la question du relèvement des salaires qui était la priorité. Cette mobilisation débouchera sur l’application des lois votées en 1936 en France. Cela sera effectif à partir de la fin 1936, début 1937. L’État montre l’exemple, avec la mise en œuvre des conquêtes dans la fonction publique, puis l’extension au secteur privé se fait au fur et à mesure des victoires de l’action syndicale. C’est donc en 1937 que les Réunionnais ont pu avoir droit aux congés payés.

Entretien Manuel Marchal


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