La concentration de richesses révèle l’ampleur des inégalités dans les anciennes colonies intégrées à la République française comme La Réunion
5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
Semaine créole - La zénès i pran la relèv
28 octobre 2005

Collecteur hors pair, musicien, féru du patrimoine musical réunionnais, Arno Bazin est connu pour avoir proposé aux collectionneurs-mélomanes de notre île, en mars 2005, un copieux ’catalogue discographique de l’océan Indien’, mais pas que cela.
Quand on lui demande pourquoi une telle implication dans la sauvegarde du patrimoine, le leader du groupe Tapok note que cela va de la préservation de l’œuvre de nombreux artistes réunionnais, depuis 1926 jusqu’aux années 1970, 1980. Le recensement du corpus musical a sûrement été effectué par des collectionneurs, mais pour leur propre discothèque. Jusqu’à son travail de fourmi qu’il entreprend dès 1999, rien n’avait été fait d’une manière globale pour répertorier le corpus discographique. Ce qu’il regrette : il n’y a pratiquement aucune institution qui travaille sur ce volet du patrimoine. Pour preuve, la bibliothèque départementale ne réunit que 400 vinyles des 2.000 édités par les maisons de disques. Pour Arno Bazin, le corpus discographique représente une mine d’or, un trésor patrimonial, qui servirait entre autres "à mettre en valeur la richesse de la langue créole". Il rappelle en effet que les premiers vinyles du répertoire réunionnais donnent un éclairage sur la langue créole du début du 20ème siècle, et de son évolution jusque dans les années 1980. Et puis, s’occuper de cette partie de notre héritage culturel, c’est une bataille contre l’oubli. L’oubli des Loulou Pitou, Jules Arlanda, et tant d’autres. Ce travail de sauvegarde et de valorisation, l’artiste en fait son affaire. Son collectage est en effet fructueux. Il ne lui manque que 5% de la discographie réunionnaise, 15% du corpus mauricien, 50% des Seychelles. Il reste encore beaucoup à faire, surtout pour la discographie musicale malgache. Et puis, grâce à son initiative individuelle, Arno Bazin a soutenu plusieurs rééditions, notamment dans la collection Takamba du Pôle régional des musiques actuelles, et une réédition des premiers enregistrements de Firmin Viry, réalisés en 1976 (voir encadré) . "Je conçois que ce n’est pas donné à tout le monde de faire sa passion en même temps que son métier", confie-t-il.
Sauvegarde, par l’école, par le tissu associatif
Quand on le questionne sur le rôle de l’école dans la transmission culturelle, sa réponse est catégorique. "Les élèves n’ont pas forcément accès à la culture chez eux, et c’est une responsabilité de l’école que d’y remédier" explique Arno Bazin, qui déplore la modicité budgétaire pour répondre à cette mission. Professeur de musique au collège de Cambuston à Saint-André, il explore le répertoire réunionnais, tout autant que les musiques du monde, en français, en anglais, en espagnol. "Avant de s’ouvrir au répertoire musical des pays du monde entier, il faut que les élèves sachent avant tout leur propre répertoire. C’est pour cela que, dès les premiers cours, mes élèves ont appris du Rwa Kaf, du Luc Donat ou du Danyèl Waro", continue-t-il. Il recommande cependant l’engagement de tous les acteurs, qui "devraient travailler ensemble pour que la culture trouve vraiment sa place dans une école, qui, c’est normal, privilégie son programme".
Titulaire d’un diplôme universitaire de musicien intervenant (DUMI) et d’un diplôme d’État de musique traditionnelle, Arno reste actif, pour que le maloya trouve, encore davantage, ses lettres de noblesse, autant auprès de la jeunesse réunionnaise, que des granmoun. Entouré d’un réseau d’amis, en les personnes d’Antoine Tichon (président), de Christine Patché (trésorière) et Philippe Brunoro (secrétaire), il crée l’association Kréol’Art, qui vise le développement et la valorisation de la culture et de l’art “créoles”. Elle aura pour finalité première d’être le support des actions de Tapok, mais aussi de tous les artistes souhaitant participer aux activités de l’association. "Les arts créoles ne sont pas figés. Nous ne voulons pas nous enfermer dans une attitude folkloriste, mais plutôt promouvoir les artistes créoles contemporains, qui réinventent sans cesse l’héritage légué, qu’il soient peintres, plasticiens, musiciens, comédiens, poètes, etc. Nous sommes les enfants du mouvement de libération culturelle des années 1970, et nous nous inscrivons aujourd’hui dans une Nouvèl Vag, pou fé dan la zenèss koméla", déclarait Antoine Tichon. L’association qu’il préside, née en août 2005, peut se réjouir de la naissance d’un heureux “baba”.
Tapokopat
Depuis un an - non, pas neuf mois - nous l’attendions avec empressement. Tapok, né de la rencontre entre l’écrivain réunionnais Francky Lauret et du compositeur Arno Bazin, sort son premier album. Les connaisseurs diront qu’il y a sûrement erreur. Tapok a en effet auto-produit deux CD ; Tapokéné (4 titres) et Tapok inn-ot (8 titres). Mais là, Tapok s’offre aujourd’hui son album le plus abouti, un 15 titres qui ne manque pas de charme, de conviction. Depuis 2000, le groupe a connu quelques évolutions notables. Il compte aujourd’hui 6 musiciens, contre 4 dans la première formation. Et quels musiciens ! Aux côtés d’Arno Bazin, on retrouve Damien Mandrin, bassiste et percussionniste, qui joue entre autres, avec Danyèl Waro, Yohan Calciné et Frédéric Madia, percussionnistes d’exception, qui officient notamment dans la troupe Lélé ; David Hamet, guitariste, qui foule les scènes avec Tisours ; et puis, le talentueux accordéoniste Aldo Ledoux. "Mon premier professeur de musique était Jules Joron, un accordéoniste tout aussi respecté que Loulou Pitou. J’avais envie de retrouver ses sonorités d’antan, réentendre ses ségas lontan. Aldo remplit ce rôle à merveille", explique Arno Bazin. Et il faut l’entendre pour le croire. Une heure de pur bonheur musical, d’autant que Tapok. Le groupe conserve “modérément” son concept de concert-déclamation. Sur l’album, on entendra qu’une seule fois la voix poétique du fonnkézèr. La place est largement donnée aux chansons, écrites pour la plupart par Francky Lauret. Les Réunionnais, amateurs de musique poétique, de poèmes chantés, devront se dépêcher. 800 CD seront vendus dans les espaces musique des supermarchés et grandes surfaces commerciales. Pour l’heure, vous avez la possibilité de retrouver le 29 octobre prochain les tapokèr, à la fête de Granmèrkal, à Saint-Gilles. Alors, des projets dans l’air ? "Nous avons une fois de plus postulé pour le printemps de Bourges. C’est un de nos objectifs cette année", répond simplement Arno. Mais avouez que c’est dommage de priver les spectateurs de l’hexagone des créations de la relève musicale réunionnaise.
Bbj
Si vous voulez contacter le groupe Tapok, joignez Arno Bazin
Portable : 0692.67.38.76
e-mail : [email protected]
ou consultez le blog ou le site de Tapok
Blog de Tapok : http://tapok.Musicblog.fr
Site de Tapok : www.tapok.fr (accessible uniquement avec l’ADSL)
L’enregistrement du maloya après 1976
Arno Bazin précise que "dans la série des disques édités par le PCR en 1976, il y a eu un deuxième intitulé "peuple du maloya" où l’on pouvait entendre René Viry, Gaston Hoarau, la Troupe La Résistance". "Viry 1976", sorti récemment, regroupe les chansons et discours du premier volume édité par le PCR, ce qui fait de Firmin Viry le premier artiste à être valorisé pour son maloya, par un 33 tours. Et d’indiquer "dans cette période, il y a eu une série de 45 tours, éditée chez Eddy Roy, où l’on peut entendre la Troupe Fondbac, la Troupe du cœur saignant, et la Troupe La Résistance du sud". Pour cette dernière, on pouvait entendre la voix du chantre du maloya, Danyèl Waro, qui chantait "la déport amoin". On note aussi l’édition d’un 45 tours "Les cuivres harmoniques du Sud", réédité par le PRMA. Par ailleurs, et c’est notable, Willy Philéas chantait déjà l’autonomie au sein de la Troupe Lélé, ce qui est vérifiable à l’écoute d’un 45 tours.
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