La concentration de richesses révèle l’ampleur des inégalités dans les anciennes colonies intégrées à la République française comme La Réunion
5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
16 décembre 2006

Dans le cadre des festivités du 20 désanm, la Ville du Port accueille une exposition et un groupe d’artistes travaillant sur le thème « Anonymes, oubliés, disparus, apparus ». De nombreuses manifestations liées à ce thème vont traverser la ville en cette période dédiée à la mémoire de l’esclavage.
C’était hier le tour des scolaires, dont les œuvres sont à voir au Petit Hangar.
Jamais vernissage ne fut plus joyeux, ni plus bruyant et animé que celui qui a réuni hier matin, au Petit Hangar - puis au Théâtre sous les Arbres - quelques unes des classes ayant travaillé, sur les conseils d’artistes réunionnais, le thème de ce 20 désanm portois - « Anonymes, oubliés, disparus, apparus » -qui donnera lieu par ailleurs à une exposition monumentale dans le hangar D2, sur les docks.
Le thème d’origine est apporté par une artiste colombienne vivant en France, Constanza Aguirre, invitée pour ce 20 désanm avec le musicien Noureddine Boutella et l’écrivain togolais Sami Tchak, avec lesquels elle a commencé ce travail. Un quatrième s’ajoute au groupe d’origine : l’écrivain malgache Jean-Luc Raharimanana n’a pu venir en ce mois de décembre mais il anime, dans le projet, des ateliers d’écriture. L’exposition des invités fera l’objet d’une présentation, pour elle-même, lors du vernissage sur les docks. C’est une exposition interdisciplinaire et plurielle et évolutive, qui interpelle le phénomène de la marginalité, de la déportation et des drames qui frappent l’humanité du quart-monde. Son auteur collectif cherche, partout où il va la présenter, à développer ces thématiques avec des acteurs différents.
Il y a donc eu un travail préparatoire prolongé, en ateliers : des ateliers d’art plastiques, d’écriture, de musique, de danse et de calligraphie, portés durant trois mois par des associations culturelles et socio-culturelles de la ville du Port et de ses écoles.
Le vernissage du Petit Hangar a réuni les travaux d’environ 160 collégiens et près de 200 élèves du primaire. Une classe de l’école Raoul Fruteau a travaillé avec l’artiste Jean-Fabrice Banor, sur le thème de la marelle. « Tous les enfants connaissent la marelle, il y a la terre, le ciel et une progression de l’un à l’autre. Nous avons pris cette symbolique pour dire qu’il faut travailler avec le passé, de façon à ne pas le traîner comme un boulet, mais pour qu’il compose une étape d’une progression dans la vie de chacun » explique Jean-Fabrice Banor. Ce jeune artiste poursuit par ailleurs un travail sur le sucre, qui a déjà été remarqué par le Fonds régional d’art contemporain. Le sucre devait d’ailleurs trouver place dans la réalisation de la marelle, mais il a été remplacé par du sable pour la réalisation de volutes symbolisant le travail de la mémoire. « Il faut rester dans le mémorial, pas la tragédie... mais pas non plus les pétards et les serpentins » ajoute-t-il.
À côté de la marelle se tient une sculpture composite réalisée par des enfants de CM1-CM2 avec le photographe Laurent Zitte.
Dans l’espace voisin, des collégiens de Jean Le Toullec et de l’Oasis ont réalisé une exposition d’objets mobiles suspendus, avec le plasticien suisse Nikunja, sur le thème du don. Les collégiens viendront voir leur œuvre et l’expliquer au public lundi prochain.
Avec Jean-Bernard M’Radamy, des classes de primaires ont peint de superbes fresques : deux fois six mètres sur le thème “anonymes-oubliés” et l’équivalent dans deux autres fresques évoquant les “disparus-apparus”, une au sol et une autre qui part du sol pour se glisser le long du mur jusqu’au plafond.
La première représente des corps couchés - des morts - et dans l’espace entre chaque corps, des traces de pas (d’enfants) à la peinture font passer un lien de vie, la trace vivante que nous gardons des morts, contre l’oubli, lorsqu’ils ne sont plus là. Il n’y a pas l’ombre d’une pensée macabre dans cette fresque très colorée, très fraîche, où les corps rapiécés des disparus parfois s’enlacent.
Une autre fresque représente une plante de vie, partant de traces de pas sur une plage (les pieds sont figurés par des galets peints), et la jeune pousse, après une montée tortueuse, tourmentée, éclate de couleurs dans une fleur à larges pétales, à l’image de la floraison laissée dans l’île par ceux qui sont arrivés à fond de cale.
Une autre enfin est un arbre généalogique à trois “porteurs” figurant le tronc, avec des traces de pas sur ces troncs, puis des branches multiples et des feuilles figurées par des mains peintes.
Il faut aussi parler des arbres généalogiques couverts d’idéogrammes chinois, qu’une classe a préparés avec Rafaël Chane Nam.
D’autres peintures, montées en vignettes sur des panneaux à fond rouge, ont été faites avec Yu Changhai autour des noms, symbolisés en idéogrammes chinois. Tous les artistes n’étaient pas présents hier matin et il faut encore évoquer les plasticiens Maud Verlinde, qui a travaillé avec des enfants de maternelle, Pierre-Louis Rivière et Alain Noël ; le photographe Karl Kugel ; le swami Adwayananda et Tahar Mejri pour les calligraphies ; les danseuses Nadjani et Fabienne Manieca ; les percussionnistes Donnadieu Thomas, Pascal Legrand et Arno Bazin qui seront tous rassemblés dans le kabar de samedi soir, au Théâtre sous les Arbres.
Parmi les œuvres d’enfants exposées au Petit Hangar, il y en a qu’il faudrait songer, en les protégeant, à exposer s’il se peut dans un lieu public, tant elles apportent de fraîcheur à la gravité du sujet.
P. David
Rapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
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