Festival des voix du monde

Des voix de chez nous ...

25 mai 2007

Ce soir, l’espace Jeumon pourra se vanter d’ouvrir le festival des voix du monde avec des personnalités aussi prestigieuses que talentueuses. Hier, juste le temps d’une rencontre, il nous était donné de découvrir la formidable réunion des genres, des musiques du monde. À vous de faire le pas, ce soir à l’espace Jeumon (ex Palaxa) à partir de 20 heures.

Rien de mieux que de commencer la rencontre par un Tifine, pour arranger la bouche. Le moment se veut convivial, même si la presse est priée de prendre des notes. Saint-Denis fête les voix du monde, et accueille sur son sol des pointures internationales, dont Nahawa Doumbia la reine malienne du Didadi. Les musiciens programmés en première partie de festival sont tous défenseurs de la musique traditionnelle. Ouverts aux sonorités du monde, ils débutent par échanger sur les particularités musicales locales. « Le maloya veut dire la honte au Mali », lance un musicien. Patricia Philippe, digne représentante de notre maloya local, explique toute la particularité de notre musique, distinguant maloya et séga. La chanteuse-poétesse, férue de jazz et de maloya, propose son spectacle « Poétik Maloya », avec ses compositions, celles que l’on connaît déjà, pour avoir entendu son album « choké ». L’artiste réunionnaise nous entonnera ses nouvelles compositions, écrites et jouées en Afrique, lors de sa dernière tournée, effectuée en mars 2007. Programmée à Paris, à Reims, à Saint-Etienne, à Lyon, à Montpellier et à Marseille, du 15 au 31 juillet prochain, elle retrouve en quelque sorte son public réunionnais, qui l’a propulsée au devant du hit parade local. Patricia Philippe, visiblement émue de l’intérêt pour son art, se félicite aussi de pouvoir partager la scène avec Nahawa Doumbia, en assurant sa première partie avec la compagnie Emmanuel Bunel. Elle pourra bientôt se féliciter de donner légitimement une tout autre carrure à sa carrière. Avec sa voix, sa contribution exemplaire à la musique réunionnaise, Patricia Philippe est en passe de conquérir l’international.

Une voix venue du Mali

C’est une étoile en son pays. Nahawa Doumbia ne sait ni lire, ni écrire. Elle porte pourtant des textes fabuleux, au dire d’un ami percussionniste malien rencontré à Madagascar. « Sa vision de la société malienne est d’une justesse vraie. Et le plus important dans son histoire, c’est que cette griotte n’est pas de la classe des griots. Mais que sa voix est celle du Mali tout entier, ce qui fait sa notoriété je crois », m’éclaire-t-il. Nahawa nous guide dans le quotidien malien, les déboires, les bonheurs, l’amour, mais elle est aussi un porte-parole impliqué dans la promotion de l’éducation de la jeunesse africaine, et surtout militante pour le reconnaissance de la femme africaine, aliénée encore (comme dans bien des pays occidentaux, il faut le dire). Native de Mafélé, un petit village situé à la frontière de la Côte d’Ivoire, elle a grandi à Bougouni, chef-lieu du Wassoulou, cette région boisée située au sud de Bamako où elle habite toujours. Sa mère, qui mourut quelques jours après sa naissance, lui avait prédit un avenir de chanteuse, bien qu’elle ne fasse pas partie de la caste des griots et qu’elle n’ait donc a priori aucun avenir dans la musique. Tapez simplement son nom sur Internet, et voyez comment elle est populaire en son pays, et parcourt le monde entier, cela depuis sa découverte à un concours RFI en 1981. À découvrir absolument ce soir, après la prestation de Patricia Philippe et d’Emmanuelle Bunel.

Écoutez ces voix de l’île rouge

Ils sont tous défenseurs de l’originalité des chansons traditionnelles malgaches. Tsi Ahy (prononcez Tsi-A) est un rappel, que le groupe entend faire connaître à profusion, à Madagascar, et surtout au monde. Les anciennes chansons malgaches, celles qui « dawar » ont influé sur nos rythmes et nos mélodies de La Réunion, se livrent avec tout l’authenticité attendue, mais surtout avec une touche de modernité audacieuse, juste quand c’est nécessaire. Tsi Ahy, né en 2000, veut défendre un patrimoine mal connu des Malgaches, et inconnu à l’étranger. « Nous souhaitons préserver l’identité musicale des chansons que nous chantons, au point de vue lyrique, de la musique et de l’interprétation. Ce sont des chansons à thème, qui revient sur le quotidien malgache », nous explique un des choristes. Alors, kabary, avant de commencer ? Sûrement. La parole malgache sera reine ce dimanche 27 mai au kiosque du Barachois à 16 heures. C’est d’ailleurs le seul concert gratuit de ce festival, ce qui est ma foi regrettable. Démocratiser l’accès aux musiques demanderait peut-être un petit regard tarifaire. Imaginez que tout un chacun ne pourra pas aligner 25 euros, même pour voir une Carmen revisitée.

Bbj


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Témoignages - 82e année


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