Culture et identité

Destruction de statues de Schoelcher : rétablissons la vérité historique

Le problème de l’enseignement de l’histoire brutalement posé en Martinique

Manuel Marchal / 26 mai 2020

En finir avec une histoire se limitant au point de vue du colonisateur, c’est en substance ce qu’a rappelé l’action menée par de jeunes martiniquaises le 22 mai dernier à l’occasion de la commémoration de l’abolition de l’esclavage dans ce pays. L’abolition proclamée par la France en 1848 avait surtout pour but d’empêcher que des révoltes victorieuses renversent l’ordre colonial comme cela avait été le cas pour Haïti, et débouchent sur des indépendances. La prime équivalant à 5 milliards d’euros actuel versée aux esclavagistes pour les indemniser de la perte de leur cheptel humain, rappelle que la France soutenait ces criminels. Paris leur a donné les moyens financiers nécessaires pour maintenir la domination du colonialisme français sur les îles à sucre, une des principales richesses de l’économie de la France.

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Photo Martinique Première

Quand Victor Schoelcher débarque en Martinique pour appliquer la loi d’abolition de l’esclavage en 1848, l’esclavage n’y existe plus à la suite d’une révolte victorieuse contre ce régime raciste. Le représentant du gouvernement français s’est donc employé à rétablir l’ordre colonial et à renforcer la structure raciste de la société de plantation pour éviter un « nouveau Haïti ».
Rappelons que grâce à Haïti, la France était le premier producteur de sucre du monde. Ce sucre fabriqué grâce à la sueur et au sang des esclaves était transporté en France d’où il était ensuite réexporté vers d’autres pays, ce qui contribuait de manière significative à l’équilibre de la balance commerciale française, et a permis à ce pays de disposer de richesses considérables qui lui ont permis de financer notamment son industrialisation.

Maintien de l’esclavage à La Réunion pour la campagne sucrière

Mais à Haïti, les victimes de ce système se sont victorieusement révoltés contre les esclavagistes français. Elles ont ensuite réussi à mettre en échec les armées de l’Empire français venues rétablir l’esclavage. La France n’eut ensuite de cesse de combattre Haïti afin d’empêcher que d’autres pays suivent son exemple.
Cela signifie que sans l’intervention du nouveau pouvoir à Paris de 1848, la Martinique aurait pu alors devenir une république indépendante comme Haïti, ce qui aurait été une perte considérable pour l’économie française.
Quelques semaines plus tard, c’est Sarda Garriga qui vient à La Réunion pour également faire appliquer la loi d’abolition. En réalité, en accord avec les esclavagistes, il prolongea l’esclavage plusieurs mois supplémentaires pour assurer la réussite de la campagne sucrière.

Près de 10 milliards d’euros actuels pour les esclavagistes d’Haïti et des autres îles

Un fait révélateur est la question de l’indemnisation des victimes. Pour la France, cette indemnisation a bénéficié à ceux qui étaient victimes de l’abolition, et non pas aux victimes de l’esclavage. Cette mesure s’inspirait que ce que la France avait réussi à imposer à Haïti. Sous le règne du dernier roi de France, Charles X, une escadre française vint menacer d’attaquer le jeune pays indépendant. En échange du retrait de la France, il a fallu que Haïti s’endette pour que les anciens esclavagistes réfugiés en France ou ailleurs obtiennent une « indemnité » de 150 millions de francs de l’époque, soit plus de 5 milliards d’euros aujourd’hui.
Tout comme en Martinique, en Guadeloupe, ou en Guyane, l’abolition de l’esclavage s’est accompagnée d’une prime versée par la France aux esclavagistes, en fonction du nombre d’esclaves, soit plus de 700 francs par être humain à La Réunion.
Au total, les exploitants de chair humaine de colonies devenues départements le 19 mars 1946 reçurent l’équivalent de 5 milliards d’euros d’aujourd’hui. Avec une telle fortune, ils pouvaient avoir la garantie de maintenir la structure d’exploitation de la société coloniale. Pour leur part, les victimes de l’esclavage n’avaient eu droit à aucune réparation, et étaient condamnées à accepter des salaires de misère pour ne pas mourir de faim.

L’histoire des vainqueurs

Comme souvent, l’histoire est écrite par ceux qui se proclament vainqueurs. L’abolition de l’esclavage en 1848 est un acte qui a empêché la libération des populations déportées d’Afrique par la France pour produire du sucre. Mais ce n’est pas cela qui est enseigné bien sûr.
Ainsi, la France est présentée comme la Patrie des droits de l’Homme, ou encore comme la libératrice des esclaves. Pour les peuples qui ont été colonisés par les Français, ce ne sont que des mythes démentis par la réalité des faits. Or, ce sont bien ces mythes qui constituent une base du néocolonialisme français qui prospère sur une peur du « largage » de ces îles par une « métropole ».
Si l’enseignement de l’histoire mettait en valeur les luttes de libération victorieuses menées à Haïti ou en Martinique, il serait clair que les descendants d’esclave et d’esclavagistes verraient la France sous un autre regard. Près de 20 ans après que la France ait reconnu l’esclavage comme crime contre l’humanité, les dirigeants français vont-ils enfin rétablir la vérité historique et indemniser les descendants des victimes de ce crime contre l’humanité ?

M.M.



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  • L’esclavagisme et La domination coloniale était peut être des étapes obligatoire dans l’évolution sociale de l’humanité . Certains pays ont franchi rapidement ces étapes et d’autres beaucoup moins rapidement .En France les dirigeants révolutionnaires ont aboli l’esclavage pour être en conformité avec les grands principes inscrits dans la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 .Mais Napoléon Bonaparte l’a rétabli probablement parce qu’il pensait que l’esclavage était une nécessité politique et économique pour son époque ou qu’il a eu une faiblesse pour sa femme Josephine de Beauharnais qui possédaient de nombreux esclaves dans ses propriétés aux Antilles . Mais le mouvement abolitionniste de l’esclavage lancé par les révolutionnaires a continué de faire son chemin et la France a fini par abolir l’esclavage en 1848 longtemps après l’Angleterre qui avait déjà cette décision et faisait la chasse au négriers sur toutes les mers qu’elle maîtrisait à ce moment là .Mais l’abolition de l’esclavage ne devait pas aboutir à la destruction des sociétés coloniales existantes la solution a été d’indemniser le propriétaires d’esclaves et d’institué l’engagisme qui était certes un esclavage déguisé ou rebaptisé mais ce fait ne doit enlever le mérite des hommes qui se sont battu pour faire avancer l’abolitionnisme et obtenir la suppression de l’esclavage si ce n’est la liberté des esclaves dans tous les sens du termes . Ces hommes ont mérité le respect et la reconnaissance des esclaves de leur époque et en abattant leur statues aujourd’hui nous anéantissons ce respect .Si la société a continué de fonctionner après l’abolition des esclaves avec autant d’injustice si ce n’est plus . il faut en vouloir à ceux qui étaient au pouvoir à l’poque et non à ceux qui ont porté l’abolition de l’esclavage .

    On peut raisonner de la même manière pour la décolonisation qui est intervenue dans le monde entier après la deuxième guerre mondiale . Faudrait il jeter la pierre à ceux qui ont accepté de donner leur indépendance aux peuples colonisés sous prétexte que après la décolonisation ces peuples n’ont pas avancé au même pas que leurs anciennes puissances coloniales , mais au contraire ont vu leur situation se dégrader un peu plus chaque année suite à l’incapacité de leurs dirigeants d’exploiter leurs ressources et de créer des richesses à partager avec tous les citoyens .

    Le général de gaule est connu comme le libérateur de la France de l’oppression allemande mais il est aussi connu comme le libérateur de nations composant l’ancien empire colonial français en leur proposant de se prononcer pour leur indépendance ou pour le maintien dans l’empire colonial .Personne n’irait aujourd’hui abattre sa statue parce que dans de nombreux pays de l’ancien empire colonial Français des millions de personnes connaissent un sort misérables et ont peu de chance de sortir de cette situation si personne ne vient les aider . Le général De Gaule a permis aux colonies françaises de franchir une nouvelle étape dans l’évolution du monde vers le progrès , de la même manière que certains hommes ont joué un rôle prépondérant au 19 eme siècle pour l’abolition de l’esclavage .On ne doit pas leur imputer la responsabilité de l’évolution défavorable de la société après le franchissement de cette étape mais au contraire leur rendre un hommage éternel comme bienfaiteur de l’humanité ....

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