Journal fondé le 5 mai 1944
par le Dr Raymond Vergès

Cliquez et soutenez la candidature des Chagossiens au Prix Nobel de la Paix

Accueil > Culture > Culture et identité

Deux cœurs en un

Firmin et Marie-Céline Viry

jeudi 9 juillet 2009, par Jean Fabrice Nativel


La où il est, elle est. La où elle est, il est. Firmin et Marie-Céline Viry forment un couple d’amour. Face à la vie, ils sont unis pour le meilleur. Un meilleur qu’ils puisent dans le maloya et la terre. À son domaine, il a consacré plus de 50 ans de sa vie.


Avec joie, les Viry — Firmin et Marie-Céline (née Lagarrigue) — vous ouvrent les portes de leur cœur, couple et famille. On discute de tout : d’autrefois, de maintenant, de l’avenir, de maloya et d’agriculture. On connaît Firmin l’artiste et combattant, mais connaît-on Firmin père, grand-père, mari, « koupèr d’kann » ?

Simplicité

Ce père, dès que ses enfants et petits-enfants le voient, ils accourent dans ses bras, l’embrassent, se congratulent. On rigole, cause de ce que l’on a fait et de ce qui reste à faire de la journée. On s’empresse de voir ce que la mère mijote dans sa cuisine. D’ailleurs, elle trie le riz, coupe les tomates, l’ail et les oignons tout en apportant son piment à la discussion.

Vont et viennent les marmailles dans la cour qui ne sont aucunement intimidés par la présence d’un invité. Comme d’habitude, ils se posent sur les genoux de pépé Firmin ou se collent à Marie-Céline. On entend les coqs, les poules, les oiseaux et les cris d’un petit cabri. La présence de ces animaux dans la cour rappelle que chez les Viry, les traditions, on les préserve, on les transmet.

L’importance de la famille

Certes, la vie d’autrefois était difficile, mais « on était heureux », soupire Marie-Céline. Firmin naît en 1935 à Ligne Paradis au Chemin Badamier où il vit avec Jean-Baptiste Fumenègre et Anne-Marie Viry. Son père meurt brutalement des suites d’« un coup d’éclair » qui le touche. Sa mère ensuite vivra en concubinage avec Émile Abifera. De cette nouvelle union naîtront 7 enfants.

Firmin va l’école, et tous les jeudis — pas de cours — il plante des haricots sur une portion de terre — 5 hectares — que sa mère a acquise à force de courage et de travail. On y plante essentiellement de la canne à sucre. À la mort de sa mère, le jeune Firmin est sous la responsabilité de sa grand-mère. Lorsque celle-ci quitta cette terre, « ma sœur aînée et moi-même, on a décidé d’entamer les démarches pour le partage de la terre » laissée par les proches.

La terre, mère nourricière

Les 5 enfants ont chacune leur part. Une d’entre elles sera rachetée un peu plus tard par un des frères de Firmin et lui-même. C’est là où il habite actuellement avec Marie-Céline depuis 1960 — date où les deux se sont dits oui. Bientôt 50 ans de mariage ! Sur leur héritage, il construit une modeste maison de « 6 mètres sur 4 avec une couverture de tôle ».

Sa vie, il va la consacrer à mettre en valeur la terre, la canne à sucre. Levé de bon matin, le voilà Firmin parti dans les champs avec dans sa « bèrtèl » un morceau de patate, de manioc ou de songe. Cette nourriture lui apporte vitalité et force. En effet, il a à dépailler la canne, à creuser des « fosses » pour les nouvelles pousses de cannes à sucre et enfin y mettre du fumier.

Le transport de la canne à sucre en charrettes « bèf »

La journée ne fait que commencer. En période de campagne sucrière, on emmène la canne à sucre aux balances et/ou aux usines en charrettes « bèf » et non en camion et encore moins en cachalot. Pour mesurer la teneur en sucre, on prélève une portion de feuilles de canne et de canne. Aussitôt les résultats connus, la coupe peut alors commencer.

Avec des journaliers, les enfants et Marie-Céline —un peu plus tard —, « on charge et décharge la canne à sucre, et ce, à raison de deux à trois voyages par jour ». Marie-Céline a coupé la canne après quelques leçons données sur le terrain par Firmin. Aujourd’hui, leurs enfants ont pris le relais dans la plantation, et Firmin comme Marie-Céline ne les quittent pas.

Texte et photo Jean-Fabrice Nativel


• La terre, il l’aime
La terre est la mère nourricière de la Famille Viry, qui en retire des maniocs, des patates, des songes, des tomates, des « brèd », du piment, des grains, des songes… Bref, de quoi alimenter toute une famille du premier au dernier jour de l’année, et ce, depuis des décennies. S’ajoutent à ces fruits de la terre ceux du « poulayé », c’est-à-dire les poules, coqs, canards, cabris, bœufs et porcs.

• Firmin, la fierté du maloya
Firmin Viry, en un mot la famille Viry est « mariée » avec le maloya. Qui ne connaît pas « Valé, valé… » ? Là où il va, il véhicule la musique ancestrale de La Réunion. Pour toute son œuvre et militantisme, il a été décoré et continue à l’être.

• Firmin parle aux plantes
Dans la cour des Viry se cachent des plantes médicinales. « Si ou na mal o vant, si ou na la fièv… ». Firmin s’en va chercher dans son jardin secret ou son champ des plantes pour une tisane. Et vous voilà d’appoint ! Aux plantes, il leur parle et les remercie pour leur bienfait.

• Cultiver le riz, c’est possible
Preuve à l’appui ! Ce n’est pas moi qui l’affirme, mais bien Firmin. Non loin de leur case, il a semé des grains de riz arrosés goutte à goutte. De cette rizière familiale étalée sur 2.000 mètres carrés, il a récolté 2.300 kilogrammes de cette céréale. Ses invités ont pu goûter au riz de Viry et se sont régalés avec du grain, du piment et « carri ». Actuellement, il expérimente à nouveau cette culture.

Blog : http://firmin-viry.skyrock.com


Un message, un commentaire ?

signaler contenu


Facebook Twitter Linkedin Google plus