Économie réunionnaise : le calme avant la tempête
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Itinéraire de découverte
19 juin 2007

Les jeunes matelots du collège Oasis du Port ont navigué sur la côte Ouest de l’Ile de La Réunion. A bâbord, à tribord. Ils manœuvrent le Hnoss, un vieux voilier de pêche norvégien âgé de 70 ans, réhabilité de l’oubli par de jeunes étudiants pour un tour du monde mouvementé.
C’est un fameux deux-mâts, à voile à corne (gaff ketch), né en 1937, en Norvège. Le Hnoss (prononcez Noss) porte bien son nom. Originaire de la mythologie scandinave, Hnoss signifie “le précieux”. On peut comprendre qu’il soit classé en 2002 navire d’intérêt patrimonial par la Fondation nationale du Patrimoine maritime et fluvial. Les jeunes matelots connaissent sommairement le navire pour l’avoir visité et manœuvré. Ils écoutent les derniers conseils du capitaine. Le Hnoss quitte Le Port, et va se mouiller en mer, fait face au Cap la Houssaye. Hissez la grand voile ! Les élèves sont invités à participer à la vie à bord. Lever les voiles, lover les cordages, ranger. C’est aussi l’occasion de tendre la ligne, et de faire des vocations. Jamais Le Hnoss n’avait fait si belle pêche. Une dizaine de pèshkaval pêchés par des petits professionnels. On rencontre aussi des dauphins, qui viennent narguer l’équipage, pour disparaître. Les élèves, qui ont déjà fait une petite traversée de découverte à bord du Hnoss, se félicitent de leur deuxième rencontre avec le mammifère marin. Certains membres de l’équipage, dont le second du capitaine, croient même entrevoir une gigantesque masse sous le bateau. Emerveillement ! La découverte du monde marin se déroule forcément avec intérêt.
De découverte en découverte
C’est une initiative plus que louable des professeurs du collège Oasis. Leur projet “Itinéraires urbains et nautiques du patrimoine maritime du Port” appelle à découvrir l’environnement maritime portois. Visite à vélo de la zone Sud du port Ouest, sensibilisation aux dangers de la mer, découverte du projet d’extension du Port Réunion et de l’aménagement de la Ville. Le programme est loin d’être seulement ludique. Pour des enfants en difficultés scolaires, c’est une autre façon d’apprendre. C’est aussi pour les élèves de l’Unité de pédagogie intégrée l’occasion d’aller au-delà de la différence. Mais d’apprendre ensemble. Et si un autre objectif était de rechercher l’histoire du peuplement de l’île et de ses origines multiculturelles, cette expérience de vie commune, en mer de surcroît, aura sûrement permis aux jeunes matelots portois de mieux comprendre l’autre, quelles que soient sa religion, sa terre d’origine. Et puis, vivre sur un bateau à voile, c’est un peu retrouver une époque des grands voiliers. Les enfants sont-ils au moins conscients que certaines arrivées étaient marquées de fer, après avoir connu la cale négrière ? Et si le Hnoss proposait un itinéraire marin vraiment historique ? Parce qu’en réalité, il ne suffit pas de poser l’ancre face à la grotte des premiers “réunionnais” ! En tout cas, le fait de manœuvrer à bord, de prendre part aux tâches du marin, s’armer de masques et tubas pour découvrir la faune marine est une bien belle façon d’apprendre. Cet itinéraire de découverte restera, il est sûr, dans les esprits des marins en herbe. Peut-être que le projet aura fait naître des vocations. La filière pêche n’est appelée qu’à se développer à La Réunion...
Babou B’Jalah
Hnoss, un coriace construit pour les glaces
Il mesure 22 mètres de l’extrémité du bout-dehors à l’arrière de la bôme de l’artimon. 16,20 mètres à la flottaison. Il pèse 40 tonnes, jauge 24,98 tonneaux. Son tirant d’eau est de 2 mètres. Il a été construit à Bergen (Norvège) en 1937. La coque, membrures, bordés et pont sont en pin arctique réputé pour sa longévité. De construction classique, il bénéficie d’un double bordé pour résister aux glaces des mers froides arctiques. Les mâts sont en pitchpin. Il est gréé en ketch aurique (foc, trinquette, grand voile, artimon, et flèche de grand voile). Armé pour 20 personnes en navigation côtière jusqu’à 6 milles, le Hnoss navigue grâce à 160 m2 de voiles et un moteur Volvo 6 cylindres diesel atmosphérique de 150 CV. L’hélice bipale de 1,20 m est en bronze.
Une sacrée histoire !
Le Hnoss est un robuste voilier de pêche norvégien, construit sur des plans anglais adaptés par les Norvégiens. Fabriqué en 1937 dans un bois dense et homogène réputé pour sa robustesse, le Hnoss menait campagne dans les eaux polaires de la mer de Barents, et résistait aux glaces arctiques, utilisant voiles et moteur. Six à sept marins travaillaient à bord. Durant la seconde guerre mondiale, le Hnoss participa à la résistance, convoyant discrètement munitions et maquisards entre la Norvège et l’Angleterre. Après la guerre, le Hnoss revient à son activité première, la pêche, changeant plusieurs fois de nom et de propriétaire pour finalement en 1987 être remisé au fond d’un port. Cinq garçons et une fille, amis et étudiants à l’Université de Bergen, déterminés à accomplir un tour du monde, décidèrent de le restaurer. Le chantier débuta en 1990, sous les conseils d’un architecte naval réputé, Cecil Chr Stephansen, alors âgé de 80 ans, représentant d’un précieux savoir. 7000 heures de travail seront nécessaires pour rénover Le Hnoss. Certains anciens marins qui avaient pêché sur ce bateau apportèrent également leur soutien pour donner une nouvelle vie à leur outil de travail. Les étudiants prendront la mer le 14 août 1994 et dura plusieurs années. Des Iles Shetland au Nord de l’Écosse, jusqu’à l’Irlande, ils vogueront sur l’Océan Atlantique jusqu’aux Canaries, vers l’Amérique centrale. Le Canal de Panama permit leur découverte de l’Océan Pacifique. Il leur faudra 72 jours pour traverser le Pacifique. Une épreuve pour les jeunes navigateurs, parce qu’ils n’avaient pas embarqué assez de vivres. Escale en Nouvelle-Zélande, pour que l’équipage souffle un peu et redonne de la fraîcheur à leur navire. Les étudiants filent vers l’Australie, les îles de la Sonde, font escale aux îles cocos, puis reprennent la mer vers l’île Maurice. Le tour du monde n’est pas bouclé. Le voyage se termine à l’île de La Réunion, en décembre 1996. Depuis 10 ans, Le Hnoss fait partie du paysage réunionnais, et de notre fierté aussi. En 2002, il est classé navire d’intérêt patrimonial par la Fondation Nationale du Patrimoine Maritime et Fluvial présidée par Monsieur Gérard D’Aboville.
(à découvrir sur www.lehnoss.com)
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