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Théâtre : “Lumière merci !” à La Fabrik
24 mars 2008

En plein quartier du Butor, face au lycée Leconte de Lisle, la Fabrik - un lieu de spectacle vivant investi par Cyclones Production depuis seulement quelques mois - présente jusqu’au 5 avril, entre autres activités régulières, une pièce de théâtre contemporain, “Lumière merci !” tous les mardis, vendredis et samedis à 20h30.
La Fabrik, la vraie, celle où l’on fabriquait autrefois des allumettes, a été rasée pour laisser place à une structure comme un squelette, à ossature métallique, fantôme des vies passées au travail, et presque nue sous ses rideaux de tôle. La scène allie sobriété et efficacité technique, et le public est à ciel ouvert, sur des gradins de bois.
A un jet de pierre de l’ancien Jeumon, friche industrielle elle aussi investie depuis les années 90 par des communautés d’artistes - peintres, sculpteurs, comédiens, musiciens -, la Fabrik vient réaffirmer l’utilité d’une vie culturelle donnée à ce quartier qui fut autrefois la périphérie ouvrière de Saint-Denis. Ses habitants gardent encore aujourd’hui une partie de cette mémoire.
Mais un théâtre, « à quoi ça sert, et pour qui ? », demande Luc Rosello, le metteur en scène qui, plus que tout autre, s’interroge sur la fonction de cette scène « posée en zone urbaine au milieu d’une jeunesse en désespoir ». Et bien sûr que la question se pose, tout le temps, et plus encore quand survient un drame tel celui qui a coûté la vie au jeune William Boyer, un enfant du quartier de 23 ans, au début mars. Pourquoi les uns se battent-ils avec les mots, mettant le théâtre « en abyme », en jouant sur scène la “mise à mort” du théâtre, pendant que d’autres mettent leur vie en jeu et « jouent violemment avec la mort pour avoir le sentiment d’exister. Ne serait-ce qu’un peu ».
Et l’on se prend à rêver d’un théâtre qui permettrait à ces jeunes désemparés et à leurs familles d’exister à plein, mais aussi aux élèves du lycée du Butor, aux employés des commerces voisins, aux familles de la cité proche, etc... Un tel pari ne peut se gagner que dans la durée.
“Lumière merci !”est une pièce écrite par Stéphane Joanniez, un auteur reçu en résidence par Cyclones Production, avec le soutien du Ministère de la Culture. C’est donc une œuvre de commande, mise en scène par Luc Rosello, assisté de Marie Birot, dans le cadre de leur coopération avec le réseau Aneth (Aux nouvelles écritures théâtrales), intégré au Centre de Ressources Education artistique de l’Espace culturel Jean-Pierre Clain, où se trouve la Fabrik.
La pièce est un essai de (re)mise en cause de l’écriture théâtrale : qu’est-ce qu’un auteur de théâtre ? Pour qui écrit-il ? Il fallait sans doute cette jeunesse, alliée à la découverte de l’île, pour tout reprendre à zéro, dans une île qui a déjà au moins 150 ans de théâtre et des problématiques contemporaines qui s’y rapportent.
Sur scène, deux personnages masculins, Il et Lui, dont le jeu semble indiquer que l’un pourrait être le léger décalage de l’autre, sa tentation permanente de déraper, ou de fuir, dans une constante redistribution des rôles. Dans une confrontation verbale et physique. Le texte est là comme un carcan élastique, comme le simulacre d’une maladie mentale quelquefois, mais aussi comme la possibilité d’y échapper.
Il et Lui confrontent leur vie, leurs rêves, leurs angoisses. Ils s’affrontent, se jaugent ou se soutiennent. On nous dit que c’est pour une “mise à mort” de l’auteur en tant qu’auteur - mise à mort dont le public est le témoin-complice. Summum du simulacre. Et l’auteur, poussant la ruse à son comble, laisse croire, dans une sorte de sondage, que le public va choisir la suite de l’histoire à sa place.
C’est astucieux, souvent drôle et féroce, ça patine parfois (à force de tourner en rond, de répéter...), ça grince, ça fait rire. C’est un texte qui laisse les acteurs aux risques de leur performance, avec la lumière - d’où le titre - et les mots pour seuls accessoires. Il (Jean-Laurent Faubourg) et Lui (Nicolas Givran) font une belle performance, sculptée avec minutie par les effets lumière de Richemont Gildas et Pascal Noël.
Alors, apprécions la performance, saluons la création, en lui souhaitant de s’orienter vers des formes qui lui permettent de trouver, c’est-à-dire de construire, les réponses aux questions posées, dans La Réunion d’aujourd’hui.
P. David
Pour toute information complémentaire sur les activités de Cyclones Production et sur les représentations, et pour réservation : 0262.48.40.50 ou www.lafabrik.biz
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