Diversité culturelle : valeurs communes et interculturalité

21 mai 2008

La lutte pour la reconnaissance et la promotion de la diversité culturelle ne souffre plus aujourd’hui de contestation sérieuse, même si elle alimente toujours certaines craintes concernant la cohésion sociale. Elle a même acquis une reconnaissance internationale par le biais de la “Déclaration universelle de l’UNESCO sur la diversité culturelle” (2 novembre 2001) et de la “Convention internationale” en sa faveur, adoptée le 20 octobre 2005 et entrée en vigueur le 18 mars 2007. À ce jour, elle a été ratifiée par une trentaine de pays. En outre, elle est devenue un chantier de réflexion essentiel pour l’Europe, l’Organisation internationale de la Francophonie, la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise et dans bien d’autres régions du monde.

Cette question de la diversité culturelle - popularisée par la Journée mondiale de la diversité culturelle pour le dialogue et le développement (21 mai) -, peut même être considérée comme un des enjeux majeurs de nos sociétés.

L’idée a émergé d’un constat : nos sociétés deviennent de plus en plus multiculturelles ; plusieurs cultures co-habitent au sein de nos sociétés, de nos pays. Toute la question est alors de savoir comment gérer cette diversité culturelle pour qu’elle ne soit pas une source de tensions et de conflits, une menace pour le lien social, mais un enrichissement pour tous - individus, groupes, nations - et une valeur ajoutée pour toutes les sociétés. Car, comme le dit justement Claude Lévi-Strauss, « il y a simultanément à l’œuvre, dans les sociétés humaines, des forces travaillant dans des directions opposées : les unes tendant au maintien et même à l’accentuation des particularismes ; les autres agissant dans le sens de la convergence et de l’affinité » (1).

Dans quel sens allons-nous ? Comment faire de la diversité culturelle un moteur pour le présent et une force pour le futur ? Quels moyens prendre pour que les individus, groupes, communautés acceptent non seulement l’existence de la culture de l’autre, mais acceptent également de s’en nourrir pour une meilleure convivialité culturelle et une meilleure cohésion sociale ? Quelle stratégie adopter pour transformer une situation de fait - la co-présence des cultures - en un projet dynamique de société, en un projet d’avenir à construire ensemble ?

Ces questions nous concernent. Ce n’est pas en donnant sans nuances La Réunion comme modèle de coexistence pacifique, de l’interculturalité réussie et acquise et de « modèle pour la paix » qu’on fera avancer les choses (2). L’apprentissage du vivre ensemble n’est jamais derrière nous, c’est une « affaire de patience, d’écoute, de courtoisie et de temps, comme disait Germaine Tillion, c’est une affaire de construction permanente ».

Pour être fécondes, la reconnaissance et la promotion de la diversité culturelle doivent être posées sur “fond d’unité”. Elles sombrent dans la division et dans la prolifération des différences, si elles ne s’accompagnent pas d’unité. La diversité culturelle a besoin d’être gérée de façon positive et constructive. Et le défi consiste précisément à trouver des liens, des valeurs partagées, qui nous réunissent au sein de cette « diversité créatrice ».

C’est la raison pour laquelle la diversité culturelle est étroitement associée à la notion du dialogue interculturel ou au pluralisme, balisant par là même le débat entre reconnaissance et promotion des cultures particulières et prises en compte des valeurs et des mémoires partagées.

Débat ce soir à la médiathèque

C’est sur ce thème que nous invitons quelques acteurs de terrain à débattre le mercredi 21 mai à la Médiathèque du Port à 18 h, en prenant en compte notre vécu commun de plus de trois siècles d’histoire. Nous avons trop tendance à oublier que nous partageons déjà un certain nombre de valeurs et une identité culturelle commune, “certes toujours en mouvement, en évolution et en recomposition”.

Comment continuer à construire ensemble cette identité culturelle commune en accordant une attention égale à chacune de nos mémoires et de nos cultures ?

Quels moyens convient-il de mettre en œuvre pour arriver à une mémoire partagée et une histoire commune ?

Le dialogue interculturel est peut-être le premier moyen à mettre en œuvre pour faire émerger à la fois le respect de la diversité de l’un et de l’autre et le partage d’un certain nombre de valeurs communes. Mieux, en postulant une identité d’ensemble toujours à construire et la reconnaissance d’une co-présence, le dialogue interculturel implique le rejet de tout cloisonnement (3), donc de toute ethnicisation de la mémoire ou de concurrence mémorielle et a fortiori de tout état d’affrontement permanent entre les diverses composantes de notre société, tout en nous mettant sur la voie d’une mémoire partagée.

Reynolds Michel

1- Claude Lévi-Strauss, Race et histoire, Denoël, 1987, p.15
2- Interview de Raoul Caruba, directeur du réseau Unesco méditerranéen, in “Le Quotidien” du 17/11/06 et Dialogue interreligieux et Laïcité in Témoignages du 7/8 mai 2008
3- Jacques Berque, De nouveaux minoritaires dans la cité européenne, Conseil de la. coopération culturelle, Strasbourg, 1991, p.26.


Table Ronde en l’honneur de la Célébration Mondiale de la diversité culturelle

A l’occasion de la “Journée mondiale de la diversité culturelle pour le dialogue et le développement et de l’Année européenne du dialogue interculturel”, l’association “Espace pour Promouvoir l’Interculturel” (EPI), organise : le mercredi 21 mai à 18 H à la Médiathèque du Port une Table ronde sur le thème : "Pour une mémoire partagée et une histoire commune". Le débat portera sur les questions :Comment conjuguer la diversité de nos expressions culturelles particulières avec le partage des mémoires et des valeurs qui fondent notre vivre ensemble ? Quels moyens convient-il de développer ?
L’E.P.I recevra les intervenants suivant de différentes associations : "Tamij SanGam", "Rasine Kaf", "Association Réunion Culture du Monde" (ARCM), CRAN et "Association Réunionnaise de Dragon Boat" (ARDB).

EPI
Espace pour Promouvoir l’Interculturel
1 Allée Jean Thibaud, 97420 Le Port
Tel : 0262 43 35 36/0692 82 37 73


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