La loi relative au ’rôle positif’ de la colonisation en question

Dominique de Villepin contre les députés de sa majorité

9 décembre 2005

L’annulation de la visite aux Antilles du ministre de l’intérieur et président de l’UMP, Nicolas Sarkozy, n’a pas apaisé la controverse née autour de la loi du 23 février 2005 - dite “loi de la honte” - qui en son article 4 mentionne le ’rôle positif’ joué par la France dans ses anciennes colonies. L’embarras est manifeste au sommet de l’État. Au point où si ’ce n’est pas au Parlement d’écrire l’Histoire’ - comme l’affirme aujourd’hui Villepin prenant le contre-pied de sa majorité parlementaire de l’UMP - , il se pourrait bien que l’Élysée ou Matignon soient contraints à une réécriture de cet article 4.

Alors que les protestations se poursuivent aux Antilles et dans les autres départements d’Outre-mer - voir article ci dessous - contre une disposition de la loi sur les rapatriés relative au "rôle positif" de la colonisation, le premier ministre, Dominique de Villepin, a déclaré, jeudi matin 8 décembre sur France Inter, que "ce n’est pas au Parlement d’écrire l’Histoire", estimant qu’il ne lui revient pas d’évoquer le "rôle positif" de la colonisation comme c’est le cas dans la loi du 23 février 2005.
"Ce n’est pas aux politiques, ce n’est pas au Parlement d’écrire l’Histoire ou de dire la mémoire. C’est la règle à laquelle nous devons être fidèles", a expliqué M. de Villepin. "Il n’y a pas d’histoire officielle en France", a-t-il martelé. À ce propos, il a indiqué "comprendre très bien que Nicolas Sarkozy ait différé" son voyage aux Antilles, en raison des vives protestations suscitées par cette loi. "Et les enseignants sont libres dans le cadre de ces programmes de leur enseignement." Le Premier ministre a estimé qu’il fallait "regarder notre histoire en face", "surtout les questions qui dérangent". "Il faut trouver les moyens de la regarder avec sérénité", a-t-il insisté.

Non à l’“Histoire arrangée”

Mercredi, en fin d’après-midi, entre 500 et 700 personnes ont manifesté dans les rues de Fort-de-France, en Martinique, pour demander l’abrogation du dispositif de la loi relative au "rôle positif" de la colonisation.
À l’appel du Collectif martiniquais pour l’abrogation de la loi de la honte et d’une trentaine d’organisations, les manifestants ont défilé en lançant des slogans en français et en créole comme "à bas la loi de la honte" ou encore "kolonisasyon pa bon".
Dans le cortège composé d’élus, parmi lesquels les députés de Martinique Alfred Marie-Jeanne et Philippe Edmond-Mariette, le maire de Fort-de-France, Serge Letchimy, des syndicalistes, des enseignants et des lycéens, on pouvait lire sur des banderoles "Colonisation = crime contre l’humanité" ou "non à l’Histoire arrangée", entre autres inscriptions.
Le maire de Fort-de-France a, de son côté, qualifié la mobilisation de "digne et respectueuse".
Parallèlement, environ 300 personnes ont assisté, mercredi soir à Pointe-à-Pitre, à un meeting pour l’abrogation de la loi de février 2005 sur le "rôle positif" de la colonisation. S’adressant à un public constitué de militants politiques et responsables syndicaux, les représentants des treize organisations syndicales et politiques organisatrices du meeting s’en sont pris à cette loi. Tous ont rappelé que l’esclavage n’avait été définitivement aboli en Guadeloupe qu’en 1848 et souligné que Napoléon l’avait rétabli, "par les armes" en 1802, après une première abolition décrétée en 1794.
"Avec cette loi, c’est comme si on avait baptisé une rueRue des bienfaits de l’occupation allemande pendant la guerre”", a affirmé un représentant de Guadeloupe unie-socialisme et réalités (GUSR).
En France, même de nombreuses voix, dont notamment des historiens de renom, se sont élevées contre cette loi qualifiée de “scélérate” qui a été combattue par les partis de gauche.


Une loi votée an misouk
et maintenue par la majorité UMP

Issu de deux amendements UMP, l’article 4 de la loi du 23 février 2005 en faveur des rapatriés et des harkis stipule que "les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord".
Votée an misouk une première fois, la majorité UMP a rejeté le 29 novembre un texte socialiste visant à abroger cet article, suscitant de nombreuses réactions hostiles en Algérie et dans l’ensemble des DOM-TOM.


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Témoignages - 82e année


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