Davy Sicard ‘‘Kér Maron’’

’Donner sens à nos valeurs’

21 juin 2006

Avec son nouvel album “Kér Maron”, Davy Sicard veut donner du sens à nos valeurs, aux valeurs de la devise française et aux valeurs réunionnaises de fidélité aux anciens. Donner sens c’est donner du sens, mais c’est aussi faire sentir ces valeurs dans notre chair, car une chanson de Davy Sicard s’écoute, se touche, se voit, se sent, se goûte sans modération...

Davy Sicard espère que son aventure permettra au monde d’ouvrir les yeux sur les artistes de La Réunion. Ce qui lui arrive est exceptionnel : il a signé chez une major, Sony Publishing. Ainsi après “Kér Volkan” en 2003, voici, depuis le 12 juin, que toute la France et au-delà découvre “Kér Maron”.

Zistoir in moun i rod son rasine

Ses albums avancent comme des histoires. Dans le premier le personnage part à la recherche de sa vérité, dans celui-ci la quête est celle des racines, "le périple commence à Paris. Li fé in rév in pé bizar, ki revien : dé zesclav ki pran la fuite, ki devien maron, ki sove pou giny zot liberté, sé l’morso "granpér té si mon zépol." Et donc à force, le personnage cherche des réponses à ce rêve inexplicable, inexpliqué. Comme il a des origines réunionnaises, il part à La Réunion pour trouver des réponses. Il fait connaissance avec la famille, se rapproche de la culture, il est touché par les débats sur l’abolition et sur la colonisation, c’est le morceau "Au nom de mes pères". Une prière à la liberté, adressée aux valeurs de la France : liberté égalité, fraternité. Quelqu’un qui n’a plus de valeur, n’est plus personne et ce morceau met en lumière son passé. "La France a eu beaucoup de mal à reconnaître l’esclavage comme crime contre l’humanité. Toutes les questions sur l’action positive de la colonisation sont à mon sens un peu déplacé. Tousa lavé travay amoin, lavé ravaz amoin. Au fur et à mesure la personne se rapproche de sa culture, comme dans la ballade "un peu de moi" où le marmay i vien d’ariv la kaz son granmèr. Kan li voi marmay i zoué otour in piédboi, li na in ti kou d’blouz. Li noré émé revoir ali minm térlà dann son zéntan."
Dans le livret, les paroles de l’album se présentent sous la forme d’une correspondance, de lettres qu’il envoie à des gens pour raconter ce qui lui arrive à La Réunion et pourquoi il n’a plus donné signes de vie. La dernière page du livret a la forme d’une enveloppe.

Internationalement maloya

Suite de l’histoire : "Le marmay i san ali in pé tousél. Dans "Juste un écho", il exprime son sentiment, son besoin de trouver une réponse. Lu lé su la tér La Rénion. Et je fais un clein d’œil à une chanson de Jean Claude Viadère "La pluie i veut tomber." Lu va apiy ali dési son fami, dési la tradision pou pous pli loin son kréolité."
Au fur et à mesure de l’album, le Français va laisser de plus en plus de place au créole, sous forme musicale ou parlée. Mais d’un bout à l’autre, cet album respire La Réunion. Dans "Kér Maron", il y a un jonglage entre ces deux langues réunionnaises. Puis viennent les morceaux : “Maloya Kabosé”, “Komsi”, “Ayé”, “Sa lé anou”, “Tango souk inn de”, “I di”, “Kouraj”... Sélection de textes écrits entre 1995 et 2006 qui s’inspirent de la tradition pour confectionner une musique moderne internationalement maloya.
Ces chansons sont connues à La Réunion : elles ont déjà été jouées sur scène depuis 2004. “Maloya Kabosé” figure sur la compilation du Pôle Régional des Musiques Actuelles, mais sans l’accordéon de René Lacaille, présent sur l’album. Davy Sicard est accompagné à la batterie par Vincent Bellec, par Massimo Murgia qui a été le bassiste de Tropicadéro, par David Robert un guitariste de Bras-Panon et par le mauricien Maurice Manancourt au piker et aux petites percussions.

Une aventure exceptionnelle

Comment Davy Sicard se retrouve-t-il aujourd’hui dans un va et vient constant entre l’île et le continent dans ce qui ressemble fort à un envol vers une reconnaissance mondiale ? Tout a commencé en 2004 avec Alain Josset, son manager, venu à La Réunion pour le rencontrer, charmé par “Ker Volkan”.
Alain Josset a organisé des concerts en janvier 2005 à “L’Entrepôt”, à “La balle au bond”... où il a invité des professionnels. Parmi eux, se trouve Nizard Bacar qui a déjà repéré Davy. Il est le directeur artistique des éditions Sony. Deux jours plus tard, la maquette de “Maloya Kabosé” est enregistrée pour convaincre ses supérieurs et aussi pour commencer à démarcher avec d’autres professionnels : tourneurs et producteurs. Davy Sicard signe un contrat chez Sony en avril de l’année dernière. En mai, nouveau concert au “Café de la Danse” où il assure la première partie de Shérif M’Bar, artiste sénégalais. Là, il rencontre des tourneurs de chez Lawrence Garence Production qui programme une douzaine de dates en octobre. En novembre, il fait la première partie de Soued Massi au Casino de Paris, victoire de la musique cette année. À ce concert, c’est Up Music, la diffusion de Warner, qui l’aborde.
Le 14 février, la production est assurée et depuis le premier juin, Davy Sicard enchaîne des émissions sur France Inter, RTL, Europe 1...
Jeudi soir, il prendra l’avion de nouveau pour revenir à La Réunion où il donnera un concert vendredi soir à Sainte-Marie et le lendemain chez Virgin avec une séance de dédicaces.

Francky Lauret


An plis ke sa

Attirer le regard du monde sur La Réunion

Davy Sicard sait que ce qui lui arrive est une grande chance. Il sait aussi qu’il est bien entouré et remercie avant tout sa famille, Sandra et ses enfants, ses amis, et aussi l’encadrement professionnel qui l’accompagne. Les artistes réunionnais sont loin des éditeurs, producteurs, tourneurs. C’est une réalité professionnelle encore très éloignée.
Il veut travailler à aller encore plus loin. Il est prêt à endurer les sacrifices nécessaires à toute carrière musicale. Il espère par dessus tout que ce qui lui arrive permettra d’attirer le regard des professionnels sur notre île qui, affirme-t-il, regorge de talents méconnus à l’extérieur.
Tant mieux pour lui, pour le maloya et pour La Réunion.


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