Du côté des salles

19 juin 2006

Annulations de spectacles, remboursements, artistes malades, remplacements au pied levé : les programmateurs culturels ont eu fort à faire avec le chikungunya. Même si l’épidémie est en décrue, ses effets se font encore sentir au niveau de la fréquentation du public, comme de la motivation de certains artistes, fragilisés psychologiquement par cette épreuve.

o Ahmed Madani, directeur du TGM : "Ça a cassé toute la dynamique"

Même en proposant d’autres représentations, pour pallier les annulations des programmations extérieures, Ahmed Madani, Directeur du Théâtre du Grand Marché, reconnaît que la colle n’a pas pris. En ce début d’année, le Théâtre n’avait pas de productions, ni de tournées prévues. "Il n’y a pas eu d’effets sur la dimension dite de création, explique Ahmed Madani, mais sur la programmation. Ça a cassé toute la dynamique. On a eu plus du mal à remobiliser le public, des difficultés à relancer la saison".
L’épidémie a bouleversé toute l’intendance et la logistique du Théâtre, très lourdes à gérer. Les artistes frappés par le virus ont été pénalisés dans leur activité. Même si "le moral des troupes" s’est un peu amélioré, le Directeur du TGM souligne "l’impact psychologique fort sur le public et les équipes. Ça laisse des traces".
La structure a subi des pertes financières, comme sur la réalisation d’un petit décor qui n’a pu être exploité. Si une nouvelle flambée épidémique se déclarait, Ahmed Madani prédit spontanément une situation "très difficile". Déjà, les artistes extérieurs posent beaucoup de questions pour la saison à venir : "on donne les précautions d’usage, mais on ne sait pas si ça va marcher".

o Jacques Dambreville, Directeur de l’ODC : "180.000 euros de pertes"

À l’approche de l’épidémie, le système immunitaire de l’Office départemental de la culture était déjà fragile. "Le chikungunya est un révélateur, explique son directeur. Si on procède à une analyse plus approfondie, les difficultés qui apparaissent étaient latentes". Le fonctionnement de la structure prévoit que son exercice s’équilibre sur 6 ans. C’est donc dans le temps que les investissements se rentabilisent. "Les 2 dernières années, nous avons pris des risques importants pour tenir notre exercice dans une situation saine". Au pic de ses dépenses, la structure subit de plein fouet le chikungunya. Les recettes escomptées, la fréquentation du public et des artistes n’ont pas été au rendez-vous. Les 25% du coût de fonctionnement de la structure, assurés par le volet location, n’ont plus été garantis car les privés ont eux aussi annulé.
"On ne mesure pas l’importance de l’impact psychologique, mais le fatalisme, le manque d’envie, de volonté ont rendu l’exercice extrêmement difficile".
L’Opéra de Paris a été annulé, le Festival de Guitare a attiré 2 fois moins de spectateurs, le Festival de Jazz est passé de 10 à 3 jours... tout le rythme de fonctionnement est refondu. Aujourd’hui, l’ODC est en pleine restructuration, contraint de remettre en cause certains postes, d’envisager leur externalisation. "Nous sommes, mes collaborateurs et moi-même, sur le grill", déplore Jacques Dambreville qui veut donner la priorité aux nouvelles petites scènes de Champ-Fleuri (100 places) et de Saint-Gilles (350 places). Anticipation oblige, aucun spectacle important ne sera prévu en début d’année prochaine.
Dès le début de la mise en place des aides financières d’État, l’ODC - qui peut prétendre au FISAC - a déposé un dossier, toujours à l’instruction.
Le calcul des pertes se fait mois par mois, d’une année à l’autre. En janvier et février 2005, l’ODC était fermé. Son Directeur parle de 60% de recul d’exercice en raison de l’épidémie pour un déficit estimé à 180.000 euros.

Stéphanie Longeras


À qui s’adressent les fonds ?

Le gouvernement a mis en place 2 types d’enveloppes : le FISAC et le Fonds de secours exceptionnel, pour "compenser partiellement les pertes d’exploitation", "permettre aux entreprises de mieux faire face aux difficultés provoquées par l’épidémie", "faciliter son retour à une activité économique normale".

Le FISAC concerne les entreprises immatriculées au Répertoire des métiers (RM) ou au Registre du commerce des sociétés (RCS) qui n’appartiennent pas aux secteurs de l’hôtellerie, de la restauration et du tourisme et dont le dernier chiffre d’affaires annuel est inférieur à 800.000 euros (HT). Pour y prétendre, l’entreprise doit cumuler une baisse supérieure à 20% de son chiffre d’affaires (à partir de février 2006) appréciée par mois par rapport au même mois des 2 années précédentes et une baisse du résultat courant avant impôt ou baisse de rémunération pour les chefs d’entreprise individuelle, supérieure à 15% par mois constatée par rapport au même mois des 2 années précédentes. Le taux d’indemnisation ne peut excéder 80% des pertes constatées sur le résultat courant avant impôt ou sur la rémunération du chef d’entreprise individuelle, dans la limite de 4.000 euros au titre du 1er semestre 2006, voire de 8.000 euros, "lorsque l’application stricte du plafond entraînerait des conséquences gravement dommageables pour la pérennité de l’entreprise".

Le Fonds de secours exceptionnel s’adresse à l’ensemble des entreprises non éligibles au FISAC, soit du fait de leur chiffre d’affaires (supérieur à 800.000 euros (HT), soit en raison de leur secteur d’activité. Pour y prétendre, les entreprises doivent cumuler les 2 critères qui prévalent également pour le FISAC. Le montant de l’indemnisation ne peut là encore excéder 80% des pertes constatées sur le résultat courant avant impôt ou la rémunération du chef d’entreprise individuelle et pourra être adapté dans la limite de 80.000 euros au titre du 1er semestre 2006.


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