Koudkong de Raymond Mollard

Du rêve a l’action...

12 février 2007

Ils sont venus de tous les coins de l’île, y compris de cet Ouest rendu si lointain par la fermeture de la route du Littoral. Des hommes, des femmes, des familles, des jeunes, des tout petits qui gambadaient dans les allées (bénis soyez-vous, petits d’hommes, le vert paradis où vous baigniez rafraîchissait nos fronts brûlants), des élus, des militants syndicaux, des chefs d’entreprises, des responsables d’associations, des représentants des Chambres consulaires. D’anciens maires, de nouveaux maires, de futurs maires (chut ! c’est un secret...). Des fonctionnaires, des chômeurs, des précaires. Des mères de famille qui interrogeaient l’avenir de leurs enfants tout en jetant un regard vigilant par-dessus la clôture du vert paradis. Des gramoun qui ont dû se lever plusieurs fois au cours de la réunion, mais qui sont revenus avec, parfois, l’aide d’un(e) plus jeune pour participer à la suite (total respect !).

La sono y allait de ses décibels, les éventails menaient leur ballet pour agiter l’air caniculaire, les caméras et les micros tournaient dans les allées et sur la tribune. Sur les parois de l’immense hall, des banderoles signaient des professions de foi définitives contre tous ces malheurs qui mordent aux jarrets, comme des hyènes, l’espèce humaine en général, et la réunionnaise en particulier : les séquelles post-coloniales, le chômage, l’illettrisme, le logement insalubre, l’échec scolaire, le déni culturel, les phénomènes climatiques extrêmes, le réchauffement de la planète. L’armée féroce et séculaire du malheur, de la fatalité, du destin...

Et si le destin n’existait pas ? Et si, comme chante Francis Cabrel, « on y pouvait quelque chose » ? Lentement d’abord, et puis par orateurs successifs, par petites phrases mélodiques au tempo de plus en plus marqué, par propositions de plus en plus audacieuses, saluées à due concurrence par des salves d’applaudissements, l’espoir a pris corps, s’est taillé sa place, s’est élevé petit à petit au-dessus de la mêlée comme le bon génie au-dessus de la lampe d’Aladin, presque tangible, vibrant par-dessus les têtes des plus de 3.000 participants.

Oui, on peut faire en sorte que des dizaines de milliers de logements sortent de terre. Oui, on peut ouvrir la voie de la réussite scolaire à tous les jeunes et les conduire jusqu’aux études supérieures, à la recherche, à l’excellence. Oui, on peut, en mobilisant la fonction publique, le secteur concurrentiel, l’économie solidaire, créer suffisamment d’emplois pour répondre aux demandes légitimes de ceux qui en sont scandaleusement privés. Oui, Cyrille parlait d’or, Emmanuel avait raison, Maya nous faisait vibrer, Radjah emportait notre enthousiasme, Elie, Wilfrid, Eric, Alain, Catherine nous disaient chacun à sa façon, qu’avec la volonté et les hommes, on peut déplacer les montagnes.

On y a cru. On a insensiblement quitté Cabrel pour rejoindre Michel Fugain : « C’est un beau roman, c’est une belle histoire », disait la musique...
« C’est impossible ? Alors nous le ferons ! », concluait en substance Paul Vergès dans un final que, pour tout l’or du monde, aucun participant n’aurait accepté de rater.

Voilà. L’émotion est retombée, mais le rêve demeure. Hier, dimanche 11 février 2007, au Parc des Expositions de Saint-Denis, par une chaleur extérieure de 35 degrés et une chaleur intérieure d’au moins 10 fois plus, nous fûmes 3.000 à être saisis par la foi en l’action, à lire dans l’avenir les lignes que nous allions nous-mêmes y écrire.

L’art est un anti-destin, a écrit Malraux. Puisse la politique repeinte aux couleurs de l’Alliance en être un aussi. Et puisqu’on sait que l’action est la sœur du rêve, allons-y : sans modération, et tous ensemble !


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Messages

  • 100 000 chômeurs payés au SMIC = 1 500 (charges patronales comprises) x 100 000 = 1 500 000 000 de cotisations et salaires à verser chaque année... soit 10 milliards de francs à peu de choses près...

    l’épargne réunionnaise et la création monétaire réunionnaise annuelle peuvent ils permettre de générer ce niveau de revenu pour le plein emploi de cette masse de cent milles chômeurs ...?

    peut on croire à la diminution sensible du chômage ? quand on voit la satisfaction à obtenir des financements sur quinze années de travaux et vu les montants gagnés pour de l’investissement durable et générateur de dépenses de fonctionnements à venir...on se dit que ces 1,5 milliards d’euros sont une chimère.. le chômage a de beaux jours devant lui encore à la Réunion ,n’en déplaise à ceux qui font croirer qu’une alliance permettra le "salut"...

    courage...fuyons !!


Témoignages - 82e année


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