Culture et identité

Du théâtre pour l’arbre et la santé

Burkina Faso

Témoignages.re / 31 juillet 2008

Faire rire, réfléchir et agir. Grâce aux représentations de théâtre-forum et aux émissions de radio qui l’accompagnent, les populations de la province de la Kossi, dans l’ouest du Burkina, plantent des arbres et se présentent dès les premiers symptômes à l’infirmerie pour se faire soigner.

Le décor de la troupe "Yeleen" est des plus simples : des barres de fer, un tissu bleu, un rectangle tracé à même le sol. La scène ainsi dressée, le griot du village ameute la foule avec son tam-tam. En quelques minutes, une dizaine de gamins, à moitié nus, prennent d’assaut la "salle de théâtre" située dans une rue peu passante de Nouna, ville burkinabé de 78.000 habitants environ, située à 290 km à l’ouest de Ouagadougou.
Nous sommes mi-juillet. La pièce du jour, "Dja", traite de la nécessité de reboiser pour vaincre la sécheresse. Sur scène, des comédiens incarnent des personnages aux points de vue opposés sur les causes de la sécheresse et les remèdes à apporter. L’assistance, clairsemée et silencieuse du début, est bientôt rejointe par une centaine de passants attirés par ce spectacle inhabituel. Au fil de la représentation, le public se détend. La rue est bientôt bloquée par 200 spectateurs conquis qui rient bruyamment et donnent leur avis. La véhémence de certaines interventions oblige l’animateur de la pièce à expliquer qu’il ne s’agit que d’une fiction.
Fin de la représentation. Des agents de l’environnement expliquent, dans un langage accessible à tous, les causes de la sécheresse. Ils insistent sur la dégradation rapide de la faune et de la flore dans la province depuis 1960. Puis, les forestiers montrent comment bien planter des arbres.

Spectateurs conquis

Le public semble avoir compris le message. A l’image de la jeune Salimata Koita. A 11 ans à peine, la fillette a si activement participé au spectacle que Moussa Sangaré, le directeur artistique de Yeleen, envisage de l’intégrer dans sa troupe. « Dès que tu auras obtenu ton certificat d’études primaires, Agnamou, (nom d’un personnage incarné par la jeune fille qui, contre l’avis de son mari, organise la campagne de reforestation, Ndlr), tu pourras venir jouer avec nous », promet-il. « Je compte planter chez nous un manguier et un neem », assure de son côté la comédienne en devenir.
Les spectateurs sont conquis. Stéphane Saba, président de l’association locale "Kanu", (amour/fraternité/charité en dioula), initiatrice de la campagne de reboisement et commanditaire de la pièce, laisse éclater sa joie. Après avoir sillonné huit villages avec "Yeleen", il ne cache pas son étonnement : « Cette mobilisation dépasse nos attentes ! » Dans une semaine, la radio "Kossin Kibaru", (la Voix de la Kossi), qui émet dans un rayon de 50 km, prendra le relais de la troupe et des agents. En collaboration avec "Kanu", elle produira des émissions en dioula et en français sur la protection de l’environnement, qui seront diffusées entre juillet et septembre 2008.
Ces représentations inédites sont soutenues par l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et le ministère français des Affaires étrangères, dans le cadre du projet Promotion de la culture scientifique et technique (PCST). Le théâtre scientifique n’en est pas à ses premières répétitions. Cette méthode de sensibilisation a en effet déjà fait ses preuves entre juin et septembre 2007 dans le cadre du projet "Vivre sans sida, tuberculose et paludisme", mené dans le district sanitaire de Nouna.

Évolution des comportements

En 2007, des activités associant comédiens et techniciens de développement ont également été réalisées, en utilisant une fois encore la radio pour accroître la diffusion et en se servant des centres de santé comme relais d’information de proximité. La campagne a ainsi permis de faire évoluer le comportement de certains qui, auparavant, ne se rendaient au centre de santé qu’après avoir été chez le guérisseur. « En 2007 dans le service de tuberculose, nous avions 21 malades sous traitement. Au premier semestre 2008, nous en enregistrons déjà 25. La campagne théâtrale a contribué à la hausse du nombre de consultations », estime Inoussa Konaté coordonnateur de la campagne.
En 2008, la campagne a été reconduite pour les jeunes par le district sanitaire de Nouna et la Compagnie Faso théâtre de Nouna (COFATH) avec le soutien financier de l’IRD. Entre mai et juillet, 17 écoles primaires de la province ont été visitées par la troupe. Les autres le seront à partir de septembre, après les vacances.
Quant à la campagne de reboisement, elle semble, elle aussi, vouée au succès. L’impact positif du théâtre dans l’éveil des consciences est déjà palpable. Les 150 candidats inscrits au concours de reboisement ont ainsi mis en terre plus de 500 plants sur lesquels ils veillent jalousement. Les plus soigneux recevront des prix en espèces et en nature.
Molière disait déjà que le but du théâtre est de corriger les défauts des gens en les faisant rire. Objectif apparemment atteint, du moins dans la Kossi.

Article réalisé avec le soutien du projet
Promotion de la culture scientifique et technique (PCST)