Éviction d’Ahmed Madani du Théâtre du Grand Marché

Du trop bon travail

31 mars 2006

Le comité de suivi du Théâtre du Grand Marché, centre dramatique de l’océan Indien, a décidé de ne pas renouveler le directeur du Théâtre dans ses fonctions. Ahmed Madani est remercié sans qu’aucune explication ne puisse expliquer cette décision.

De 2003 à 2006 : Doktèr kontrokèr, Le Médecin malgré lui, Résidence de la compagnie Acte 3, Ski-Fi-Jenni... and the frock of the new, Ah ! Le grand homme, Kabar po ème momon, Mousson, Grand Ecran, Né, Le chant des cigognes, Je crois que vous m’avez mal compris, Borges, Festival du film, Petites Fables, L’avis du mort/Lavi lo mor, Dog Face, Le Pont, Barboni, Guerra, Bechtout, Légendes créoles, Les grenouilles, L’œil nu, Les enfants d’abord !, Chemin Faisant, Y’a pas de fumée sans feu de Dieu, Les sorcièz, Petite Valse Chinoise, La visite de la vieille dame, M comme..., Architruc, L’œil du cyclone, Médée, Le Pont de San Luis Rey, Eloge de l’analphabétisme, Combat de Nègre et de chiens, La Religieuse, Prix de Festival, Alice s’émerveille, Kor, maison du vent, L’œil du cyclone 2, Dommage qu’elle soit une putain, L’ogre maigre et l’enfant fou, à venir : Victor Bâton, Le pays resté loin, Mon Fantôme, Le Sixième jour, Académie théâtrale. Point. Final ?

Souffle coupé en plein élan

Il faudrait encore distinguer dans cette liste peut-être pas exhaustive, retraçant l’excellente programmation du Théâtre du Grand Marché, les pièces dont le centre dramatique de l’océan Indien a été le producteur ou le co-producteur de celles qui ont été invitées avec ce souci de nous offrir du théâtre vivant, du théâtre d’aujourd’hui, façonné par de grands maîtres contemporains. Il n’y a qu’à revoir les unes que notre journal, “Témoignages”, a consacrées à ces différents coups d’éclats ou alors faire un tour sur le site www.cdoi-reunion.com. Mais ajouter tant de grands noms, locaux ou internationaux, à cette liste nous donnerait trop l’impression d’écrire une rubrique nécrologique à l’heure où nous apprenons que le comité de suivi du centre dramatique de l’océan Indien a décidé de ne pas conserver à la tête du Grand Marché celui qui lui a insufflé ce souffle de vie inépuisable.
Pourtant, la rencontre fusionnelle entre cet homme et ce théâtre nous convainc, nous qui allons voir les pièces, nous qui faisons le véritable suivi de son travail, que rien ne pourrait les séparer, du moins pas en beau milieu de voyage. Mais si, le directeur est éjecté de l’avion en plein vol, dans cet océan par dessus lequel il avait réussi à tendre des ponts culturels sans précédents.

Acteur de la coopération régionale

Les missions du centre dramatique de l’océan Indien dépassent celle d’un simple centre dramatique, car au-delà de la programmation, de la formation, de la création, ses créateurs y ont ajouté très ambitieusement la coopération régionale. Ce vœu pieux n’espérait peut-être pas trouver un homme à sa dimension, capable de le rendre réalité, car ces mêmes fondateurs expulsent aujourd’hui le concepteur de “L’improbable vérité du monde”, qui est, ce que savent nos lecteurs, un atelier théâtral rassemblant des artistes de toutes les îles du Sud-Ouest de l’océan Indien, de l’Afrique et de l’autre hémisphère. Paul Vergès, le président de la Région Réunion, n’a de cesse pourtant de souligner que tout co-développement durable, avant les échanges économiques, doit se construire sur les échanges culturels.

Il aurait dû inviter Michel Leeb...

Ce soir, le comité de suivi doit donner une conférence de presse. Peut-être ne justifiera-t-il pas sa décision, qu’il estime qu’il n’a pas à le faire. Le théâtre comme l’académie, comme la Préfecture doit-il pourtant subir ce turn-over ? On nous dira certainement qu’il appartiendra au futur directeur de poursuivre les projets amorcés, que rien n’est mort, que le changement était inéluctable, qu’il fallait bien qu’il arrive un jour. Mais qui souffre de cette rupture si ce n’est la communauté artistique réunionnaise, si ce n’est la communauté artistique de l’océan Indien ? Peut-être que le directeur actuel du Théâtre du Grand Marché a fait du trop bon travail. C’est sans doute parce qu’il ne nous a pas donné à manger du Michel Leeb, mais parce qu’il nous a servi de la nourriture à penser, parce qu’il offrait un théâtre de l’éveil et de l’essor, qu’il est aujourd’hui ainsi sanctionné.
Tout s’éclaircira peut-être quand on saura qui va le remplacer. Mais c’est quelque chose à quoi nous ne pouvons nous résoudre. Tout comme nous ne pouvons nous résoudre à faire un bilan dont l’heure ne doit pas venir si tôt.

Eiffel


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