Économie réunionnaise : le calme avant la tempête
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7 octobre 2008

La compagnie ’un pas de côté’ présente à Saint-Denis ’Elf la pompe Afrique’ une pièce de Nicolas Lambert, qu’il interprète seul pour retracer à la manière d’un documentaire l’affaire Elf et questionner du même coup les limites de la démocratie et du fonctionnement de la cinquième république française.
Interrogé sur la raison qui l’a amené à porter ce dossier au théâtre c’est avec un naturel décontracté que Nicolas Lambert répond en faisant allusion à la réforme du régime des intermittents du spectacle : « comme tous ces gens s’intéressaient à ce que je gagnais, je me suis intéressé à la manière dont ce parti fonctionne, le parti gaulliste, et à la manière dont la cinquième république a créé les conditions permettant de financer ce parti. Et une des sources de financement du parti gaulliste, ça a été la compagnie Elf. (...) Donc ça m’a donné tout naturellement l’idée d’une série de spectacles intitulés "Bleu Blanc Rouge" dont le sous-titre serait "L’adémocratie" et dont les trois thèmes seraient non pas « liberté égalité fraternité, mais pétrole, nucléaire, armement. »
Ô la presse d’état...
Il poursuit : « En ce moment on va parler du procès de l’Angola Gate. On va apprendre, ou pas, comment fonctionnent les circuits de l’armement. L’essentiel de la presse française appartient aux entreprises qui sont en procès. On est censé comprendre comment M. Attali gagne des centaines de milliers d’euros à faire l’intermédiaire. On est censé voir comment le sénateur Charles Pasqua a bénéficié de certaines choses à un certain moment. Ce sera expliqué par les médias qui appartiennent à Dassault, à Bouygues, à Bolloray... En toute logique ce procès devrait faire l’objet de quelques brèves une fois qu’on aura parlé du salon de l’auto, ou autre fait divers. »
Ironique ? même pas
Le ton est donné. La conférence de présentation du spectacle était croustillante à souhait et ne pouvant tout reproduire, nous ne pouvons que vous inciter à participer à la rencontre du jeudi 9 octobre à 18 heures au Théâtre du Grand Marché sur le thème "L’Afrique un continent sous influence". Nous n’avons posé que trois questions.
Utiliser le nom et le logo de l’entreprise Elf vous a-t-il valu des problèmes ?
- Non, pas pour le spectacle. Sauf que aucun éditeur français n’a osé publier le titre, ça a posé problème pour l’édition du livre qui a du se faire en Belgique. Mais il n’y a aucune réaction de Elf.
Vous dénoncez le fonctionnement de la démocratie et vous citez la droite. N’est-ce pas la même chose avec les socialistes ?
- Si, c’est la même chose. Et je suis content que vous n’ayez pas utilisé le terme de "gauche" pour parler des socialistes.
Vous utilisez les paroles mêmes prononcées lors du procès, les principaux intéressés vous ont-ils demandé des droits d’auteurs ?
- Non
Une dernière question lui a été posée sur l’accueil réservé à sa pièce.
« J’ai joué 400 fois, dans des salles plus ou moins grandes, ça concerne environ une dizaine de milliers de spectateurs. Aujourd’hui la Française des Jeux présente une nouveauté, voyons simplement ce soir dans l’espace public, l’espace que prend la française des boeufs, et de l’autre voyons l’espace qu’il y aura... sur ce genre de dossier. »
Mais allons déjà voir "Elf la pompe à fric" et en parler, au Théâtre du Grand Marché mardi et mercredi à 19 heures, vendredi et samedi à 20 heures ou au Théâtre Vladimir Canter lundi 13 octobre à 19 heures.
Francky Lauret
À propos du dossier "elf"
De fin mars à début juillet 2003 s’est déroulé en public au Palais de Justice de Paris le procès intenté par la compagnie pétrolière Elf à trente sept prévenus dont MM. Loïk Le Floch-Prigent, 57 ans, Alfred Sirven et André Tarallo, 76 ans tous les deux. Ce qui est officiellement jugé, ce sont les abus de biens sociaux commis au détriment de la compagnie pétrolière pendant les quatre années de la présidence de M. Le Floch-Prigent, de 1989 à 1993.
S’il n’est pas physiquement présent dans la salle d’audience c’est bien le Pouvoir politique qui comparait devant la Justice. Même si ses représentants officiels, élus, sont absents, l’Etat français doit répondre ici de son fonctionnement, de ses financements, d’une façon de diriger sa politique. Les pays d’Afrique apparaissent au fil des audiences comme un moyen au service de la République. Ce qui semblait n’être qu’une société d’exploitation d’hydrocarbures se révèle être le bras séculier d’enjeux occultes au service d’une "certaine idée de la France".
Sur scène, devant la Justice, cette dimension opaque apparaît en pleine lumière. Le Président du Tribunal brise le silence qui unit les trois principaux prévenus. Peu à peu, derrière le procès fait aux hommes, un autre procès apparaît, celui d’un système, celui d’un Etat.
Pour l’écriture de la pièce, Nicolas Lambert a assisté à l’essentiel des quatre mois du procès. Les dialogues sont bien les propos qu’ont tenus les protagonistes du procès.
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