Sakifo musik festival

En attendant les trois coups

4 août 2006

La troisième édition du Sakifo musik festival commence ce vendredi 4 août 2006 à Saint-Leu. Jusqu’au dimanche 6 août, cette grande manifestation dédiée aux musiques du monde réunira des dizaines d’artistes. Des têtes d’affiches internationales comme Ilene Barnes, Cheikh Lô, Lee Scratch Perry, Susheela Raman côtoieront Cali, Olivia Ruiz, Juliette, Anis... en tête des ventes en métropole ou encore Ziskakan, Kom Zot, Nathalie Natiembé, Leïla Négrau... comptant parmi les meilleurs artistes locaux. Des groupes des îles voisines, OSB Crew, Menwar (Maurice)... seront également de la fête.
La journée de ce jeudi a été consacrée à une série de conférences de presse. Ilene Barnes, Cali, Olivia Ruiz, Juliette, Markoussov, Kom Zot ou encore OSB Crew se sont volontiers, et souvent avec humour, prêtés au jeu des questions - réponses. Fatigués par le voyage - ils sont arrivés le matin même - Cheikh Lô, Lee Scratch Perry n’ont pas accordé d’interviews.
Sur les cinq sites des concerts (le Massalé, le Chapito, le Plato, la Ravine et la Kazern), l’heure était aux derniers préparatifs, aux dernières recommandations, aux ultimes vérifications.
Les trois coups résonneront ce vendredi à 14 heures sur la scène gratuite du Massalé. Rouge Reggae (La Réunion), Menwar (Maurice) et Bigouaï (La Réunion) seront les premiers à se produire.
Alors, que la fête commence...


Ilene Barnes

"Je n’aime pas être enfermée dans un style"

À 10 ans, elle écoutait Led Zeppelin, apprenait la guitare avec une bonne sœur, côtoyait Nina Simone et Myriam Makéba et passait ses vacances avec les enfants de Malcolm X. L’Américaine Ilene Barnes, qui enfant se voyait plutôt vétérinaire ou bonne sœur, chante le blues, le folk et métisse les deux "de tous les sons, ambiances, images et épices" qu’elle a rencontrés le long de sa route de grande voyageuse. "Je n’aime pas être enfermée dans un style. La musique ne peut pas être cloisonnée", explique-t-elle.
Ilene Barnes a une superbe voix de contre alto qu’elle dit pourtant avoir eu "beaucoup de mal à l’apprivoiser". Enfant, elle voulait chanter avec une petite voix fine. "Je le faisais d’ailleurs. Jusqu’au jour où Nina Simone m’a dit que je ne serai jamais chanteuse car ma voix était trop moche", se souvient la chanteuse. "Je ne remercierais jamais assez Nina Simone de m’avoir donné ce coup de pied au derrière. Sans cela je ne serais jamais ce que je suis aujourd’hui". En l’occurrence, une chanteuse de folk blues métissé de plusieurs influences à la voix envoûtante.
Une réussite qu’elle doit aussi à une bonne sœur. "À 8 ans, comme j’étais une enfant hyper active, mes parents m’ont fait donner des cours de guitare. C’est une bonne sœur qui me donnait les cours. Je l’aimais beaucoup", se souvient-elle. "Lorsque je lui disais que je voulais être bonne sœur ou vétérinaire, elle me disait que je serai plutôt chanteuse de rock. Elle ne s’est pas trompée de beaucoup", relate encore la jeune femme.
Chaleureuse sur scène comme dans la vie, Ilene Barnes dit qu’elle aurait pu grandir à La Réunion. Son père, Seymour Barnes, est un entomologiste réputé, spécialisé dans l’étude des moustiques. Son métier l’a conduit dans différents pays du monde. Sa famille a suivi. Ilene Barnes a ainsi vécu au Surinam et à la Barbade. "Mon père aurait pu venir travailler ici", remarque l’artiste. À propos de moustiques et de chikungunya, elle note "il faut se protéger des piqûres, mais il ne faut pas tomber dans l’hystérie".
Séjournant à La Réunion et même dans cette région de l’Océan Indien pour la première fois, Ilene Barnes donne rendez-vous à son public ce soir à partir de 19 heures 20 au Plato.


Cali

"J’aime discuter avec le public"

Cali sera présent à la Ravine demain soir. Un grand moment en toute simplicité.

"Dès qu’on me dit va te promener, je suis d’accord. Je suis ici en vacances en j’en suis très heureux", remarque Cali qui caracole dans le peloton de tête des ventes en métropole. Il se chantera à La Réunion pour la première fois demain soir.
En conférence de presse il explique avec simplicité et humour qu’il "aime discuter avec le public. Parfois on s’engueule et c’est très sympa". L’ancien chanteur de bal, "j’en suis très fier", dit-il, est aujourd’hui ce que l’on appelle une vedette à part entière. Mais il n’a pas la grosse tête pour autant. Pas plus qu’il n’a envie de jouer au poète torturé. "Avant, je faisais des textes difficilement compréhensibles, même pour moi. Alors j’ai arrêté et aujourd’hui je me raconte simplement", note-t-il.
Une peine de cœur, "en fait, un très gros chagrin amoureux", dit-il, a été à l’origine de ce changement en 2003. "Il fallait que je raconte ce qui m’étais arrivé. Cela m’a fait beaucoup de bien", estime le chanteur. Ce qui est certain, c’est que celui lui a réussi. Ses ventes de disques atteignent des sommets et il est présent partout sur les ondes radio. On se sépare et on s’aime sur ses chansons, "c’est ce que m’ont dit des gens".
Celui qui dit être entré dans la musique "comme un imposteur" à 16 ans ne veut pas être prisonnier d’un style. "Je ne sais jamais quoi répondre lorsqu’on me demande quelle musique je fais. J’écoute du Beethoven, du Brel, du Radiohead... je pense que je m’imprègne de toutes ces influences".
À voir demain à partir de 23 heures à la Ravine.


Olivia Ruiz

"J’aime La Réunion même si j’ai peur des requins"

Ancienne de la Star Academy 1, Olivia Ruiz sera sur la scène de la Ravine demain soir. Elle dit aimer La Réunion même si les requins lui font une peur bleue.

Il y a trois ans qu’Olivia Ruiz, une ancienne de la Star Academy 1, balance son rock sur toutes les scènes de France, mais aussi du Liban et du Canada. Et depuis un peu plus d’un an, elle explose les ventes. Elle chantera à la Ravine aujourd’hui à partir de 21 heures.
Ce ne sera pas sa première rencontre avec le public réunionnais. Elle était déjà venue l’année dernière lors de la deuxième édition du Sakifo. Elle était en vacances et c’est dans le public qu’elle avait assisté, notamment, au concert de Dionysos et de Luke, deux groupes de rock. Cette fois elle sera sur scène.
Elle s’en réjouit d’avance. D’abord parce qu’elle aime La Réunion, "même si j’ai peur des requins", dit-elle et ensuite parce qu’elle aime faire la fête avec son public.
Elle aura largement le temps de le faire vendredi puisque avec ses 5 musiciens elle donnera son spectacle dans son intégralité. "Il y a longtemps que nous n’avons pas chanté toutes les chansons du spectacle. Je suis certaine que cela sera l’occasion d’un grand moment", dit-elle.
Parce qu’elle a aussi les deux pieds bien ancrés dans la réalité quotidienne, Olivia Ruiz parle aussi de l’actualité du moment. De ce jeune couple de libanais qu’elle a connu lors de sa tournée au Liban. "Nous communiquons par mail. Nous avons le même âge, les mêmes passions, mais moi je chante et eux sont sous les bombes. Cela relativise bien des choses", remarque la jeune femme.
Une jolie voix et une tête bien pleine, le public devrait apprécier.


Juliette

"Le moustique ne me fait pas peur"

Juliette est pleine d’humeur et de bonne humeur. Le moustique vecteur du chikungunya ne lui fait pas peur. Elle ne se prend pas au sérieux et dit toujours bonjour à tout le monde en montant "car en redescendant les mêmes personnes seront là et elles n’auront pas oubliées qu’on ne leur a pas dit bonjour". Rencontre avec une grande dame.

"C’est la deuxième fois que je viens, donc La Réunion je rocono, c’est beau". Pleine d’humour, de bonne humeur et de joie de vivre, Juliette redonnerait le moral à tout interlocuteur déprimé. Et ce n’est pas l’aèdes albopictus, le moustique vecteur du chikungunya, qui risque de lui donner le cafard. "Le moustique ne me fait pas peur. Certes, il faut se protéger, mais il ne faut pas en faire en drame. Et si on est piqué, c’est que s’était le destin", analyse-t-elle.
Lorsqu’on lui dit que certains artistes ont refusé de participer au Sakifo par peur d’être contaminés par le virus, elle commente "les pauvres chéris, ils auraient dû venir en armures". À propos des chanteurs qui ont annulé leur tournée l’été dernier pour la même raison, elle s’étonne "avec tout ce qu’ils se mettent dans le cornet à longueur de journée, ils n’ont pas à craindre le moustique".
Sur le même ton léger, elle parle ensuite de sa musique, "primordiale, bien plus importante que les textes", dit-elle. "On oublie souvent les paroles de la chanson, jamais la mélodie", remarque-t-elle. Alors soutenue par ses 6 musiciens "qui méritent vraiment qu’on les regarde", Juliette s’en donnera une fois de plus à cœur joie sur scène. Elle le fera avec d’autant plus de plaisir ("une chose que je privilégie beaucoup dans ma vie"), qu’il s’agira de la dernière du spectacle actuel. "Après cela, je m’arrêterai quelque temps pour écrire un nouveau spectacle", annonce Juliette. Pour cette dernière, elle mettra les petits plats dans les grands. Seul un problème de fret l’empêchera de chanter deux des morceaux du spectacle. "On ne pouvait pas transporter les 4 tambours napoléoniens, la grosse-caisse et les cymbales. Or s’il s’agit d’instruments-clés pour ces chansons", souligne la chanteuse.
Elle commente ensuite avec humour, "nous avons hésité entre Sarreguemines (Nord-Est de la métropole) et La Réunion pour donner la dernière. Nous avons finalement choisi votre île. Il y a un peu plus de soleil."
Juliette et ses 6 musiciens, "des mecs aux compétences multiples", chanteront, danseront, feront du spectacle à partir de 19 heures 30 aujourd’hui au Chapito.
Un grand moment en perspective.


Kom zot ou le reggae créole

Le groupe de reggae local Kom zot se produira en première partie de Lee Scratch Perry à la Ravine aujourd’hui à 21 heures. "Nous avons été les premiers à chanter du reggae en créole, il y a 15 ans de cela", remarque Luciano Mabrouck, le leader du groupe. "Nous avons beaucoup galéré à nos débuts. Aujourd’hui nous produisons des jeunes pour leur éviter ces galères", souligne le chanteur en regrettant que les jeunes et parfois même les artistes plus connus "ne soient pas plus aidés et plus pris en considération localement".


Markoussov : fous de jazz

Le trio Markoussov - "du nom que l’on m’a donné un soir de bringue lorsque j’avais 25 ans", relate le leader du groupe -, se produira aujourd’hui à 18 heures au Plato. Ces fous de jazz qui ont "soudoyé les organisateurs pour participer au festival", dit dans un sourire Markoussov, assureront la première partie de la chanteuse américaine de folk blues Ilene Barnes.


OSB Crew

"Maurice ce n’est pas que la plage"

"Il se passe beaucoup de choses à Maurice. Pour les voir, il ne faut pas rester dans les hôtels. Il faut aller dans les ghettos. Ce qui s’y passe est grave. C’est pire qu’à Madagascar". Bruno Raya, leader du groupe mauricien OSB Crew ne mâche pas ses mots. Jamais, et surtout pas dans ses chansons.

L’artiste chante avec ses amis de toujours issus comme lui du "ghetto". "Nous chantons ensemble depuis au moins 9 ans, certains d’entre nous sont là depuis le début, il y a 14 ans", souligne Bruno Raya. Le groupe en est à son 4ème album. Le premier a été produit à... La Réunion par Piros en 1993.
Le message d’OSB Crew n’a pas changé depuis cette époque. "À Maurice, ce n’est pas le paradis, sauf peut-être pour quelques-uns. Pour les autres, ceux qui vivent dans les ghettos de Plaisance ou d’ailleurs, la vie est très dure", martèle Bruno Raya. Alors avec son groupe, il chante la misère, le manque de considération et de liberté que subissent les plus défavorisés des Mauriciens. Le groupe dénonce aussi "le fléau" des drogues dures. Dans "le ghetto beaucoup trop de jeunes sont victimes de l’héroïne. Maurice est le premier pays d’Afrique consommateur d’héroïne et le troisième dans le monde", déplore Bruno Raya.
C’est aussi pour les aider à ne pas tomber dans "l’enfer de la drogue" et leur donner une chance de "percer" plus vite qu’OSB Crew produit de jeunes chanteurs, mauriciens et originaires d’autres pays de la zone. Le groupe est également organisateur de festival. "Nous arrivons à rassembler 15.000 personnes pour ces concerts", note Bruno Raya.
Avec son groupe, le chanteur - qui se dit fier d’être "un créole de l’Océan Indien" -, se produira à la Ravine à partir de 22 heures en première partie de Lee Scratch Perry.


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