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19 avril 2010, par

La Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise aura lieu : c’est ce qu’ont voulu dire avec force les acteurs rassemblés samedi au Port pour prendre en charge la destinée de ce grand projet réunionnais.
La conférence de presse tenue par Aline Murin-Hoarau, Paul Vergès, Carpanin Marimoutou, Rajah Véloupoulé et Jean-Yves Langenier a clôturé une journée riche en échanges et en perspectives.
Non, la Maison de civilisations et de l’unité réunionnaise (MCUR) n’est pas morte : venus de tous les horizons sociaux, culturels et politiques, des Réunionnaises et des Réunionnais se sont rassemblés pour apporter un nouvel élan à ce projet fondamental pour l’identité et la culture de notre pays.
Un projet reconnu
Chargé de mission pour la MCUR jusqu’aux dernières élections, Carpanin Marimoutou à rappelé l’état d’avancement extrême du projet, interrompu au stade de la réalisation par Didier Robert, après validation de l’enquête publique. Un coup d’arrêt qui intervient au moment même où en Polynésie, on érige un centre culturel qui exalte le caractère pluriel des identités de l’Outre-mer français. Ce type d’équipement, a rappelé Carpanin Marimoutou, est préconisé par les politiques publiques portant sur les aménagements culturels outre-mer, dont le récent rapport Collardel.
Dans ses aspects immédiats, la brutale décision de Didier Robert met en danger un travail réalisé depuis plusieurs années par une équipe de chercheurs, sous la direction de Françoise Vergès.
Certains donateurs ont d’ores et déjà fait connaître leur volonté de reprendre les fonds dont ils comptaient faire bénéficier la MCUR originelle… afin de pouvoir les redonner à la MCUR qui verra effectivement le jour dans quelques années.
La MCUR aura lieu
Car c’est cette réponse concrète aux démolisseurs qui a émergé des réunions de samedi : contre la vague réactionnaire qui balaie notre île depuis l’arrivée au pouvoir de Didier Robert, intellectuels, artistes, citoyens maintiennent plus que jamais le cap, et se rassemblent pour édifier la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise.
Jean-Yves Langenier a annoncé que Le Port mettrait à disposition les terrains nécessaires ; procédure simplifiée par la maîtrise communale du foncier qui caractérise cette commune. Le premier magistrat de la cité portoise a proposé deux terrains, le premier situé à portée directe de l’axe routier majeur, le second à proximité de Cambaie.
Le sens universel du modèle réunionnais
Paul Vergès a rappelé la forte portée symbolique que prend la question de la MCUR au moment où en France, le choix a été fait de mettre l’identité nationale au centre des débats.
Les Réunionnais auront-ils l’opportunité de faire bénéficier l’ensemble de la République de leur modèle de vivre-ensemble, salué de par le monde comme un modèle de coexistence et de partage ? La volonté, a-t-il souligné, existe : elle se matérialise par la prise de parti de milliers d’hommes et de femmes, la mobilisation des intellectuels réunionnais de renom, et une solidarité d’envergure internationale en faveur de ce projet.
Sur le plan de la réalisation, Paul Vergès a précisé la forme de l’alternative proposée après l’abandon du projet par la nouvelle présidence UMP de la Région. Un rassemblement de communes animées de valeur de progrès s’est d’ores et déjà proposé de se substituer à la Région défaillante ; dans un avenir proche, Paul Vergès estime qu’au moins 10 communes pourraient rejoindre ce groupe.
Le temps des choix
Que feront l’État et l’Europe, qui comptent aussi au nombre des contributeurs ? Sur ce point, Paul Vergès estime favorablement les chances d’une fidélité de ces acteurs à leurs engagements initiaux. Le Premier ministre n’a-t-il pas lui-même salué le caractère exemplaire de la MCUR, et ce à La Réunion même ?
De même, il est probable que l’Europe ne se déjugera pas… d’autant plus que les fonds qu’elle a alloués à la MCUR ne pourraient être réemployés. Reste à savoir si la Région acceptera de transmettre la maîtrise d’ouvrage à ceux qui désirent reprendre le flambeau. Et pourquoi le refuserait-elle, si ce n’est par idéologie ?
Clarification politique
Portant un regard sur l’aspect politique de l’enjeu, Paul Vergès a souligné la portée du débat pour la clarification des positions des uns et des autres dans le champ politique réunionnais : aujourd’hui, la ligne de partage sépare ceux qui s’engagent à donner aux Réunionnais la connaissance de leur histoire et de leur culture, et ceux qui veulent les vouer encore à l’assimilation, à l’ignorance et à l’artifice culturel.
Plus encore qu’hier, la question de la MCUR oppose conservateurs et partisans du progrès. Ainsi, elle est inscrite en profondeur dans la destinée de notre pays. « S’il n’y avait pas de luttes, je serais inquiet », a conclu Paul Vergès.
Geoffroy Géraud-Legros
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