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5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
Identité culturelle et développement économique de La Réunion
30 mars 2007

Quelle avancée ! Depuis une vingtaine d’années, l’identité réunionnaise a évolué, passant de la diabolisation à la dépolitisation. Hier, spécialistes universitaires et acteurs économiques se retrouvaient en masse au siège de la CCIR autour du thème “Identité réunionnaise et modèle de développement économique durable”.
Après avoir retracé les différents styles de vie des Réunionnais, les universitaires dressent le cadre général du thème, devant une salle comble. Christian Barat, Anthropologue rattaché à l’Institut de Linguistique et d’Anthropologie (ILA) à l’Université de La Réunion, revient sur la ou les définition(s) de l’identité culturelle, qui serait l’affirmation d’une différence de cultures, ou la similarité de pratiques culturelles sur un même lieu de vie. Le scientifique réunionnais vient au fait que « chaque homme, chaque femme, quel que soit son âge, construit son histoire de vie ». Faut-il alors parler d’une identité multiculturelle, puisque nos origines réunionnaises nous viennent de plusieurs matrices culturelles, de Chine, de Madagascar, de l’Afrique, de l’Inde, de l’Europe ?
Être Réunionnais, c’est quoi au juste ? Parler le créole ? Etre né sur l’île ? Vivre depuis plusieurs années à La Réunion ? Etre un acteur fidèle de la culture réunionnaise ? Manger créole ? Se mouvoir en créole ? Bref, qu’est-ce que l’identité réunionnaise ? Comment se construit-elle dans l’ère de la mondialisation ? Et comment l’identité réunionnaise peut-elle influer sur le développement économique de notre pays ?
Selon “Le Robert”, l’identité est « le caractère de ce qui demeure identique à soi-même ». Cette définition cache en fait 2 acceptions, mises en évidence dans le Dictionnaire des notions philosophiques. L’identité est « le caractère de ce qui est identique, qu’il s’agisse du rapport de continuité et de permanence qu’un être entretient avec lui-même, à travers de la variation de ses conditions d’existence et de ses états, ou de la relation qui fait que deux réalités, différentes sous de multiples aspects, sont cependant semblables et même équivalentes sous tel ou tel rapport ». L’identité culturelle désignera, alors, « le fait, pour une réalité, d’être égale ou similaire à une autre dans le partage d’une même essence ».
De la diabolisation à la réunionnisation ?
Dans une étude “révolutionnaire” sur les politiques identitaires du monde, un constat sort du lot : les libertés culturelles devraient être considérées comme une nécessité pour le développement des sociétés du 21ème siècle. Dans la préface du rapport 2004 du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), Malloch Brown, administrateur, note que « si l’on veut que notre monde atteigne les objectifs de développement du Millénaire et, finalement, éradique la pauvreté, il doit commencer par relever victorieusement le défi de savoir construire des sociétés intégratrices, qui respectent les diversités culturelles ».
La Réunion, qui a longtemps diabolisé les défenseurs de la culture réunionnaise, assimilés à des communistes, fait aujourd’hui un grand pas. Notre économie ne peut se construire, selon les conclusions des scientifiques, sans prise en compte de notre identité propre. Ainsi prend-on en conscience que le développement d’un pays ne peut se limiter au seul champ économique, mais implique une valorisation culturelle, généralisant l’épanouissement individuel et collectif, le bien-être des cultures.
Certains défendent que l’affirmation culturelle doit être au cœur du projet de développement économique de La Réunion. Pour ce faire, il importerait de conforter la connaissance du patrimoine réunionnais dans son environnement historique, géographique et linguistique, à La Réunion. Ce qui rejoint les conclusions de la DRIRE Réunion, d’ailleurs. L’école y contribue déjà, mais les professeurs de la LCR restent soumis au régime de la bivalence avec l’histoire, la géographie ou le français. Le créole n’est encore qu’une option à l’école. Peut-on imposer l’enseignement de la culture et de la langue réunionnaise dans l’Académie de La Réunion ?
La CCIR propose-t-elle des cours de langue et culture régionales à ses élèves, aux corps de métiers qu’elle représente ? Rappelons tout de même que la loi Deixonne votée en 1951 pour l’enseignement des LCR en France ne fut appliquée à La Réunion qu’en 2000. Et encore grâce à l’action d’associations culturelles telles que Lantant Pikan, Mouvman Lantant Koudmin (MLK), Mouvman po lo Respé la Kiltir é la Lang Rénioné (MRKLR), pour ne citer qu’elles, jugées alors autonomistes, comme les personnalités, premiers porte-parole de l’identité culturelle réunionnaise, les frères Grondin, Gauvin, Hoarau, les groupes Ziskakan, Ousanousava, Baster, Zanzibar et consorts. La lutte, elle, dure depuis les années 1960, notamment avec “Rideaux de canne”.
Belle prise en compte !
L’identité culturelle réunionnaise dans la pratique économique ouvre les pistes d’une affirmation commerciale de l’île. Cela va de soi, quand on sait que la CCIR s’ouvre sur les pays de la zone et que la coopération réunionnaise avec ces mêmes pays se peaufinent grâce au transfert de compétences aux collectivités locales. Enfin, on se demande : pourquoi achèterait-on un produit sans originalité, sans histoire ? Tenez, on lance à tout bout de champ que le tourisme réunionnais manque de planification. Quelle est la place de l’affirmation réunionnaise dans le produit touristique réunionnais ? On fait croire à qui veut l’entendre qu’acheter telle marque, manger de telle façon, s’habiller ainsi, se déplacer sur tel siège seraient s’affirmer dans une société. De surconsommation, poursuivrait-on sans mal. La Réunion, au fil de son peuplement, a su certes s’adapter. La mondialisation montre aujourd’hui, je le crois, les carences d’un peuple réunionnais, adulateur des nouvelles technologies, sans le sou, assisté plus que jamais. Ignare de sa propre histoire, euphorique consommateur pauvre, comment peut-il vraiment entrevoir son avenir ? Les politiques culturelle, régionale et départementale sont, il est vrai, volontaristes pour que le Réunionnais entreprenne ce retour à l’Histoire. Mais pour quels résultats ? Les entreprises s’adaptent-elles aussi, prenant en compte l’évolution culturelle du pays ? Elles s’affichent dans le langage populaire, se réappropriant des slogans créoles. Encore faudrait-il libérer pour de vrai la culture réunionnaise, encore subalterne dans les esprits. Simandèf devient un poulet noir de Salazie et non plus un marron. Le créole ne serait qu’un petit nègre, quand c’est une langue. Le maloya, le séga, sont ... du folklore ?
Willy Técher
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