Mémoire et lien symbolique

Entre Réunion et Mozambique, un « Jardin de la Mémoire »

8 février 2007

Une délégation réunionnaise va commémorer ce 23 août 2007 - Journée internationale du souvenir de la Traite - sur l’Ile de Mozambique, l’un des berceaux du peuplement de La Réunion, où une stèle sera inaugurée au cœur d’un Jardin symbolique : troisième étape, après Madagascar et La Réunion, d’un programme inscrit dans le projet international de “La route de l’esclave” porté par l’UNESCO.

A 15° de latitude Sud, l’Ile de Mozambique s’étire à quelques encablures de la côte mozambicaine, dans le canal du même nom. Plus loin, à l’Est du 40e parallèle, la côte malgache et Mahajanga. Autant de sites qui parlent à l’imaginaire réunionnais, pour autant qu’on laisse refluer la mémoire vers un temps ancien et heureusement révolu, mais - à sa façon - toujours présent. Sur l’Ilha de Moçambique, classée par l’Unesco au patrimoine mondial de l’humanité, les pierres de quelques prestigieux vestiges coloniaux portent encore les traces silencieuses des tragédies passées.
Sur la côté ouest de l’île, faisant face à la terre ferme, à un jet de pierre de la mosquée, un “caro” de 1000m2 - un ancien magasin d’esclaves - est le site réservé par les autorités mozambicaines pour accueillir le “Jardin de la Mémoire”.
Le projet a pris forme fin 2003 sous l’impulsion de Sudel Fuma, historien à l’Université de La Réunion et correspondant de la chaire universitaire de l’Unesco, avec l’association Historun. Depuis 2005, le photographe Karl Kugel, est chargé par eux de la coordination du projet de stèles et de la conception du Jardin.
Le projet a pris corps avec l’appui de la Direction de la Culture (Ministère mozambicain) et le soutien de nombreux partenaires, des deux îles. A commencer par l’ambassade de France au Mozambique, la Délégation de l’UNESCO à Maputo, la Région Réunion (depuis 2004), rejointe cette année par le Conseil général et les collectivités territoriales mozambicaines.

Tous seront mobilisés pour le déplacement sur la Ilha de Moçambique d’une importante délégation réunionnaise, dont la formation a été confiée à Nicol M’Couezou, de Village Titan.
Les stèles qui y seront inaugurées sont la troisième étape d’un parcours du souvenir reliant , Fort-Dauphin à Madagascar (2004), Saint-Paul de La Réunion (2005) et la Ilha de Moçambique, pour finir, d’ici 2010, sur un bout de la côte indienne, à Goa ou Pondichéry. Elles vont donner lieu à un appel à projet, en cours depuis janvier, pour lequel les artistes intéressés doivent se faire connaître rapidement (voir ci-après).
Dans l’esprit des initiateurs du projet, il s’agit de poser des pièces d’une mémoire collective rappelant aux populations des pays de l’Océan Indien les liens qui les ont unis dans l’histoire et qui, par ce qu’ils ont créé dans nos cultures respectives, peuvent aider aujourd’hui à tracer un destin commun.
Les stèles sont dressées aux points de départ des ports de traite d’esclave pour renforcer les liens interculturels entre les populations de la zone.

P. David


Les stèles

Appel à candidatures : avant la mi-février

Un appel à candidature est lancé pour la réalisation de bustes sculptés dans le cadre de l’aménagement du “Jardin de la mémoire”, situé dans un ancien magasin d’esclaves et conçu par le photographe et plasticien Karl Kugel (voir ci-après).

Un jury se réunira pour retenir l’artiste sculpteur qui recevra une bourse de 2.500 euros et sera invité à séjourner sur l’île Mozambique lors d’une résidence d’artiste en août 2007 (billet d’avion et séjour pris en charge par l’organisation).

• Cet appel concerne tous les artistes sculpteurs résidant à La Réunion
• Dans un premier temps, les candidats devront soumissionner à la candidature par l’envoi d’une lettre de motivation, avec CV, à envoyer au président de l’association Historun : Sudel Fuma, 37 rue Marcel-Proust, 97438 Sainte-Marie, La Réunion.
• Un premier jury se réunira pour retenir six candidatures dans la deuxième quinzaine du mois de février 2007. Les candidats retenus auront 60 jours pour remettre le projet au jury, qui désignera le lauréat.
Pour plus d’information : 0692.88.07.90


Karl Kugel : Ce jardin est un lieu vivant

Photographe, plasticien, lauréat de plusieurs prix dont la dotation Médicis à l’étranger, Karl Kugel vit et travaille à La Réunion depuis plus de vingt ans. Il est à l’origine de scénographies et spectacles vivants - tels Servis Makwalé, avec notamment Danyèl Waro et Nathalie Natiembé ou Retourné la tèr - posant les questions des traces de l’Histoire dans les problématiques actuelles de l’aménagement de l’espace public.
Il a participé depuis 1997 à plusieurs créations et actions culturelles au Mozambique (Récits des Corps, Saudade de l’espoir, récits Makwalé, danseurs Makondé...entre autres) avec le soutien du Ministère de la Culture de ce pays.
« La mémoire, tout comme un jardin, cela s’arrose » a-t-il dit lors de la présentation du projet. « Le Jardin du Mozambique est conçu comme un lieu vivant, destiné à évoluer ». Il sera réalisé avec l’aide d’un architecte français installé au Mozambique, qui a commencé à nettoyer le lieu : un ancien magasin d’esclaves dont il ne reste que l’enceinte de pierre et les vestiges de ”kalbanon” intérieurs.
Trois espaces distincts vont se dégager, comme autant de “cercles” de la mémoire. Le premier est une partie végétalisée, aménagée comme un jardin, traversé d’une allée. Un deuxième rond, renvoyant à l’espace collectif des moringueurs, est défini comme « lieu de l’expérience » ; il accueillera en linéaire les bustes réalisés par les artistes mozambicains et réunionnais. Une allée le traverse, qui conduit jusqu’à la mer. Au milieu de cette allée sera posé un amas de pierres (20 cm de haut, 4 m de long) : le mouvement de l’allée, le positionnement des sculptures et celui des roches fragmentées sont dans un rapport interactif qu’exprime cette maxime : “Nous regardons le passé et le futur nous regarde”.
Le troisième rond est un lieu symbolique plus intimiste, destiné à recueillir l’expérience de chacun, au moment de franchir l’espace qui le sépare de l’océan, grand avaleur des libertés humaines.


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Messages

  • Quand j’étais à la Réunion fin des années 90, début des années 2000, Nous n’aurions pu que l’imaginer...
    Mais il faut bien croire que l’Histoire ne se tait pas, elle nous rattrape, nous appelle..on se retourne, on pense un peu et on continue...

    Ma femme est Mozambicaine. On était à La Réunion, elle était à l’université (lieu de tous les savoirs) et nous nous étonnions que ce bel ilôt n’écoutait qu’une histoire fractionnée... Si proche et si loin.
    « Pourquoi s’intéresserait-on aux Mozambicains ? (Cafre yambane) »
    Pour elle, c’était désespérant d’évidence - sa famille était originaire d’Inhambane - Elle aurait aimé partager son histoire...il n’était pas encore temps. Après avoir remué les archives, exhumé des listes d’engagés sans nom, ...titillé l’intérêt...mis en contact des personnes qui maintenant ne sont plus, finalement, la muse de l’histoire -qui, venue d’Inhambane, de Quelimane, de Nhabanda ou de Solela- a soufflé sur la Réunion.
    Je découvre par hasard, cette belle commémoration qui réunit deux peuples si proches.
    merci


Témoignages - 82e année


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