Après la résolution de l’ONU, Accra trace la route des réparations : La Réunion au cœur du débat
24 juin, parRenverser les structures héritées de l’esclavage et de la colonisation
10 mai : Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leur abolition
9 mai, par

Le 10 mai rappelle la reconnaissance de l’esclavage comme crime contre l’humanité, fruit des luttes des descendants des victimes. À La Réunion, île africaine de l’océan Indien qui fut soumise à l’esclavage pendant la majorité de son histoire officielle, cette mémoire fut portée par les combats populaires et le PCR jusqu’à la reconnaissance du 20 décembre. Aujourd’hui, l’Union africaine ouvre une nouvelle étape : celle des réparations. Face aux héritages du colonialisme et des inégalités, La Réunion doit rejoindre ce combat international pour la justice, la vérité et la dignité.
À la veille du 10 mai, journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leur abolition, une vérité s’impose avec force : la France ne peut plus commémorer sans réparer. Cette date rappelle le vote par le Parlement français de la loi reconnaissant l’esclavage comme crime contre l’humanité. Une avancée historique arrachée par les représentants des peuples qui ont subi la barbarie esclavagiste, et non offerte spontanément par l’ancienne puissance coloniale.
Vingt-cinq ans plus tard, une nouvelle étape historique s’ouvre : celle des réparations. L’Union africaine a décidé de faire de la période 2026-2035 une « Décennie de la justice pour les Africains et les personnes d’ascendance africaine par les réparations ». Pour la première fois, le continent africain parle d’une seule voix pour exiger justice. L’Afrique ne demande plus la compassion : elle revendique ses droits.
Cette revendication concerne directement La Réunion. Car ici, les conséquences de l’esclavage et du colonialisme sont toujours visibles. Elles sont dans les inégalités sociales, dans le chômage massif, dans la concentration foncière héritée des plantations, dans la dépendance économique organisée au profit d’intérêts extérieurs. Elles sont aussi dans les mémoires brisées, dans les langues méprisées, dans une histoire longtemps écrite du point de vue des maîtres.
Les réparations ne se limitent pas à des indemnisations financières. Elles signifient justice historique. Elles impliquent l’accès à la terre, l’investissement massif dans l’éducation, la recherche et la culture, la reconnaissance des crimes coloniaux, ainsi qu’un véritable rééquilibrage des relations économiques héritées de la colonisation.
Le 25 mars dernier, le président du Ghana, John Dramani Mahama, a porté devant l’ONU une résolution qualifiant la traite négrière et l’esclavage racialisé parmi les crimes les plus graves contre l’humanité. Soutenue par les pays africains et caribéens, cette initiative marquait un tournant mondial.
Et La Réunion ? Notre île ne peut rester spectatrice. Nous faisons partie intégrante de cette histoire. Nous sommes les descendants de femmes et d’hommes arrachés à l’Afrique pour enrichir un système colonial fondé sur l’exploitation humaine.
Le temps est venu pour nos élus, nos institutions et nos forces vives d’exiger que la France soutienne ce processus international de justice réparatrice. Car il ne s’agit pas de rouvrir des blessures : elles ne se sont jamais refermées.
Il s’agit enfin de construire l’avenir sur la vérité et la justice. À La Réunion, nous ne sommes pas des vestiges de l’Empire. Nous sommes un peuple debout, héritier des luttes de libération, partie vivante du monde africain. Et nous avons droit, nous aussi, à la réparation et à la dignité.
M.M.
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