Économie réunionnaise : le calme avant la tempête
6 juin, parIEDOM : « Un premier trimestre favorable avant l’impact de la crise au Moyen-Orient »
Quatre milliards de bilingues dans le monde !...
24 août 2007

Anne Dejean, professeur de français globe-trotter, enseigne actuellement en Chine. Cette expatriée épanouie a créé avec d’autres femmes dans son cas un site Internet pour faire partager, des quatre coins du monde, leurs expériences, répondre en ligne aux questions des internautes qui veulent tenter l’aventure d’une vie ailleurs et qui se demandent : mais comment c’est là-bas ? Son article sur “Les enfants bilingues”, en ligne sur son site, a retenu notre attention. Partant de son expérience de terrain dans des classes bilingues, elle nous aide à conceptualiser le résultat d’études scientifiques sur la question, tente de rassurer les parents qui s’inquiètent des capacités de leurs enfants à s’adapter à une nouvelle langue. Bilinguisme, voire plurilinguisme, sont avant tout sources de richesses et vecteurs de réussite pour eux. Reste aux adultes à en prendre conscience. Extraits.
Alors que deux tiers de la population mondiale est bilingue, l’on peut s’étonner, comme Anne Dejean, que l’acquisition de deux langues, voire plus, soit encore considérée comme exceptionnelle et suscite tant d’inquiétudes. Dans son article, l’enseignante ouvre des pistes de réflexions, décrypte et rend abordables les concepts scientifiques qui définissent le bilinguisme, s’intéresse aux conditions qui favorisent la réussite du projet d’éducation bilingue, invite surtout les parents à relativiser et à faire confiance à leurs enfants.
Pas de bilinguisme équilibré sans dispositif pédagogique
Mais d’abord, qu’est-ce que l’on entend par bilingue ? Qu’est-ce que le bilinguisme ? « Les linguistes ne sont pas tous d’accord sur les détails, on aurait pu s’en douter », souligne Anne Dejean. « La maîtrise de deux systèmes linguistiques » s’offre comme la définition qui parvient à faire l’unanimité. Mais la simplicité n’étant pas vraiment le propre de la science, on différencie encore le « bilinguisme équilibré » et « le bilinguisme dominant ». Le « bilinguisme équilibré » concerne une personne qui a des compétences équivalentes dans les deux langues, alors que le « bilinguisme dominant » suppose une compétence supérieure dans l’une des deux. Cette précision a son importance car elle permet à Anne Dejean d’introduire la clé de voûte de son propos : la pédagogie. « Une étude assez complète, menée en Suède sur des enfants issus de couples mixtes binationaux, a montré qu’il est très difficile, voire impossible, d’accéder à un bilinguisme équilibré si l’exposition à la langue 2 est limitée au seul contact avec les parents ». En plus du contact avec la famille, l’enfant doit être exposé à la langue auprès de ses petits camarades mais aussi dans un dispositif pédagogique pour prétendre à ce bilinguisme équilibré, à une maîtrise équivalente des 2 langues, sans que cela implique forcément un fort niveau de compétence. Glissant de la linguistique pure à la psycholinguistique, Anne Dejean fait état de l’existence de 3 types de bilingualité (NRLD : connaissance et utilisation de plus d’une langue par un individu) : la « bilingualité d’enfance » lorsque l’exposition bilingue a accompagné le développement initial de l’enfant (cas des couples bi-nationaux) ; la « bilingualité précoce simultanée » quand l’exposition aux 2 langues s’est produite avant l’âge de 3 ans ; enfin, la « bilingualité précoce consécutive » lorsque l’exposition à la langue 2 a eu lieu après l’acquisition de la langue maternelle, même précocement. Derrière ces termes de spécialistes, se profilent finalement des situations abordables du point de vue de la compréhension. Justement, laquelle de ces bilingualités se retrouve à La Réunion ?
Langues partenaires : « l’enfant tirera bénéfice de cette double exposition »
Certainement les trois, mais comme le souligne également Anne Dejean, c’est le dernier type, à savoir la « bilingualité précoce consécutive », qui nous concerne, ici aussi, le plus souvent, celle qui résulte d’une intervention pédagogique, lorsque l’enfant élevé au contact de sa langue maternelle est confronté au français lors de son entrée à la Maternelle. Anne Dejean va encore plus loin pour introduire 2 autres concepts qui nous permettront de mieux nous situer. Elle explique que le type de bilingualité dépend largement du statut des langues et du contexte de leur utilisation. « Certaines langues jouissent d’un statut plus valorisant que d’autres et sont vécues, consciemment ou non, comme plus prestigieuses ». Exemples : « situations historiques d’éradication de langues régionales au profit de langues nationales, migrants de pays du Tiers-monde, langues plus rentables que d’autres, plus efficaces pour le commerce... ». Sur ce point, le phénomène de diglossie, d’infériorisation de la langue maternelle, le créole réunionnais, au profit de la langue de l’enseignement, le français, se retrouve à La Réunion. La suite est intéressante. « Les études montrent de façon évidente que si les deux langues jouissent du même prestige et sont également valorisées, l’enfant tirera bénéfice de cette double exposition. Son développement intellectuel sera favorisé, et ses performances, meilleures que la moyenne. On parle alors de bilingualité additive ». A La Réunion, on se situe davantage sur l’autre versant. « A l’inverse, si la langue maternelle (langue 1) est déconsidérée et jouit d’un statut peu prestigieux, le développement cognitif de certains enfants peut être freiné, et dans les cas extrêmes, l’enfant peut accuser un retard de langage ou des difficultés d’apprentissage. Il s’agit là de la bilingualité soustractive ».
« L’importance de construire et valoriser la langue maternelle »
En clair, si l’on peut dire, « bilingualité précoce consécutive » ajoutée à « bilingualité soustractive » est égale à la situation linguistique réunionnaise. Quel remède ? Anne Dejean dresse à son tour le constat déjà émis par de nombreux linguistiques, sociolinguistes ou simplement des non experts qui défendent cette évidence : « Une compétence élevée dans la langue maternelle entraîne une compétence élevée dans la langue 2. D’où l’importance de construire et valoriser la langue maternelle ». Continuer à occulter cet aspect essentiel ne peut que desservir les intérêts propres de l’enfant. « Si une communauté rejette ses propres valeurs culturelles au profit d’une langue plus prestigieuse, poursuit l’enseignante, la compétence de l’enfant à acquérir cette langue 2 va s’en trouver affectée ». La non reconnaissance de la langue maternelle, sa dévalorisation ne peut qu’entraver la maîtrise du français, avec un effet ricochet sur l’ensemble des autres matières et donc, pour coller aux priorités académiques, sur l’acquisition du socle commun. Se faisant l’écho des conseils des spécialistes aux parents d’enfants de filières bilingues, Anne Dejean rassure : « Une formation bilingue ne perturbera ni l’enfant, ni sa scolarité. Au contraire, ses résultats peuvent s’améliorer grâce à ce dispositif (...), et c’est parfois très profitable y compris pour un enfant en difficulté dans les disciplines non linguistiques ». Alors que l’on invite, à La Réunion, les parents créolophones à parler français avec leurs enfants au prétexte de les aider dans leur scolarité, l’enseignante les incite, au contraire, à parler leur propre langue maternelle avec l’enfant, sans échelle de valeur entre les langues. Rien ne sert de se forcer si cela n’est pas naturel. De même, il est conseillé de ne pas forcer l’enfant à s’exprimer à tout prix en français car, au départ, il choisit la solution la moins difficile pour lui, la plus immédiate, le temps pour lui d’ingérer l’autre langue. « Faites confiance à vos enfants. Vous serez étonnés de ces capacités ! »
Stéphanie Longeras
(Source : “Les enfants bilingues”, article du 15 janvier 2007, www.femmeexpat.com)
Dé-troi ti mo
Questions à Axel Gauvin, Président de l’Office de la Langue Créole de La Réunion
Suite à la lettre ouverte transmise en juillet au Recteur, avez-vous obtenu un entretien ? Quand est prévu le Conseil académique de la Langue ?
- Nous n’avons ni demandé, ni obtenu d’entretien. Pour l’instant, nous n’avons aucune nouvelle.
Peut-on dire que la modification de l’intitulé des programmes nationaux signifie la disparition du créole en Primaire ?
- Pas tout à fait. Il reste la sensibilisation. La façon dont les textes étaient rédigés (Langue vivante étrangère ou Langue régionale) et appliqués à La Réunion, de la façon la plus stricte, interdisait quasiment l’enseignement de la LCR (NDLR : Langue et Culture Régionales) autrement que sous la forme de sensibilisation.
Passer de l’option à l’expérimentation ne marque-t-il pas tout de même une régression ?
- L’expérimentation est nécessaire, mais ne remplace pas l’enseignement. Dire le contraire, c’est se tromper ou tromper.
Comment parvenir à faire comprendre les enjeux de la prise en compte du créole à l’école ?
- Par un long travail d’explication, sous toutes ses formes.
SL
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Messages
27 août 2007, 19:49, par nicolas de louest
la question à laquelle monsieur gauvin ne répond pas, c’est celle de savoir si le créole lui a été utile, nécessaire, pour enseigner la biologie à ces élèves de première scientifique... et si cela lui fut nécessaire afin de faire face aux épreuves des différents diplômes qu’il a acquis au cours de son propre cursus.
L’apprentissage du créole et notamment son orthographe utilisant à outrance la phonétique et le recours abusif en K W et Z, est et demeura un obstacle à l’enseignement du français. Par contre, s’en servir oralement pour que l’élève comprenne le français, ouvrir les école pendant les vacances et mobiliser le corps enseignant pour qu’il serve aux parents afin que l’enseignement aux enfants ne soit pas en contradiction ou en opposition avec le milieur familial, voilà le vrai cheval de bataille pour lequel les intellectuels doivent se mobiliser, au lieu de vouloir développer un sous français, ce que le créole demeurera au regard de nombre d’entre nous.
n’oublions pas l’échec de l’esperanto, cette langue censée unir l’Europe (qui n’est ni plus ni moins qu’un mélange des langues européennes, tout comme le créole réunionnais qui est issu de langues liées à son Histoire...).
n’en déplaise.
5 septembre 2007, 07:08, par Laurence
Cher Mr Nicolas de L’ouest
Il est très facile d’ attaquer Mr Gauvin : Lui avez vous posez la question de l’utilisation du créole dans sa vie professionnelle ? Je pense que si cela lui avez été posé , il aurait répondu.
Vous parlez de KWZ à outrance, avez vous fait des enquêtes pour affirmer cela ? Vous êtes vous renseigné sur ce qui se fait à l’école et au niveau de la graphie. Avez vous des chiffres pour avancer ce que vous avez écrit au sujet de l’école ? Je vous propose de faire une étude sur les graphies utilisées dans les écrits : médias, littérature, école.... et de nosu communiquer les résultats au plus vite.
Lofis de la lang a organisé un féklèr le 11 mai 2007 (très médiatisé) intitulé le créole à l’école, étiez vous au débat ? Etiez vous au 2ième féklèr "créole et média" (cadre de l’UCOI) ?????
Il est très facile de "blogé" et attaquez tout ce qui se fait sur le terrain. Il me semble qu’avant d’avancer quoi que ce soit, vous devriez d’une part vous renseigner au près des personnes que vous attaquez gratuitement et vous rendre dans les différentes classes option langue créole afin de voir ce qui se fait réellement.
Je vous conseille aussi deux livres "oui au créole, oui au français" et "deux langues pour un même enseignement" aux éditions Tikouti disponible dans toutes les librairies.
Bonne lecture et à très bientôt dans nos classes.
Laurence