Économie réunionnaise : le calme avant la tempête
6 juin, parIEDOM : « Un premier trimestre favorable avant l’impact de la crise au Moyen-Orient »
Art contemporain
26 juillet 2007

C’est une exposition engagée qui vous est proposée de voir à Art Sénik, à la Ravine des Sables. Comment ne pas être engagé sur la problématique de l’Errance, dans le monde comme à La Réunion ? Conçue en working progress, l’exposition “Errance” évolue depuis deux ans, et se montrera à son apothéose dans le courant du mois de septembre 2007.
Errance ? Que ressentez-vous à la lecture de ce mot ? D’ailleurs, quelle définition se voudrait la plus juste pour contenir tout son sens ? On voit des errants tous les jours. Ceux-là ne sont pourtant pas des fantômes, mais faits de chair. Errance, c’est la condition de millions d’humains à travers la Terre, fuyant la guerre, la misère, la sécheresse. Tenez ! pour aller plus loin, le réchauffement climatique pousse certaines populations à errer. C’est aussi le terme désignant la situation de ne pas savoir d’où nous venons et où nous allons. « L’errance, c’est aussi pour celui qui n’a pas encore pris position », rappelle Pierre Myrthe, qui est à l’origine du titre de l’exposition qui se tient à Art Sénik. « Désertin zèn, si ou di pa zot, zot lé rénioné, zot i kroi zot lé amérikin. Sa osi, sé léranss po moin », poursuit l’agitateur culturel qui range également dans l’errance « la misère intellectuelle des Réunionnais ». L’errance, c’est bouger, aller ailleurs. Et vous, quelle définition pourriez-vous donner à l’errance ?
Partager l’orange de Jaffa
Les deux plasticiennes Hélène Coré et Sophy Rotbard nous proposent de dépasser les frontières. Cette ligne bleue a été tracée sans but dirais-je, si ce n’est pour garantir la séparation des peuples, alors qu’il suffit de partager l’orange de Jaffa. Un mur s’effondre en Europe, d’autres s’érigent entre peuples frères. Pour l’artiste Sophy Rotbard, le conflit entre Israël et la Palestine génère de l’errance. Cela l’interpelle à un point tel que tout son travail, et cela depuis longtemps, est axé autour de ce combat pour la Terre. Mais ses yeux d’artiste s’ouvrent aussi sur la situation entre Mayotte et les Comores, et même à travers le monde. Elle propose des œuvres originales, des sculptures à tailles d’hommes découpées à même la tôle du seul ferblantier de l’île, Alain Hyppolite. Les œuvres arborent des textes de Mahmoud Darwich, auteur palestinien, connu d’ailleurs mondialement pour son poème “Carte d’identité”.
Ben Said Issouf El Farouk, poète comorien, nous révèle les méandres de l’eldorado mahorais, terre française jalousement gardée. Justement, Sophy Rotbard donne aussi à lire des extraits de la circulaire L-621 du 21 février 2006, signée notamment par un grand poète donc, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur. Ce poème est dramatique. On aurait dû dire au préalable que l’errance, c’est aussi la clandestinité, le gros dossier de l’actuel président de la République française. Aujourd’hui, Mayotte vit au rythme des chasses aux clandestins, comme certains, du 17ème jusqu’au 19ème siècle, connaissaient les chasses aux marrons. On rejette l’errant. Les deux artistes nous invitent au contraire au courage, à un art engagé, conscientisé, ou plutôt pour conscientiser, surtout à La Réunion où le racisme est latent. Là, justement, la scénographie drastique nous fait vivre presque la condition de l’errant, nous interpellant au plus profond de nous-mêmes sur ce qu’était Bourbon à son époque la plus esclavagiste.
Hélène Coré met en scène les errants, enroulés dans leurs couvertures, ceux-là que l’on retrouve sur les routes des pays en guerre. Dans la petite galerie d’Art Sénik, cette mise en scène prend au cœur et ne peut qu’interpeller les visiteurs. L’art questionne.
Prochain vernissage en septembre 2007
Jeudi soir dernier, à Art Sénik, les visiteurs étaient invités à débattre sur l’Errance. Les participants ont pris certes du temps pour rentrer dans ce débat, sûrement interloqués par l’exposition, voulue sommaire, succincte, mais précise dans son propos. En invitée d’honneur, la célèbre galerie avait accueilli Marie-Claire Arel, Chagossienne, qui sait l’errance d’un peuple exilé, cela pour assouvir les volontés de la Reine Elisabeth II et les intérêts américains. Notre journal vous a d’ailleurs confié son témoignage émouvant. D’une manière générale, les visiteurs se sont intéressés à ce working progress qui est né voilà 2 ans. On ne pouvait que se sentir concernés. Les Réunionnais ne sont-ils pas des errants, ne connaissant pas vraiment leur propre histoire, ne sachant pas précisément où gisent leurs aïeux esclaves contraints à l’isolement sur une terre ceinte ? Que pouvons-nous dire sur l’errance réunionnaise ? Les enfants de la Creuse, ce fut l’errance forcée. Les contingents du BUMIDOM sont ces jeunes qui ont fait le choix d’errer vers l’ailleurs. Que dire alors de notre jeunesse réunionnaise soumise à la mobilité pour pouvoir prétendre à un emploi ?
“Errance” est visible à Art Sénik, à la Ravine des Sables. Le projet est presque arrivé à son terme, mais vous pourrez profiter de son évolution. Hélène Coré aménagera sur son territoire des arbres, pour un hommage à son père. L’artiste nous conviera à un voyage sur un territoire spirituel. Peut-être pas seulement le sien. L’errance est de toutes religions. Si vous avez raté inopinément le premier vernissage-rencontre de ce working progress, ne manquez pas le vernissage prévu au mois de septembre prochain.
Babou B’Jalah
Eldorado
Sous aucun espoir de voir la lumière,
ils partent
Partis dans le massif mouvement des clandestins
Ceux qui fuient la vertu pour le silence
Croyant à un retour riche
Pouvant nourrir ses bouches
Loin dans la mer aux côtés des djinns de la lune
Ils cherchent la terre prise,
la terre promise
Celle où ils n’auront aucun droit
Celle, malgré, qui est la leur
Ils y vont quand même
Forte tempête, sans gilets de sauvetage
Cette quarantaine de désespérés voient venir la mort
Vague après vague,
ils avancent
Sans le moindre choix,
droit toujours devant.
Tout près,
ils échappèrent à la surveillance marine
Et arrivèrent à l’Eldorado.
... là, ils auront tout le temps à se cacher,
Ils sont dans une zone interdite,
Leur terre française.
Ben Said Issouf El Farouk
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