Après l’appel à la célébration du 19 mars 1946

Eugène Rousse : ’Une grande date de notre Histoire’

2 décembre 2005

L’historien réunionnais, invité hier d’Antenne Réunion, a souligné l’importance des transformations entraînées dans notre île par la loi Vergès-Lépervanche. Le vieux militant communiste Félix Gauvin a témoigné des combats qu’il a fallu mener pour faire progresser La Réunion.

Le 19 mars dernier, soit 4 mois jour pour jour avant le 60ème anniversaire du vote de la loi transformant La Réunion de colonie en département, une soixantaine de personnes se sont constituées en un Comité d’Appel à la Célébration de cet événement. Dans un texte publié le jeudi 24 novembre par “Témoignages”, ces personnes appellent tous les Réunionnais à célébrer - "dans l’union la plus large" - le vote de cette loi proposée par les députés Raymond Vergès et Léon de Lépervanche.
Selon elles, "après l’abolition de l’esclavage, l’abolition du statut colonial par la loi du 19 mars 1946 est bien la deuxième plus grande date de l’histoire de La Réunion". C’est pourquoi, elles demandent que le caractère historique de cette loi soit pleinement reconnu et que ce jour soit déclaré férié.
Parmi ces personnes, on retrouve Eugène Rousse, enseignant retraité. gé de 77 ans, il a vécu cet événement dans son adolescence et il a toujours lutté - en particulier comme syndicaliste - pour que les valeurs d’égalité et de démocratie prônées par les pères de la loi du 19 mars 46 soient respectées et appliquées dans notre île. Il est également l’auteur de plusieurs livres et de nombreux articles où il contribue à enrichir la mémoire historique réunionnaise pour mieux construire notre avenir.
Hier midi, il était invité sur le plateau du journal d’Antenne Réunion pour évoquer cette période de notre Histoire. Auparavant, la chaîne a diffusé de brefs entretiens avec Marc Gérard, 76 ans, ancien secrétaire fédéral du RPR, et avec Félix Gauvin, 93 ans, co-signataire de l’appel à la célébration du 19 mars 1946. Le premier a reconnu que c’est là "une date historique", même si la loi n’est vraiment entrée en application que "bien après". Il a également rappelé que cette loi a été défendue par le CRADS (Comité républicain d’action démocratique et sociale), qui était présidé par le docteur Raymond Vergès.

"Une injure"

Pour sa part, le vieux militant communiste dionysien, l’esprit toujours aussi vif et déterminé, a rappelé qu’avant 46 à La Réunion, "c’était la misère". Et comme il y avait de "bonnes lois en France" pour permettre aux Réunionnais de sortir de cette misère, "nous avons lutté pour le statut de département", a déclaré Félix Gauvin.
Eugène Rousse a confirmé que le 20 décembre 1848 est bien "la première grande date qui a fondamentalement marqué l’Histoire de La Réunion" et que "la seconde est le 19 mars 1946". "L’abolition de l’esclavage, a-t-il ajouté, a permis la libération de 62.000 Réunionnais sur 102.000, qui furent alors traités en êtres humains et non plus comme des meubles. Après 1946, La Réunion a obtenu l’extension des lois sociales et des transferts financiers qui ont métamorphosé l’île".
Puis le journaliste d’Antenne Réunion parut s’étonner que parmi les signataires de l’appel à la célébration du 19 mars 1946, on trouve de nombreux communistes. Un comble ! Et de se lancer malheureusement dans la vieille polémique totalement dépassée et mensongère autour de la revendication de l’autonomie, accusant les membres du PCR d’avoir été "des partisans de l’indépendance".
Eugène Rousse lui a répondu naturellement que cela est faux et que cet amalgame entre l’autonomie et le "séparatisme" n’a pas lieu d’être. Il a même cité l’ancien Premier ministre RPR Pierre Messmer, qui a déclaré en 1971 aux Antilles que cette confusion est "une injure".
Espérons que la célébration de la loi du 19 mars 1946 sera l’occasion de faire avancer la connaissance de notre Histoire et d’aller à l’essentiel...

L. B.


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