Économie réunionnaise : le calme avant la tempête
6 juin, parIEDOM : « Un premier trimestre favorable avant l’impact de la crise au Moyen-Orient »
Jean Dargel - 2 -
2 décembre 2008

Dans ’Témoignages’ d’hier, Marc Kichenapanaïdou nous faisait découvrir les différents métiers exercés par Jean Dargel pendant sa jeunesse. Dans la deuxième partie de cet entretien, Jean Dargel revient plus précisément sur son métier de fossoyeur. C’est l’occasion de donner un coup de projecteur sur le rapport avec la mort dans notre île, ainsi que sur la découverte de la tombe d’Antoine Roussin.
Combien de temps avez-vous été responsable sportif ?
- Je suis en activité depuis 1958. En 1959, j’ai enseigné ce sport aux employés communaux ainsi que la boxe française... Ce n’était pas facile de travailler à la mairie, où j’ai commencé comme planton, l’homme à tout faire. Chaque matin, dès mon arrivée, je passais de l’encaustique dans les escaliers, qu’il fallait astiquer à la brosse coco ! Cela se passait dans l’ancienne mairie. Pour faire ce travail, j’étais tout seul. Il fallait tout nettoyer, les salles, le hall. Une fois ma tâche achevée, je changeais de chemise pour faire le coursier. J’étais chargé de porter les lettres dans toutes les invitations officielles et j’apportais toutes les convocations de Conseil municipal. En une journée, je devais distribuer au moins 400 à 500 enveloppes.
Comment était l’Hôtel de Ville à l’époque ?
- En prenant les escaliers, on arrivait jusqu’au grand salon. Il y avait également une grande estrade complètement à gauche sur laquelle se tenaient parfois des spectacles. Les réceptions officielles étaient organisées dans une grande salle avec de grandes tables et des lustres magnifiques. On pouvait compter au moins une quinzaine de fauteuils dont la plupart ont été malheureusement mis à la casse. Le bureau du maire et le secrétariat, séparés par un couloir, n’étaient pas loin de l’estrade. Même le responsable de la comptabilité se trouvait quant à lui à côté du bureau des archives municipales. Il ne faut pas oublier la petite salle pour la célébration des mariages. Et au rez-de-chaussée, la perception était sur la gauche. En entrant, au fond, c’était le bureau de la topographie. Il y avait aussi la cantine municipale.
Combien d’années êtes-vous resté planton à la mairie ?
- Quatorze ans, de 1958 à 1972. En 1973, j’ai pris la route pour le Cimetière de l’Est. Je commençais à en avoir marre. S’habiller en blanc lorsqu’il y avait des réceptions... Ce qui était le plus agaçant, c’est que j’étais prévenu toujours à la dernière minute et je n’avais pas le temps de le faire savoir à ma famille. Quelquefois, il fallait servir à l’extérieur lors des inaugurations... Bref, un 31 décembre, alors que j’étais de service, j’en ai profité pour demander mon déplacement. C’est alors qu’on m’a parlé de cimetière... A l’époque, c’étaient des prisonniers qui étaient chargés de s’occuper de ça. J’étais sportif et je ne fumais pas, j’ai complètement pris en main le service avec une vingtaine de personnes.
Vous n’y connaissiez rien au début ?
- A vrai dire, non. Lorsque je suis arrivé, il a fallu que j’apprenne tout sur le terrain. J’ai d’abord pris connaissance des dossiers, plans et quelques registres restants après l’incendie de 1971. Il fallait tout reclasser, réorganiser, refaire les registres. Le travail ne manquait pas, c’est pourquoi j’ai demandé à la mairie de recruter des chômeurs. Malheureusement, la plupart des chômeurs recrutés dans les années 50 étaient des rescapés de la boisson... Pour reconstituer les registres, on avait beaucoup de mal à trouver des informations. Les gens venaient nous voir parce qu’ils ne savaient pas où étaient enterrés certains membres de leur famille. On devait donc consulter les registres et ça prenait beaucoup de temps. J’ai donc eu l’idée d’établir une fiche pour chaque défunt. Et actuellement, on a environ 35.000 fiches, et encore, on n’en est pas à la moitié. Et les fiches sont à classer par ordre alphabétique !... On essaie de regrouper tous les membres d’une même famille et c’est réellement difficile. Dans une seule tombe, il peut y avoir des Hoareau ou des Payet sans que l’on sache si ces personnes sont parentes entre elles. Ce sera vraiment difficile d’informatiser toutes ces fiches, mais c’est en projet.
Le cimetière date de quelle année ?
- De 1812 environ.
Pourquoi ont-ils fermé le cimetière du Cap Bernard ?
- Pour construire le R.S.M.A. Les restes d’ossements ont été conservés dans un ossuaire, un petit caveau qui a été construit afin de pouvoir y déposer tous les restes des ossements, avec toutes les inscriptions qu’on a pu récupérer. De 1700 jusqu’au début de ce siècle, ce cimetière avait été en activité. Il a fermé lorsque le cimetière de l’Est a été construit.
A quelle année remontent vos fiches ?
- Certaines datent de 1885. Tout dépend des registres d’informations. Certaines fiches ont pu être retrouvées parce qu’elles étaient enregistrées dans le registre d’inhumations, mais si elles avaient été enregistrées dans le livre des concessions, on les aurait perdues.
Je crois que la tombe d’Antoine Roussin est toujours là !
- Oui. Mais quelqu’un a changé la plaque qui était sur sa tombe. Ce n’était pas une tombe abandonnée, mais son nom n’était pas écrit correctement, Rousset au lieu de Roussin, c’est sans doute pour ça qu’on a changé sa plaque. On raconte même que le corps d’Antoine Roussin se trouve dans le caveau de la famille Rousset, d’où la confusion. Il est mort le 18 août 1894. C’était donc le centenaire de sa mort l’année dernière et je me souviens qu’à cette occasion, Madame Gillot de l’Etang est venue se recueillir sur la tombe. Sa famille était propriétaire du terrain sur lequel se trouve l’actuel aéroport de Gillot. Cette femme était une demoiselle Roland Garros-Ozoux. D’où le nom donné au camp Ozoux.
Nous avons précisément en main un manuscrit sur le tombeau de Gillot de l’Etang au Cimetière de l’Est de Saint-Denis où repose son descendant William Ozoux né en 1815 et décédé en 1890.
- Lorsqu’on y pénètre, on a l’impression qu’il y a quatre sections. La première donne une impression de richesse avec des caveaux, des tombes richement décorées. La deuxième semble beaucoup plus populaire car les tombes sont à l’abandon. La troisième est réservée aux tombes chinoises. Enfin la quatrième à l’extérieur, c’est celle des condamnés... La zone dite réservée aux riches est celle des caveaux et il y a des zones spéciales pour les fosses communes. Mais il n’y avait pas de partialité. Si on voulait acheter un caveau, riche ou pauvre, on était de toute façon inhumé. Rien n’était imposé, du moment que toutes les dimensions de la concession étaient respectées, on pouvait être inhumé comme on l’entendait.
Lorsqu’une personne vient d’être enterrée, a-t-on le droit de mettre un autre défunt dans la même tombe ou faut-il respecter un délai d’attente ? Doit-on toujours passer par vous pour inhumer un corps ?
- Il faut faire quelques démarches administratives auprès des mairies, obtenir un certificat de décès du médecin. L’état-civil de la mairie demande à la famille quel cimetière elle souhaite. Ensuite, un des membres de la famille vient me voir avec des papiers et, à ce moment-là, je consulte les registres pour savoir si cette famille a déjà une concession. Il s’agit surtout de respecter le choix des familles. Si la tombe a moins de cinq ans, on ne peut pour des raisons d’hygiène y enterrer une autre personne. Si les inhumations doivent se faire dans d’autres cimetières, les familles devront faire leurs démarches administratives auprès des autres mairies. Les caveaux sont justement construits pour éviter ce genre de problèmes et les cercueils qui s’y trouvent sont d’ailleurs fermés hermétiquement. Chaque corps doit d’ailleurs être enterré à 1,50 m, voire 2 mètres du sol.
On parle dans le journal d’une histoire insolite à Cilaos : une jeune femme enterrée il y a quatorze ans et retrouvée intacte. Est-ce que ce phénomène s’est déjà produit au Cimetière de l’Est ?
- Non, je n’en ai jamais vu. Mais on peut dire que si un embaumement a été fait, le corps a plus de chance d’être conservé. Pour des raisons d’hygiène lorsque on exhume un corps, les restes doivent être mis très soigneusement dans un sac et cela en absence de la famille afin de ne pas heurter naturellement les sensibilités. Car les comportements à l’égard de la mort sont très différents : certaines personnes ont peur d’entrer dans le cimetière, d’autres s’essuient ou se lavent les pieds pour enlever tout le sable qui s’est collé, avant d’en sortir.
J’ai un projet à soumettre au maire sur le Cimetière de l’Est. Il s’agirait de lui proposer d’en faire un site historique, comme l’est le cimetière de Saint-Paul.
- C’est une idée qui m’intéresse moi aussi, je voudrais bien la voir concrétisée avant mon départ à la retraite ! On a commencé à travailler sur les plans et à déterminer les différentes zones du cimetière, revoir la numérotation des tombes, départager la zone des caveaux, celle des mausolées chinois et celle des tombes communes. Pour retrouver une tombe, si on ne connaît plus son emplacement, nos principaux points de repère sont les arbres et les années. Des arbres sont plantés selon telle ou telle zone A, B, C. Telle ou telle année, il y a eu des filaos sur la droite pour la zone Ouest, Nord... Les murs sont également numérotés de 1 à 53. On donne aux visiteurs la petite fiche qui est réservée aux tombes. Par exemple, untel, mur 20 situé à dix mètres du mur Nord. Sinon, la recherche se fait selon les arbres comme je viens de le préciser.
Les visiteurs pourront alors se recueillir devant les tombes de personnages qui ont œuvré pour La Réunion tels que Antoine Roussin, les différentes personnalités politiques, maires de Saint-Denis, sénateurs, d’illustres médecins... Est-ce qu’à votre avis, on pourrait reconnaître ce cimetière comme un site touristique ?
- Pourquoi pas ? Je voulais déjà réaliser ce projet avec le cimetière de Prima mais pour des raisons financières, il n’a jamais pu être complètement rénové.
(Fin)
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Messages
3 mars 2010, 10:17, par flmartie
Bonjour,
Vous parlez d’un ancien cimetière à l’emplacement du Rsma mais j’ai récemment entendu parlé qu’il y avait aussi un cimetière nommé "cimetière de l’ouest" dans le Bas de la rivière notamment sur l’actuelle cité Pelte - cimetière qui a apparamment existé jusqu’aux années 1960 ? Que savez-vous à ce sujet ? En avez-vous connaissance ? Notamment de son lieu précis ? Ses dates de fonctionnement ? Qui y était enterré ?
Merci de vos réponses.
Cordialement.