Docksession Maloya demain au Kabardock

Faire vivre la culture réunionnaise

7 juin 2007

Titang, Sonia Finold, Mouramour et Famy Mélody sont à l’affiche demain au Kabardock. Une docksession sous le signe du maloya au programme de la salle de spectacle du Port. Un moment d’échange entre musiciens pour évoquer le quotidien de ces acteurs de la culture réunionnaise.

Titang fera vibrer le public au son de son maloya électrique. (photo M.M.)

Un tremplin dans une ambiance conviviale : tel est le programme de la docksession maloya de demain au Kabardock. À partir de 21 heures, le public pourra écouter Titang, Sonia Finold, Mouramour et Famy Melody. Ces quatre groupes déclineront le maloya sous différentes formes : traditionnel, électrique ou en fusion avec le sega.
Pour Titang, le rendez-vous de demain est la première occasion de jouer sur une scène de cette importance. Depuis huit ans, ces musiciens issus du quartier de Terre-Sainte à Saint-Pierre donnent vie à un maloya électrique.
Première aussi pour Mouramour, groupe rassemblant des jeunes du Port. Dans leurs chansons, la promotion du maloya traditionnel, par respect pour les ancêtres explique Willy Fessin. « C’est un gros coup à prendre, un jour nous voulons réaliser un CD, sauter la mer pour exporter notre musique ». « Pas question que le maloya devienne folklorique », souligne-t-il.

Reflet de la réalité

Pour Fanny Melody, le Kabardock est la première grande scène de leur existence. Depuis trois ans, ce groupe compose en mélant séga, maloya et salsa. Pour eux, jouer au Port revêt une dimension symbolique : « Le Port, c’est le début de beaucoup de choses, c’est là qu’a ét enregistré le premier disque de Firmin Viry en concert, c’est là aussi qu’a été lancé Ziskakan en 1977. C’était l’époque de la résistance contre une force colonialiste ». Pour Famy Melody, dans la société réunionnaise, « les difficultés perdurent et le fossé se creuse entre riches et pauvres ». Ses compositions se veulent comme un reflet de la réalité réunionnaise.
Pour sa part, Sonia Finold pense que la soirée de demain est une étape importante qui pourra faire la promotion d’une carrière déjà bien remplie. Née à Sainte-Marie, elle fait de la musique depuis toute petite. Elle a joué dans les bals, elle a connu les scènes de Métropole, a sorti un 45 tours et une cassette. Quelles que soient les difficultés, elle fait vivre son maloya-fusion.
Tremplin pour les artistes, les docksessions sont également l’occasion pour les musiciens d’échanger. Des échanges riches qui dépassent le strict cadre musical. C’est tout d’abord l’occasion de s’entraider pour améliorer sa technique, et aussi pour jouer plus souvent.

Un contexte difficile

C’est surtout l’occasion de débattre des nombreux problèmes qui touchent les forces vives de la culture réunionnaise. « Le maloya est comme un bourgeon difficile à lever, il faut des heures et des heures de travail et de transpiration » pour avancer, souligne Willy Fessin. Un avis partagé par tous, tout comme est aussi partagé ce constat : ce travail n’est pas reconnu à sa juste valeur. Parmi les témoignages de ces artistes, il ressort que la faiblesse des cachets est perçue comme peu gratifiante. D’aucuns font d’ailleurs remarquer que lorsqu’un célèbre artiste venu d’Europe vient jouer, des Réunionnais sont prêts à payer cinquante euros pour assister au spectacle. Quand un groupe de maloya fait payer un droit d’entrée de 5 ou 10 euros, les mêmes trouvent le tarif trop élevé.
Autre constat : l’évolution trop "politisée" de la musique, estiment-ils. "Politisée" dans le sens où pour jouer maintenant, il faut trouver une salle, payer la location, faire des déclarations aux services fiscaux. Ces démarches sont perçues par ces groupes qui lèvent comme des handicaps à leur production. Une autre interrogation vient de l’évolution des critères qui déterminent au niveau régional les subventions aux artistes. Enfin, ils déplorent les tarifs pratiqués pour réaliser un CD de qualité, condition nécessaire pour recevoir un bon accueil de la part d’un public habitué aux standards de production de la musique venue d’Occident. La somme de plusieurs milliers d’euros est souvent rédhibitoire pour des artistes qui n’ont souvent comme seules ressources le talent, la volonté de travailler et l’envie de faire vivre la culture réunionnaise.
Malgré tout cela, les groupes continuent de jouer et affirment leur volonté de progresser pour valoriser le maloya. « La musique cela fait partie de la culture réunionnaise, rien ne pourra nous empêcher de jouer », tel est leur mot d’ordre.

Manuel Marchal


Signaler un contenu

Un message, un commentaire ?


Témoignages - 82e année


+ Lus