Festival international du Film d’Afrique et des îles

Fête caribéenne et feux d’artifice africains

8 octobre 2007

Samedi et dimanche ont été deux journées marquées par une forte présence des Caraïbes, avec la projection de plusieurs films d’Euzhan Palcy et “Made in Jamaïca” de Jérôme Lapéroussaz, deux réalisateurs, deux voix d’envergure internationale pour porter haut les musiques, la culture afro-caribéennes. Chaque jour permet d’ouvrir portes et fenêtres à des vents nouveaux. Aujourd’hui : le Mali, l’Amérique latine, l’Afrique australe...

Euzhan Palcy est venue à la rencontre de l’équipe des techniciens et acteurs qui ont tourné sous sa direction “Les mariées de l’isle Bourbon”.
(photo PD)

Ce premier week-end du Festival - qui finira dimanche 14 - a fait fête à Euzhan Palcy, réalisatrice d’origine martiniquaise qui s’est ouverte au cinéma quand elle a compris, grâce à Aimé Césaire, l’importance du rôle de la culture et de l’image dans la construction identitaire des peuples. Elle a laissé momentanément la préparation de “Midnight last ride”, un film sur l’illettrisme, pour faire un rapide aller et retour à La Réunion, à la rencontre de l’équipe des techniciens et acteurs, professionnels ou non, qui ont tourné sous sa direction “Les mariées de l’isle Bourbon”. La “photo de famille” fut tirée tard dans la nuit sur les marches du “Casino”, après la projection sur grand écran des deux parties du film, tandis que Télé Réunion programmait, ce même soir, le 2ème épisode à la télévision. Au cinéma Casino toujours, mais plus tôt dans l’après-midi, ceux qui voulaient faire plus ample connaissance avec l’œuvre d’Euzhan Palcy pouvaient découvrir (ou revoir) “Siméon”, un conte créole fantastique, avec la présence de musiciens du groupe Kassav.
La même soirée, il fallait être doué d’ubiquité pour ne pas manquer la projection de “Made in Jamaïca”, en plein air, sur la place du Marché ; c’était la deuxième fois en trois jours et la dernière chance de découvrir ce film époustouflant : véritable « coup de poing », selon Ahmed Zir, réalisateur algérien dont on peut voir le film “Cessez-le feu” aujourd’hui à 17h30 au Hangar. Il rejoignait ainsi le commentaire de Pierre-Louis Rivière, écrivain et comédien réunionnais, pour qui ce film est « un film politique détonnant, bien au-delà de la seule histoire musicale de ce pays ».

Ouvrir les yeux sur le monde

Le Festival poursuit ainsi sa route sur la voie qu’il s’est tracée : ouvrir les yeux sur le monde, à partir de la fenêtre “Afrique” et de ses diasporas, sans censure politique et sans barrières non plus.
Si Euzhan Palcy cherche à poser en chacun de ses films un acte politique réfléchi, elle est en bonne compagnie dans la programmation, comme le public a pu le vérifier dimanche, avec le film de la réalisatrice franco-égyptienne Jihan El Tahiri sur “Cuba, une Odyssée africaine”. Un témoignage très éclairant pour qui veut comprendre pourquoi les gouvernements nord-américains depuis Reagan s’acharnent contre Cuba. Sans grand résultat jusqu’à présent : on comprend pourquoi devant ce dense condensé des luttes de libération africaines de ces 40 dernières années. La réalisatrice, Jihan el Tahir, explique qu’elle a été bercée dans l’enfance par les rumeurs de la Guerre froide et la vision faussée qu’elle a transmise sur les guerres d’Indépendance et de libération africaine. En ces jours anniversaires de la mort du “Che” (Ernesto Guevara), il faut aller revoir les images de sa présence au Congo entre 60 et 65 : un fiasco sur le plan militaire, mais d’un point de vue historique, l’étincelle qui, de l’Angola à la Namibie, a fini par mettre à bas l’Apartheid en Afrique du Sud. Le film repasse ce soir au Hangar à 19h, en présence de la réalisatrice.
La matinée de dimanche était celle des films associatifs et étudiants. Après “Bal la Poussière” - qui ouvrait déjà le Festival vendredi soir -, Rasine Kaf et Sophie Rotbar ont présenté une nouvelle version des “Mémwar d’Eli”, un documentaire présenté le 5 novembre 2006 pour la commémoration de la révolte de 1811 à Saint-Leu. « C’est l’itinéraire de militants associatifs qui, à partir d’empreintes physiques, s’interrogent sur le sens de l’Histoire : qu’est-ce qu’elle nous dit encore aujourd’hui », résume Ghislaine Mithra, Secrétaire de Rasine Kaf. Ce fut aussi l’occasion d’une brève et vivifiante rencontre avec le musicien Axel Sautron, qui présente ces jours-ci le premier disque de maloya de résistance du groupe 7po - sur lequel “Témoignages” reviendra prochainement.

Punch et boudins antillais...

Aussi, une fête antillaise donnée dans le périmètre du Festival a réuni tout le monde autour de l’association “Soleil Caraïbes”, prolongation de ce qui fut dans les années 60-70 l’“Amicale des Antillais-Guyanais de La Réunion”. Punch et boudins antillais...
Avec Euzhan Palcy - expliquant les difficultés de reconstituer un « décor du 17ème siècle » et les libertés qu’elle avait dû prendre avec la géographie de l’île -, c’était l’occasion de rencontrer le Guadeloupéen Tony Coco-Viloin, que tout le monde aux Antilles surnomme “mister clap” parce qu’il est à l’origine d’une école de formation itinérante et pour tout public - E.P.I.Ce” (Ecole préparatoire aux initiatives cinématographiques), et qui vient avec l’idée de proposer à l’ILOI des formes de coopération durables.
Enfin, comment ne pas finir sur les doléances que le monde de la culture adresse ces jours-ci à ceux qui n’ont pas vu que la fermeture de la route littorale allait “tuer le Festival” ? C’est du moins la crainte de ses organisateurs, qui rappellent qu’un festival, même jeune, a aussi une dimension économique pour l’avenir.

P. David


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