La concentration de richesses révèle l’ampleur des inégalités dans les anciennes colonies intégrées à la République française comme La Réunion
5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
François Coupou meurt matraqué
30 mai 2006

Le 29 mai 1958, les forces de l’ordre s’acharnaient sur un homme qui menait une vie paisible auprès de sa femme et ses enfants. François Coupou, puisque que c’est de lui qu’il s’agit, sortait d’une réunion antifasciste. Elle se déroulait à la cour Lucas à Saint-Denis.
Hier en fin de journée des membres de sa famille et une poignée d’amis honoraient sa mémoire, non loin de la scène du crime.
Que se passe-t-il dans le jardin situé à l’angle des rues Général De Gaulle et Jacob à Saint-Denis hier soir ? Trois personnes disposent dans une feuille des offrandes. Une odeur d’encens s’élève non loin d’un arbrisseau fraîchement planté, un takamaka. Soudain, le bruit d’un tambour résonne. Il appelle François Coupou.
Le 29 mai 1958, il est âgé de 63 ans et assiste à une réunion publique antifasciste organisée par le Parti Communiste à la cour Lucas. Pour disperser la foule venue en masse entendre notamment le discours Paul Vergès, les forces de l’ordre sont venues "casser du communiste".
François Coupou "avait toujours assisté dans cette cour -la cour Lucas- à des réunions calmes (...) il avait été en toute confiance à la boutique du coin de la rue. Et c’est ce vieillard de 63 ans, dont tous ceux qui l’ont connu connaissent à la fois le caractère sérieux et calme (...) qui rentrait chez lui tranquillement chez lui, qui a été frappé à coups de crosse, avec une violence telle qu’il a eu une fracture au crâne, et qu’il a perdu à jamais connaissance sans jamais reprendre conscience (...) Quand on a entendu les témoins qui ont vu frapper François Coupou et s’acharner sur lui alors qu’il est inanimé, quand on sait que le certificat médical confirme la fracture du crâne comme cause de la mort, quand on a vu François Coupou sur son lit de mort, entouré de sa femme, de sa famille, de ses camarades, on apprécie l’impudeur et le cynisme du communiqué de la radio annonçant qu’il était mort “d’une crise cardiaque". (Extrait Témoignages du mardi 3 juin 1958).
Le jardin doit porter le nom de cet homme juste
Son petit-fils et son arrière petit-fils, Alain et Naren Mayandi et des amis ne l’ont pas oublié. Alain Mayandi, âgé de 4 ans à la mort de son grand-père, a fait la lecture d’un poème d’Ernest Moutoussamy, sous un manguier dont une lumière illumine le pied.
"Avec une lampe allumée, les tombes parlent (...) j’habite les églises, les mosquées, les chapelles (...) j’écris pour mes racines (...) l’ignorance s’enfuit dans les abîmes."
Cet hommage ne s’arrête pas à François. Il s’étend à Laude, Carpaye, Savigny et aux victimes de l’injuste ordonnance Debré. Le Cercle François Coupou a décidé à la fin de cette cérémonie de mettre tout en œuvre pour que ce jardin porte - un jour - le nom de François Coupou. Dans 2 ans, on fêtera les 50 ans de cette tragédie.
Jean-Fabrice Nativel
Cercle François Coupou
Contact : Alain Mayandy 0692.52.56.40.
Photo : Dans les veines de François Coupou coulait du sang indien. Une poignée d’amis présents pour cet hommage à un homme juste et sans histoire.
.Claude Swamy-Pillay, Président de la Ligue des Droits de l’Homme à La Réunion
Un regret "l’absence de ces compagnons de combat"
Parmi les personnes présentes, Claude Swamy-Pillay saluait l’initiative car "c’est un moment fort que de se rassembler autour d’une histoire". Il a profité pour parler de deux périodes de l’Histoire de La Réunion : l’esclavagisme et l’engagisme. Un temps où des hommes, des femmes et des enfants ont construit cette île "à la sueur de leur front".
.Marcel Moutoucomorapoullé
"À cette époque, il fallait casser du communiste"
Il a pris connaissance de cette bavure le lendemain dans les colonnes de Témoignages. Selon lui "quand les militaires ont chargé, l’ancien ouvrier, n’a pu s’enfuir". Et surtout "à cette époque, c’était connu, pour les forces de l’ordre, il fallait casser du communiste".
.Selman Chanemougame, Président de Tamij Sangam
Ce jardin doit porter le nom de François Coupou
Selon lui, "l’histoire de La Réunion est encore méconnue du grand public. Elle a même tendance (selon lui) à tomber dans l’oubli total". Pour remédier à cela, il propose d’attribuer à ce jardin le nom de François Coupou, en mémoire de cet homme et des luttes des Réunionnais.
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