Culture et identité

Fonnkèr indigène en pays Kabary

18 octobre 2007

Ce soir, venez découvrir un spectacle fonnkèr, autour du Kabary malgache. Du moins comme l’entendent Jako Maron et Babou B’Jalah. Venez voir si tradition et modernité peuvent se rencontrer, au théâtre du Grand Marché, pour un Kabaret Sat Maron où il fait bon causer.

C’est lors d’une rencontre-séminaire autour de l’exposition "Elabakana, glissement perpétuel" que l’artiste Babou B’Jalah fit la découverte du Kabary malgache. Vite, il voudra élucider le lien entre Kabary et serviss kabaré. Mais le lien deviendra plus évident entre Kabary et Kabar-Fonnkèr, même si ce dernier n’est aucunement dédié aux discours traditionnels. Pour autant, la place accordée à la parole malgache intriguera le fonnkézèr. Ainsi, depuis deux ans maintenant, Babou B’Jalah fait des aller retour entre La Réunion et La Grande île, pour interroger des mpikabary (orateur), pour assister à ces kabary, évaluer les sites dédiés au kabary, filmer. Ce fut aussi un prétexte pour étoffer sa lecture de l’histoire réunionnaise. Ainsi, devrait-on se demander quelle fut la place du Kabary chez les esclaves, chez les marrons ? Et si cette forme d’expression existait réellement sur le sol réunionnais, jusqu’à quand ? Le fait est que cette recherche artistique ne pourra “malheureusement” pas s’appuyer sur des preuves écrites. Notre histoire marronne peine à trouver son oralité. Un mal, un bien. Cela permet à l’artiste de réinventer le ron du kabar-fonnkèr. Est-ce pour autant de la malgachisation de notre fonnkèr péi ? Peut-être. Du moins, l’artiste puise dans ses racines, pour renouer avec sa langue maternelle.

Ne pas faire d’amalgame

On l’oublie vite. Mais Babou B’Jalah n’est pas que fonnkézèr. Bien sûr, il est aussi journaliste à “Témoignages”, ce qui lui permet de publier quelques créations. Mais surtout, on désespère d’attendre une nouvelle parution, surtout que ce dernier n’a proposé aucune publication personnelle depuis 2003, lorsque naissait "Le Jalah" aux éditions K’A. Il paraît que la poésie ne paie pas, et notamment la sienne, classée invendable, par l’éditeur André Robert lui-même. Enfin, des bonnes nouvelles ! De cette recherche menée autour du kabary devrait naître un carnet de voyage poétique. Quand ? Bbj se refuse répondre pour autant. Mais il envisage de réaliser une exposition, en son lieu favori, Art Sénik. L’auteur ne quitte pas pour autant la scène. Avec Jakomaron, Bbj continuera à déclamer ses textes, nés de cette rencontre avec le Kabary. “Fonnkèr en pays Kabary” a déjà fait l’objet d’une lecture scénique au théâtre du Grand Marché. Ce sera la deuxième fois que les deux artistes se retrouvent autour de ce projet. On se rappelle de leur opus "Zamalgam" lors de l’existence de Force Indigène, qui dit-on avait marqué les esprits. Depuis, on n’entend même plus parler d’eux. « C’est faux », répond Bbj. C’est peut-être pour nous le prouver qu’il dévoile l’avancée de ses recherches, lors d’un Kabaret Sat Maron, au Théâtre du Grand Marché. Il paraît que, sur un air de Kabary, Force Indigène reprendra vie. Il manquerait Francky Lauret pour que ce soit vrai. Qui vous dit qu’il ne sera pas là, pour défaire les mauvaises langues ? Alors, venez, ce soir à partir de 20 heures, vous faire votre idée d’un kabarpoèm avec ordinateur, et projection.

Patrick Julie

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Le kabary, kosasa ?

Les kabary, discours traditionnels, tiennent une place particulière dans la vie des malgaches. Il n’y a pas un événement important (mariage, funérailles, retournement des morts, réunions politiques...) qui ne soit précédé d’un ou de plusieurs kabary, véritables joutes oratoires entre différents intervenants. Les plus importants sont ceux prononcés par les monarques et ceux des demandes en mariage qui peuvent durer des heures. Les kabary sont nés avant l’arrivée de l’écriture à Madagascar, d’où l’importance du lovantsofina (tradition orale) dans sa transmission.
Il est utilisé pour expliquer, pour persuader et pour condenser des idées. Pour permettre leur mémorisation, le mpikabary (orateur) fait appel à des expressions ou citations qui ne se confondent pas avec le langage commun mais restent toutefois assez accessibles. La qualité d’un discours se juge par la pertinence et la quantité des expressions choisies par l’orateur et c’est généralement au cours du rituel de purification, le fialan-tsiny, qu’il doit faire preuve de son habileté. Il doit se montrer à la fois enjoué, ironique et plein d’humour afin d’emporter l’adhésion de son auditoire.
Ces expressions verbales sont généralement les proverbes, les adages, les dictons. Le Malgache ne faisant pas la distinction, toutes ces expressions entrent dans la catégorie des ohabolana ou proverbes. Quelques orateurs expérimentés font parfois appel aux hain-teny (science de la parole, art du dialogue poétique) dans les kabary de demande en mariage. Art de l’éloquence par excellence, sa pratique était jusqu’ici réservée aux hommes. Aujourd’hui, de plus en plus de femmes et de jeunes se passionnent pour le kabary....

Tirés de l’ouvrage " Madagascar fenêtres "


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