Du côté des Bambous

Fragilité de “L’Instant Parfait”

5 novembre 2008

Nouvelle création de la Compagnie Danses en l’R, “L’Instant Parfait” est une pièce co-produite par Le Séchoir et le Théâtre Les Bambous. Après avoir joué à Saint-Leu, la compagnie sera à Saint-Benoît le vendredi 7 novembre à 20h30.

“L’Instant Parfait”. Pour cette pièce, Eric Languet veut « revenir au corps et au mouvement, en oubliant l’anecdotique de la parole ; ce corps pensé par Lévinas, comme ce qui dépasse la maîtrise et la possession par la conscience et comme ce qui donne à voir la vulnérabilité et la fragilité de l’être humain. C’est une contemplation, une méditation sur la fragilité et la force, qui n’est qu’un élément comparatif de cette fragilité, à laquelle je convie mes interprètes, et plus tard le public. Je me suis entouré d’une distribution dont chaque interprète porte en lui ou elle, de par sa biographie, son physique, une trace plus ou moins visible de cette fragilité ».

Compagnie réunionnaise

La compagnie Danses en l’R a été créée en 1998 par Eric Languet. Après un parcours d’interprète et de chorégraphe, qui l’a mené du Ballet d’Avignon, au Royal Ballet de Nouvelle-Zélande, au DV8 Physical Theater de Lloyd Newson et au Meryl Tankard Australian Dance Theatre, il a eu besoin de se retrouver là où il avait grandi, l’île de La Réunion. Cette île est devenue le point d’ancrage de la compagnie.

Poétique du réel

Au sein de Danses en l’R, il s’éloigne des formes classiques dont il est issu pour se recentrer sur une poétique du réel, sortant parfois des lieux de représentation consacrés. Il cherche à « décaler les choses pour les rendre visibles » en se polarisant sur les individus et leurs difficultés à se déterminer au quotidien.
Au fil des créations, la compagnie Danses en l’R évolue hors du champ strict de la danse afin de redonner au geste un sens, perceptible par le spectateur sans référence chorégraphique préalable.
En effet, Eric Languet propose des pièces à une population “non-initiée”, enjeu particulièrement important à l’île de La Réunion où la danse contemporaine est encore une forme d’art considéré comme élitiste.
C’est ainsi que la création 2003 Faux-ciels (www.faux-ciels.com) - danse contemporaine en cabine individuelle - a permis à un certain nombre de passants qui ne seraient jamais entrés dans un théâtre de voir quelques minutes d’un solo en tête-à-tête avec une danseuse.

Simple, charnelle et sans concession

La compagnie a délibérément opté pour une danse simple, charnelle et sans concessions, dont les codes d’accès peuvent se retrouver dans le quotidien de chacun, Eric Languet engage, avec ses interprètes, une réflexion sur la norme et l’anormalité.
Il met en place, dès 2004 et pour une période de 3 ans, le programme Espace Libre et Change comprenant des actions de sensibilisation, ateliers et formation autour de la danse, intégrant des personnes porteuses de handicaps et non handicapées. Sources d’inspiration à la fois pour les interprètes de Danses en l’R et pour le public participant, ces actions culturelles confirment également l’intégration de la compagnie dans le tissu social réunionnais.


Dix ans de danse

Avec un R majuscule

À ce jour, la compagnie a produit neuf pièces : “Traces d’amour ” (1999), “Le champ des limites” (2000), “Interludes” (2001), ”L’arène” (2002), “Faux-ciels” (2003), “Quelques signes du présent” (2004) et “Chemins faisant” (2004), “Carnets de bord” (2005), “On était tous là pour s’aider” (2006).
Après une résidence au Centre Culturel Village Titan de 2004 à 2005, la compagnie est en résidence depuis janvier 2006 au Kabardock, et ce, pour trois années, lieu dédié aux musiques actuelles. Cet équipement unique dans l’île est voué à la création et à la diffusion musicale réunionnaise et de l’océan Indien. Le Kabardock souhaite ouvrir sa structure à la danse contemporaine. Sous une convention triennale de résidence d’implantation, Danses en l’R dispose à la fois d’un studio de répétition, d’un entrepôt pour le matériel et d’un espace administratif. Ce partenariat ouvrira les portes de la structure sur une nouvelle discipline et permettra, sous forme de projets communs, des collaborations artistiques.

Site Internet : www.danses-en-l-r.com

L’implantation de la compagnie à La Réunion est un enjeu important car les propositions en danse contemporaine locales sont restreintes.
Ce constat est d’autant plus étonnant que le rapport de l’Observatoire du Développement de La Réunion révèle que 15% des Réunionnais souhaiteraient se rendre à un spectacle de danse (contre 18% pour les concerts). Une attente non comblée existe dans ce domaine.
Outre son implication à La Réunion, Danses en l’R développe une politique de diffusion soutenue en 2006 et 2008. L’équipe s’est complétée d’une attachée de diffusion afin de créer une proximité avec ses partenaires. Danses en l’R emploie une quinzaine d’intermittents par mois et un personnel à temps complet pour l’administration. La compagnie, reconnue par toutes les collectivités locales, est subventionnée par le Ministère de l’Outre-mer, la DRAC Réunion, la Région Réunion, le Conseil général de La Réunion, la Ville de Saint- Denis et la Ville du Port qui l’accueille en résidence.


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