Gran mèr kal : quelle histoire ! - 1 -

19 décembre 2006

Vous qui me lisez, avez-vous déjà eu peur de Gran mèr kal ?
Rassurez-vous, je n’ai ni fouet, ni bâton. L’objet de ma réflexion est pourtant de ramener “la peur” au centre du discours sur cette figure mythique de l’imaginaire réunionnais. Une “peur” qu’il faut pouvoir regarder en face si l’on veut comprendre le sens caché d’une légende, qui a sans doute perdu de sa signification.

Le jeu

Le jeu est un domaine où les significations se perdent facilement. Pourtant le ludique nous engage plus sérieusement que nous le croyons. Ainsi derrière le jeu de ballon, il y a la dispute du globe solaire entre deux phratries adverses. (La phratrie désigne une division de la tribu chez les Athéniens). Autre exemple : le cerf-volant qui prolonge celui qui tient le fil, lui permet d’échapper aux limites assignées à son corps. Derrière le cerf-volant il y a l’âme de son propriétaire, magiquement reliée à lui. Lorsque ces significations sont perdues, le “jeu” tourne à vide, coupé de son “enjeu”. La dimension symbolique oubliée, le signe s’étiole alors dans un simulacre sans profondeur.

C’est ce qui est sans doute arrivé à Gran mèr kal dont il nous est resté la fameuse comptine : Gran mèr kal kèl èr i lé ? Le compte à rebours commence à la nuit tombée. 6 heures, 7 heures, 8 heures, 9 heures... Le but du “jeu” est d’entretenir le suspens en égrenant les heures. A mesure qu’on avance dans le fénoir - ou comme nous le verrons plus loin, le “fait Noir” - l’inquiétude grandit. A minuit, la “Bébète toute” (autre nom donné à Gran Mèr Kal) libérée des ses entraves, fonce sur les enfants au grand ravissement des grands qui, à bon marché, peuvent alors jouer les super protecteurs.
Grand Mèr kal se résume-t-elle à cette histoire à (empêcher de) dormir debout ? Juste bonne à faire battre le cœur du premier âge ? La question des enjeux reste entière. La profondeur symbolique de la légende reste oubliée. La fiction la révèlerait-t-elle ?

À suivre...

Daniel Lauret


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Témoignages - 82e année


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