Obsèques de Pierre Thiébault : un départ en chantant
4 juin, parNos peines
122ème anniversaire de la fin de l’engagisme
13 novembre 2004

Que la manifestation se tienne face à l’usine sucrière est un clin d’œil à l’Histoire. Les descendants des engagés sont là, fiers et debout. L’engagisme, dont les conditions de travail différaient très peu de celles de l’esclavage, aura duré 34 ans.
Les chiffres se télescopent. Sur les ruines de l’usine de Grand-Bois, on peut encore voir cette date, en relief, sur l’entrée : "1875". En face, de l’autre côté de la route nationale, sur le "terrain paddock", une banderole rappelle qu’en 1882, il y a donc 122 ans, l’engagisme prenait fin.
Dans le public, quelques visage de gramounes qui ont connu l’usine sucrière du temps de sa splendeur, à une époque où elle était le cœur, l’âme du village dont elle rythmait les nuits et les jours, parfois la vie et la mort de générations d’ouvriers dont les ancêtres ont débarqué dans l’île avant 1875, avant que l’usine n’ouvre ses portes, avant que l’engagisme ne prenne fin...
Que la manifestation se tienne face à l’usine est un clin d’œil à l’Histoire. Cette usine où des générations d’hommes ont veillé à son bon fonctionnement, où certains se sont taillé une solide réputation, notamment en tant que "cuiseur", où leur savoir-faire a contribué à la richesse...des autres.
La manifestation est haute en couleurs, riche en symboles, avec des hommes, des femmes qui veulent porter haut une tradition qui, au fil des années, s’est ancrée dans la réalité réunionnaise. En face, l’usine est en ruines. Ne subsistent que quelques pans qui seront conservés et intégrés dans un projet à venir.
À l’inverse, hommes et femmes dont les ancêtres ont eu à connaître l’engagisme, qui ont traversé l’océan pour venir travailler à cette usine, eux, sont encore là, fiers et debout.
Et ce n’est pas un hasard non plus s’ils sont là, à l’ombre des banians, ces arbres majestueux, tentaculaires, qui dressent leur ramure comme des bras jetés à l’assaut d’on ne sait quoi, formatés par le vent, penchés, mais solides sur leurs racines multiples...Ironie de l’Histoire, également : la ferraille extraite de la démolition de l’usine est envoyée pour recyclage...en Inde.
Les chiffres, encore : de la fin de l’abolition de l’esclavage jusqu’en 1860, ce sont 37.777 Indiens qui débarquent dans l’île. Dans la même période, 26.748 "Afro-Malgaches" arrivent eux aussi chez nous. Si 1848 est officiellement l’année de l’abolition de l’esclavage, l’engagisme, qui est mis en place pour fournir des bras à l’industrie sucrière, s’appuie sur une législation du travail qui n’a pas grand’chose à renier à l’esclavage qui pourtant n’a plus lieu d’être. Pourtant, ce système aura perduré pendant 34 ans...
S. D.
Nos peines
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