’Harkis’

24 octobre 2006

Ce soir sur le premier canal de RFO, nous allons pouvoir assister à une première avec la diffusion sur nos écrans d’un téléfilm sur les harkis. Le célèbre comédien français d’origine algérienne, Smaïn, y interprète le rôle principal. L’œuvre est inspirée d’un roman de Dalila Kerchouche, journaliste, fille de harkis, auteur de deux livres, ’Mon père, ce harki’ et ’Leïla : avoir dix-sept ans dans un camp de harkis’.

C’est l’information télévisuelle bousculée, c’est la fiction qui se met au service de l’histoire. En effet, ce que l’on considérait comme impensable il n’y a pas si longtemps, a pu se faire. Pas si impensable que cela, car il est vrai que la télévision française avait déjà traité le problème avec un film tourné en 1976 pour les "Dossiers de l’Ecran", dans lequel le sort des harkis était pour la première fois évoqué. Mais le petit écran à cette époque ne pénétrait que très peu de foyers français.
De l’aveu même de ceux qui ont tenté l’aventure du téléfilm à haut risque que nous verrons ce soir, il est étonnant, qu’aucune objection sur les conditions dans lesquelles la France a traité ces hommes, ces femmes et ces enfants en les accueillant dans des camps n’a été faite. Preuve que la France a fait un nouveau bond dans la reconnaissance de cette guerre qu’elle a longtemps nié en la considérant comme une simple opération de maintien de l’ordre. Dalila Kerchouche reconnaît que c’est un immense bonheur pour elle que ce film soit diffusé en première partie de soirée sur une chaîne nationale. « J’attends la même chose que pour "Indigènes", le même effet : que le Président de la République soit ému par ce drame, par cette discrimination institutionnalisée et qu’il fasse un geste historique ».
C’est avec un grand souci de réalisme que le réalisateur de cette fiction a retranscrit l’histoire de ces rapatriés d’Algérie. L’œuvre d’Alain Tasma va bien au-delà de cette fiction, il faut absolument que RFO poursuive dans la diffusion de ces téléfilms qui nous ouvrent les yeux sur notre propre histoire, même la plus proche. Il serait salutaire que deux autres films d’Alain Tasma "La nuit noire du 17 octobre 1961" qui traite de la rafle des Algériens sur ordre de Papon et "Amères patries" qui nous retrace également le parcours des harkis, soient eux aussi diffusés pour que nos yeux s’ouvrent sur la guerre d’Algérie. Le groupe France-Télévision, en ayant initié le Téléfilm "Harkis", ouvre la voie à une télévision intelligente, instructive et néanmoins "distrayante", mot sans doute décalé, mais la culture n’est elle pas une source de satisfaction ?

Voyage historique

Le téléfilm réalisé par Alain Tasma, nous ramène à la guerre d’Algérie, cette période pas si lointaine, 45 ans tout au plus, et pourtant nous verrons la France des années soixante, cette France qui loge dés leur arrivée, les rapatriés d’Algérie dans de nouveaux immeubles (les premiers HLM) et ces autres rapatriés, les Harkis qui eux sont "logés en face" si l’on peut dire, dans des taudis, dans des "camps", car c’est bien comme cela que ça s’appelle. La France à deux vitesses reçoit avec des aides ceux pour qui les "Harkis" se sont battus d’un côté, et de l’autre rien, même pas la reconnaissance de l’histoire. Je ne juge pas, tout comme Alain Tasma ne juge pas, mais il faut montrer l’histoire sans en occulter la moindre parcelle. Il est urgent que les enfants de "Harkis" aient la reconnaissance que leurs parents n’ont pas eue. C’est très certainement cela que ceux qui ont porté "Harkis tentent de nous démontrer.
Ce papier n’est pas là pour juger l’histoire mais pour dire à quel point il est important, que sous forme de fiction, genre le plus populaire, notre télévision nous montre l’histoire et c’est bien que ce soit le service public qui se charge de diffuser de telles œuvres. France2 remplit toute sa tâche dans des téléfilms de cette qualité et il est absolument nécessaire que toute la publicité possible soit faite pour que les téléspectateurs se disent : ce soir je dois voir, je dois regarder la réalité française, la réalité de ce pays qui est aussi le mien. Il n’est pas question encore une fois de juger mais d’apprendre pour que les âmes s’apaisent et pour se réapproprier l’histoire. C’est cela le rôle d’un grand service de télévision et l’on aimerait que ce ne soit que cela ! Ce n’est pas pour rien que je fustige la médiocrité lorsqu’elle apparaît sur le service public, en ce qui concerne la télévision privée, nous savons tous hélas, que son lot est de faire de l’argent.
Mais le service public nous en sommes tous copropriétaires et il ne faut rien lui pardonner et lorsque qu’il retrouve la voie des objectifs qu’on lui a fixés, il est naturel de continuer à lui en demander encore et encore pour nourrir notre culture.
Avec "Harkis"RFO nous montre que l’on peut faire de la bonne Télé, alors il est bon le lui rappeler et croyez moi, votre serviteur ne s’en privera pas. Maintenant il faut donner une mention toute spéciale au comédien Smaïn qui, il est vrai, a du recevoir ce rôle comme un coup de massue, comme une croix pour le christ, lui le clown, l’homme payé pour nous faire rire. Il réussit, et là c’est le propre des acteurs remarquables, à nous tirer des larmes. Mais surtout n’oublions pas qu’il joue le rôle du traître, en effet dans ces années troubles, comment les autres, le regard des autres, considéraient ces hommes qui ont préféré la France à une patrie qui s’était construite contre eux ! Non, voyez, rien n’est simple dans cette histoire et ce soir rien n’est figé, bien au contraire, les fenêtres vont s’ouvrir pour qu’enfin l’aube donne un avenir à ces enfants de "Harkis" qui n’ont pas compris pourquoi il y a eu d’un côté leurs parents et leurs silences et de l’autre le mépris d’un pays pour lequel ils avaient lutté.

Philippe Tesseron

http://www.espaceblog.fr/teletesseron/


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