La concentration de richesses révèle l’ampleur des inégalités dans les anciennes colonies intégrées à la République française comme La Réunion
5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
12 septembre 2006

Hier l’ensemble de la presse a évoqué le drame qui a secoué l’Amérique. Il n’est pas dans mes habitudes de me jeter aux pieds de ce pays, chacun sait d’où vient ce peuple et où il va. Mais est-il utile de jeter l’anathème ? S’il fallait revenir sur l’horreur perpétrée par le groupe Al-Qaïda hier, c’est que la mort n’a pas de patrie. Le 11 septembre 2001, certains ont pu penser : ce n’est qu’un juste retour des choses, l’Amérique paie pour les exactions qu’elle a commises pendant une bonne partie de son histoire. Mais 3.000 morts ne ramèneront pas à la vie les millions d’Indiens d’Amérique du Nord, ils ne ramèneront pas à la vie les centaines de milliers de morts du Vietnam, massacrés au nom de quoi ? au nom de qui ? Un mort ne remplace pas un mort et hier je ne voulais pas donner raison à ceux qui prônent la loi du talion, à ceux qui prient un Dieu de miséricorde mais qui sèment mort et misère. La loi du talion, c’est dans la Bible, ’œil pour œil dent pour dent’, c’est cette même loi qui prévaut aux Etats-Unis, eux ils appellent cela la justice, moi j’appelle cela un crime ! C’est pourquoi hier je ne voulais pas opposer le 11 septembre 2001 et le 11 septembre 1973, aujourd’hui c’est le temps des larmes et du souvenir, le temps du recueillement.
C’était le 11 septembre 1973...
I.T.T. trois lettres qui sont restées à jamais gravées dans ma mémoire
Si je me souviens où j’étais le 11 septembre 2001, je me souviens encore plus où j’étais le 11 septembre 1973. Et vous où étiez-vous ? Qu’importe ! C’est si loin et pourtant si proche. Pour certains, c’était même avant qu’ils soient nés.
Ce jour-là, j’étais dans un bar de Toulouse, face à la prison Saint-Michel pour être précis, avec des amis, ils venaient juste de me présenter un étudiant chilien. Assis à une table comme à l’accoutumée, nous refaisions le monde, imaginez un peu la chance ! Le Chili menait une expérience extraordinaire. Pour la première fois depuis bien longtemps, ce pays s’était choisi un président qui rayonnait du centre à l’extrême gauche, c’était le temps de "L’Unité populaire". Depuis le temps que nous attendions le grand soir ! Nous avions la chance d’avoir à notre table un ressortissant chilien qui arrivait tout droit de Santiago ! Ce jour-là, le monde, on comptait bien le refaire avec un homme qui venait de là-bas, du pays où on voulait aller, le pays qui expérimentait la réforme agraire, qui redonnait du pouvoir aux ouvriers, le pays de Salvador Allende ! L’homme qui au moment de sa victoire avait prononcé cette phrase : "Travailleurs, plus tôt que tard vous ouvrirez les grandes avenues qui mènent à la liberté".
On sortait de la révolte de 1968 et presque rien n’avait changé. Mais là-bas, au Chili, l’Amérique latine depuis deux ans, avait desserré ses chaînes et nous tous à travers la presse nous assistions à une expérience extraordinaire : alors que nous souffrions encore des affres d’une droite réactionnaire, alors qu’à nos frontières, juste là, pas loin de Toulouse, un autre général garrottait l’Espagne, le Chili entonnait l’hymne de l’Unité Populaire.
Vous savez comme on idéalise lorsque l’on a 20 ans, mais aussi comme le désespoir revient vite. À peine assis, avec notre nouvel ami, la radio cracha l’impensable, le scoop qui devait nous plonger dans la désillusion, le coup de massue : "Vers midi, l’aviation a bombardé le Palais de la Monéda à Santiago du Chili et les soldats ont pénétré à l’intérieur. Le président a demandé à ses défenseurs de quitter les lieux. Resté seul, il s’est "suicidé" d’une rafale de mitraillette (thèse officielle)". C’était aussi cela le 11 septembre 1973.
De ce jour tragique, trois lettres sont restées à jamais gravées dans ma mémoire, "ITT" (International Telephone and Telegraph). Le monde savait que le régime chilien devait faire face à une virulente opposition de droite qui était soutenue en sous-main par les agents secrets de la CIA américaine et financée par les multinationales implantées dans le pays, au premier rang desquelles figurait ITT. Dès que de gros intérêts capitalistes sont en jeu, l’Oncle Sam joue du revolver, il vient tout de suite à la rescousse pour sauver les grands Trusts.
Une date, deux événements
C’est cela aussi le 11 septembre, c’est d’abord cela ! Ce n’est pas seulement deux tours jumelles qui s’effondrent, c’est mon grand soir qui n’était plus qu’illusion ! Alors les larmes, il vaut mieux les laisser couler aujourd’hui, c’est pourquoi il est réellement difficile de juxtaposer deux drames et deux années. Comme je l’ai dit plus haut, un mort ne remplace pas un mort, mais jamais il ne faut oublier qu’un homme est mort parce qu’il gênait l’Amérique, comme jamais il ne faudra oublier que les USA qui se veulent donneurs de leçons n’ont pas autorité pour parler de liberté. Le temps où l’on venait "libérer" les peuples une bible à la main et un fusil dans l’autre, doit être révolu. Les États Unis, dans le coup d’État au Chili, ont montré à la face du monde que le pouvoir de l’argent était au dessus de tout.
Il faut avouer que 33 ans après, lorsque j’entends notre ministre de l’intérieur déclarer sa flamme à Georges Bush, j’ai peur. Il faut avouer que 33 ans après, lorsque que je vois que l’un des piliers du gouvernement Pinochet "l’Opus Dei", a toujours pignon sur rue, lorsque je sais que Jean-Paul II a canonisé Saint Josémaria, le fondateur de cette officine, celui-là même qui s’est empressé de prendre l’avion pour Santiago afin d’embrasser son frère Augusto Pinochet et le féliciter des massacres, je tremble. Quoi qu’on en dise le serpent est toujours dans l’œuf.
C’est vrai qu’il y a surtout un avant et un après 11 septembre 1973, mais il y a surtout un désir de dire que cela suffit !
Mais avant tout, en ce mois de septembre, ayons une pensée vers tous les Hommes qui soufrent de dictatures, pensons à ceux qui luttent depuis la nuit des temps pour que l’homme s’élève. Salvador Allende avait reçu le pouvoir d’éclairer son peuple et c’est cela qu’on lui reprochait. Mais que les sombres et obscurs soldats qui font fi de la liberté, qui marchent sur les peuples souverains sachent que jamais la lumière disparaît définitivement, il reste toujours une braise qui au moindre souffle peut reprendre, cette braise, cette flammèche, elle s’appelle "Liberté".
Philippe Tesseron
http://www.espaceblog.fr/teletesseron/
Lettre à Kissinger
Je veux te raconter Kissinger
L’histoire d’un de mes amis
Son nom ne te dira rien
Il était chanteur au Chili
Ça se passait dans un grand stade
On avait amené une table
Mon ami qui s’appelait Jarra
Fut amené tout près de là
On lui fit mettre la main gauche
Sur la table et un officier
D’un seul coup avec une hache
Les doigts de la gauche a tranché
D’un autre coup, il sectionna
Les doigts de la dextre et Jarra tomba
Tout son sang giclait
Six mille prisonniers criaient
L’officier déposa la hache
Il s’appelait peut-être Kissinger
Il piétina Victor Jarra
Chante dit-il tu es moins fier
Levant ses mains vides des doigts
Qui pinçaient hier la guitare
Jarra se releva doucement
Faisant plaisir au commandant
Il en entonna l’hymne de lutte
De l’unité populaire
Repris par les six mille voix
Des prisonniers de cet enfer
Une rafale de mitraillette
Abattit alors mon ami
Celui qui a pointé son arme
S’appelait peut-être Kissinger
Cette histoire que j’ai racontée
Kissinger ne se passait pas
En quarante-deux mais hier
En septembre septante trois
Julos Beaucarné (1977)
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