GRAHTER - dépôt de gerbe de fleurs sur la stèle de l’Abbé Monnet

Hommage à un abolitionniste convaincu

29 octobre 2005

Hier au cimetière de l’Est, le Groupe de recherches sur l’archéologie et l’histoire de la terre réunionnaise (GRAHTER) a rendu hommage au l’Abbé Alexandre Monnet, ’le père des noirs, évangélisateur et abolitionniste’. Dans le cimetière dionysien, une stèle vieille de 150 ans est dressée, érigée par des esclaves libérés.

Le 1er décembre 1849, l’Abbé Alexandre Monnet meurt à Dzaoudzi, à Mayotte, après avoir donné 9 ans de sa vie à l’évangélisation des "Bourbonnais", libres et esclaves. Dès l’annonce de sa mort, les anciens esclaves lui dédient une stèle, honorant ainsi la mémoire de celui qui lutta aux côtés de Victor Schoelcher pour l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises, dont La Réunion. Plus d’un siècle et demi après sa mort, les Réunionnaises et les Réunionnais continuent de lui rendre hommage, en gardant l’emplacement de sa stèle fleurie, stèle placée juste à côte de la Croix du jubilé, au cimetière de l’Est. Sur celle-ci, on peut lire "Monseigneur Monnet. Souvenir de ses enfants", écrite par les esclaves. C’est dire tout le respect que lui portaient ces derniers. Peu savent en effet le mérite de cet homme d’église, qui, sollicité par le secrétaire d’État aux Colonies, Victor Schoelcher, travailla au sein de la commission de l’abolition de l’esclavage, pour la rédaction du décret de l’abolition de l’esclavage, le 27 avril 1848. Prêtre républicain, il amena avec lui les trois mots de la République “Liberté, Égalité, Fraternité”, et appliqua cette devise en créant une caisse de solidarité pour les esclaves. "Pour moi, c’est la première caisse de sécurité sociale mise en place pour les travailleurs", insiste Marc Kichenapanaïdou, président du GRAHTER. Supérieur de la Congrégation du Saint-Esprit, il œuvra aussi pour que les esclaves profitent des offices. Grâce à l’aide d’affranchis, il construisit en un an l’église de La Rivière des Pluies, où son troisième buste sera installé le 2 décembre.

Une prière militante pour Monnet

Hier, une cinquantaine de personnes ont participé à cet hommage, dont Raymond Lauret, vice-président du Conseil régional, Marco Boyer, vice-président du Conseil général et Mario Serviable pour la mairie de Saint-Denis. Par ailleurs, le père Roger Tabard, supérieur de la Congrégation du Saint-Esprit, représentait l’évêque Gilbert Aubry, malheureusement hors département. "Chacun" nous dit Marc Kichenapanaïdou, "est venu avec une fleur pour se remémorer la lutte extraordinaire qu’il entreprit contre l’esclavage". Père René Payet a par ailleurs récité une prière "militante " (voir encadré) , de sa composition, pour honorer la grandeur de l’œuvre de ce religieux. À l’occasion de l’inauguration du troisième buste à son effigie à La Rivière des Pluies, 5.000 exemplaires de cette prière seront distribués. Disparu subitement à Mayotte à l’âge de 37 ans des suites de la malaria, les Réunionnais garderont encore longtemps en mémoire cette figure emblématique de la liberté, qui allait prendre ses fonctions de Préfet apostolique à Madagascar, sans pouvoir revoir ceux pour qui il s’était battu, les esclaves, nos ascendants.

Bbj


Prière militante de René Payet

Qu’il ait une tombe dans un cimetière de St Denis, et une tombe entretenue par ce que j’appellerais la dévotion populaire - ne fait que confirmer l’impact dont son action a marqué les populations de l’époque. Cela nous renvoie à cette scène historique où la foule, dans la rue, lui fait un rempart de leurs corps, un jour où ses adversaires se montraient menaçants.
Des esclaves protégeant un maître ! Pour eux, c’était un frère ! Pour ma part, sur cette tombe, régulièrement fleurie, j’ai envie de lui faire, à ce Père Monnet, une prière fraternelle.

Merci d’abord, P. Monnet !
Abolitionniste sans complexe,
tu as contribué, de façon décisive,
à ouvrir, dans le système social d’alors,
la brèche qui allait permettre au monde
l’accès à une égalité et une fraternité effectives.

P. Monnet, au prestige, tu as préféré le service
Au-delà de la hiérarchie, tu as privilégié la solidarité.
Et ta courte vie a ainsi laissé dans notre histoire
et tout particulièrement, dans l’histoire de l’EgIise, ici,
Des traces ineffaçables : quand l’amour fait les premiers pas,
Il a toujours le dernier mot !

P. Monnet, à la lumière de ton témoignage,
il nous est aujourd’hui possible de lire
les avancées de la Bonne Nouvelle de Jésus
dans les tâtonnements de notre histoire...
Et, en plus, ce que tu as été et ce que tu as fait
restent des références pour nos actuelles initiatives.
Que cet héritage dynamise nos ambitions
et fortifie et féconde notre espérance !

Et nous aurons ainsi la satisfaction et la fierté,
au jour le jour, devoir réussir la vie,
au-delà de toutes les tombes de tous le cimetières !


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